🏈 Combien De Kilomùtres Pour Aller En Russie

meulles] quelle mob pour aller en russie et revenir ? le proto. Pushing the Limits: PostĂ© le 29-06-2005 Ă  16:54:35 . Reprise du message prĂ©cĂ©dent : sinon, c est vrai que le solex est increvable enfin presque la descente a fond les ballons dans la descente de l hopital Percy l avait acheve, le moteur etait tombe presque part terre rattrappe a temps par la poignee de bascule ( j etais tout LaRussie est tenue Ă  distance des cĂŽtes ukrainiennes . ATS. 3.5.2022 - 08:45. HĂ©gĂ©monique en mer Noire, la Russie peut difficilement attaquer ce qui reste des cĂŽtes ukrainiennes selon les Commentcalculer le temps de trajet entre deux lieux? Pour calculer le temps de trajet entre deux lieux, entrez les points de dĂ©part et d’arrivĂ©e dans la commande, puis cliquez sur "Calculer le temps de trajet". Labase de l’Ile-Longue (FinistĂšre), qui abrite les quatre sous-marins lanceurs d’engins, est en alerte. (Photo d’archives Claude Prigent) Jamais un Desimages satellitaires prises lundi 28 fĂ©vrier 2022 en Ukraine montrent un immense convoi militaire russe qui s'Ă©tend sur plus de EnFrance, le systĂšme SAMP/T permet de lancer, depuis des unitĂ©s mobiles, des missiles Aster 30 sol-air, produits par le consortium EUROSAM. Ces derniers peuvent faire exploser un missile de LidĂ©al, c’est d’en faire au moins un lors des 7 premiers jours. Mon conseil: lors d’un voyage en Russie, c’est bien de conserver dans une pochette plastifiĂ©e toutes les copies de billet d’avion, train, rĂ©servations ou factures d’hĂŽtel, reçus d’enregistrement. LĂ©tau se resserre sur Kiev. Des images satellitaires prises lundi en Ukraine montrent un immense convoi militaire russe qui s'Ă©tire sur plus 431kilomĂštres sĂ©parent Paris de Amsterdam les trains prennent en moyenne 03h33 pour rĂ©aliser le trajet. Choisir le train est bien souvent la solution la plus rapide pour se dĂ©placer entre ces 2 villes et c'est aussi une option moins polluante que d'utiliser sa voiture personnelle ou d'utiliser l'avion. Combien coĂ»te un billet pour aller de Paris Ă  Amsterdam en train? Le meilleur tarif Enconclusion, c’est sans nul doute pendant l’étĂ© que vous devriez vous retrouver en Russie afin de profiter pleine de votre voyage lĂ  bas. Et maintenant pour y aller, rien de plus simple que de prendre un avion, vous avez la possibilitĂ© d’ emprunter la compagnie aĂ©rienne russe Aeroflot qui aujourd’hui propose des services qui se rapprochent des plus grandes compagnies aĂ©riennes. Combiende temps est-ce qu'il faut pour aller de A Ă  B en avion? Cet outil calcule le trajet de vol et la durĂ©e qui y correspond pour n'importe quel point/aĂ©roport sur terre. Choisissez simplement un point de dĂ©part et une destination sur la carte et faites calculer la durĂ©e et le trajet de votre vol. Helsinki la capitale de la Finlande, est situĂ©e dans la rĂ©gion d'Uusimaa dans le sud du pays, sur la rive du golfe de Finlande. La ville se trouve Ă  environ 80 km au nord de Tallinn en Estonie, Ă  400 km au nord-est de Stockholm, en SuĂšde et 300 km Ă  l'ouest de Saint-PĂ©tersbourg en Russie. La ville est le principal centre politique PubliĂ© 8 Juillet 2022 Ă  11h34 Temps de lecture: 4 min Partage : Ce jeudi 6 juillet, dans le cadre de ses propositions pour le pouvoir d’achat, le gouvernement a Aquelques kilomĂštres de la capitale, puis Kazakhstan, petit passage par la Russie et Mongolie! Je ferai cette longue route Russe a mon Tableaude conversion kilomĂštres en pieds. Passer au contenu. 08/08/2022. Site informations gĂ©nĂ©rales. Bienvenue sur le blog. Plan du site; Questions et rĂ©ponses; CheminĂ©es BioĂ©thanol ; Recettes de cuisine; Rechercher : Menu. Plan du site; Questions et rĂ©ponses; CheminĂ©es BioĂ©thanol; Recettes de cuisine; Questions et rĂ©ponses. combien de kilomĂštres en SmiW64X. l'essentiel Alors que la guerre en Ukraine s'accentue, l'inquiĂ©tude reste forte quant Ă  l'arsenal militaire de Vladimir Poutine. La Russie a en sa possession "Satan 2", un missile nuclĂ©aire capable de raser un pays de la taille de la France. L'arme fait froid dans le dos. Un cylindre noir d'une trentaine de mĂštres et d'une centaine de tonnes, voilĂ  les dimensions du bien nommĂ© "Satan 2", dernier missile nuclĂ©aire dĂ©veloppĂ© par la Russie pour renforcer sa force de dissuasion. Outre sa puissance non Ă©galĂ©e, il serait Ă©quipĂ© d’une technologie furtive pour tromper les systĂšmes radars ennemis. Son nom officiel est "RS-28 Sarmat". FabriquĂ© pour remplacer les vieillissants missiles "R-36M"qui Ă©taient surnommĂ©s "Satan" par les experts de l’OTAN. C’est donc tout naturellement que son successeur a rĂ©cupĂ©rĂ© le surnom de Satan 2. RĂ©putĂ© proche de Moscou, le mĂ©dia Sputnik a derniĂšrement relayĂ© son image. TASS It published the first image of a heavy rocket "Sarmat" Russian Exercises RUSexercises October 23, 2016 Douze tĂȘtes nuclĂ©aires Le missile a une capacitĂ© d’action de 10 000 kilomĂštres, mettant des villes europĂ©ennes comme Londres ou Paris, mais aussi des villes de la cĂŽte ouest amĂ©ricaine, dans sa ligne de mire. Par ailleurs, Satan 2 pourrait contenir jusqu’à douze tĂȘtes nuclĂ©aires, lui donnant la capacitĂ© de dĂ©truire en quelques secondes un territoire de "la taille du Texas ou de la France", selon les informations de la tĂ©lĂ©vision russe. Recherchez le billet d’avion Paris - Moscou le moins cher sur Des billets Ă  partir de 71€ sont disponibles pour votre vol Paris - Moscou. DurĂ©e de vol estimĂ©e 11h03. Calendrier des prix Paris Moscou lundi mardi mercredi jeudi vendredi samedi dimanche Tarifs et disponibilitĂ©s des billets constatĂ©s il y a moins de 72 heures Ă  partir des donnĂ©es fournies par nos partenaires. Vol Paris Moscou pas cher Partez en voyage pour Moscou et dĂ©nichez un vol Paris Moscou pas cher grĂące Ă  notre comparateur de billets d'avion. Pour vous permettre de voyager Ă  bas prix, nous comparons les tarifs des vols de plusieurs centaines de compagnies aĂ©riennes. En une seule recherche, vous accĂšderez Ă  toutes les offres disponibles vol Paris Moscou pas cher, vol Paris Moscou low cost, vol Paris Moscou derniĂšre minute. Avec KelBillet et son comparateur avion, vous avez l'assurance de dĂ©nicher simplement votre billet d'avion Paris Moscou Ă  un tarif prĂ©fĂ©rentiel. DĂ©couvrez la liste des vols Paris Moscou les moins chers que nous avons dĂ©nichĂ©s pour vous et choisissez votre vol pas cher Paris Moscou en en quelques secondes. Informations sur le vol Paris Moscou Meilleur prix en avion 71€ Distance - DurĂ©e du trajet 11h03 Compagnies aĂ©riennes Vueling, Easyjet, AirBaltic, Transavia, Lot, Swiss, Finnair DurĂ©e moyenne calculĂ©e sur les trajets directs. Combien de temps de vol faut-il compter pour faire Paris - Moscou en avion ? Le vol Paris Moscou dure environ 11h03. Quel est le meilleur prix trouvĂ© sur le comparateur de vol KelBillet ? Le moteur de recherche KelBillet a trouvĂ© des vols pas cher Ă  71 € Quelles compagnies aĂ©riennes opĂšrent le vol Paris Moscou ? En gĂ©nĂ©ral pour effectuer le vol Paris Moscou, vous voyagerez avec Vueling, Easyjet, AirBaltic, Transavia, Lot, Swiss, Finnair Compagnies aĂ©riennes opĂ©rant des vols Paris Moscou Pour prĂ©parer vos vacances dans les meilleures conditions, nous mettons Ă  votre disposition la liste des compagnies aĂ©riennes qui opĂšrent le vol de Paris vers Moscou. Vueling , Easyjet , AirBaltic , Transavia , Lot , Swiss , Finnair Autres moyens de transport pour le trajet Paris Moscou D'autres moyens de transport sont disponibles pour effectuer le trajet Paris Moscou. Bus Paris Moscou Une question trĂšs frĂ©quente des de savoir la meilleure maniĂšre de rĂ©aliser le voyage entre Moscou et Saint Petersburg. Il existe trois options prendre un avion direct que t’emmĂšnera en 1 heure, prendre un train de jour Ă  haute vite Sapsan que met prĂšs de 4h ou prendre un train de nuit comme la FlĂšche Rouge Krasnaya Strela qui rĂ©alise le trajet en 8-9h. Si tu vas voyager en Russie, le plus commun est de visiter ses deux villes principales, Moscou et Saint Petersburg. La distance entre ces deux villes est de plus de 700 kilomĂštres, raison pour laquelle tu devras choisir un moyen de transport pour te dĂ©placer entre elles existe 3 façons de rĂ©aliser le trajet entre Moscou et Saint Petersburg prendre un avion, prendre un train Ă  grande vitesse de jour ou un train de de la mĂ©thode que tu choisiras, il est bon de garder en mĂ©moire deux aspects Il est possible de faire le trajet aller jusqu’à Moscou et le retour depuis Saint Petersburg, de cette maniĂšre tu ne devras rĂ©aliser le voyage entre ces deux villes qu’une seule obtenir le meilleur prix il est prĂ©fĂ©rable de rĂ©aliser la rĂ©servation de billets en ligne en avance. Alors que le billets d’avion peuvent s’acheter plusieurs mois en avance, les billets Ă©lectroniques de train ne peuvent s’acheter sur le site web officiel des chemins de fers russes RZD qu’avec une avance maximale de 45 Avion2. Train Ă  grande vitesse de jour Sapsan3. Les trains nocturnes FlĂšche Rouge et Grand Express1. AvionRĂ©aliser un voyage entre Moscou et Saint Petersburg est relativement peu cher. Un trajet aller peut couter quelques 20 euros. Une bonne maniĂšre est d’utiliser un comparateur de vols comme Momondo pour trouver le prix le plus Ă©conomiqueIl y a diffĂ©rentes compagnies qui rĂ©alisent cette liaison Aeroflot les vols partent de l’aĂ©roport de DomodedovoS7 Airlines partent aussi de DomodedovoRossiya Airlines DomodedovoUtair depuis l’aĂ©roport de VnukovoOrenburg Airlines DomodedovoBien que ce mode de transport soit Ă©conomique et rapide le voyage dure approximativement une heure et demie, tu dois tenir compte du fait que tu devras te rendre jusqu’à l’aĂ©roport de Moscou les aĂ©roports se trouvent hors de la ville et tu devras aussi aller de l’aĂ©roport de PĂșlkovo Ă  Saint Petersburg. Cela signifie donc, du moment de dĂ©part de l’hĂŽtel de Moscou Ă  l’arrivĂ©e Ă  l’hĂŽtel de Saint Petersburg il faut calculer au minimum 5 Train Ă  grande vitesse de jour SapsanLa deuxiĂšme option est d’utiliser un train de jour Ă  grande vitesse comme le Sapsan, qui t’emmĂšnera depuis Moscou Ă  Saint Petersburg en environ 4 heures. Le trajet aller avec une place assise dans le train peut couter entre 12 et 30 euros les trains qui partent aux premiĂšres heures de la matinĂ©e sont en gĂ©nĂ©ral les plus Ă©conomiques.Les billets pour le trajet peut s’acheter dans la gare de dĂ©part mais pour obtenir un meilleur prix tu peux les acquĂ©rir de façon Ă©lectronique avec 45 jours d’avance sur RZD. Le site officiel des chemins de fer russes. Dispose d’une version en Travel. Si ta carte bancaire ne fonctionne pas sur le site de RZD cela arrive Ă  certaines personnes, il est possible d’acheter les billets Ă  Tutu existe divers trains de Sapsan Ă  grande vitesse chaque jour les trains pairs du 752 au 780 rĂ©alisent le trajet Moscou – Saint Petersburg, alors que les impairs 751 au 799 rĂ©alisent le trajet trains partent quotidiennement, le premier part Ă  5h40 de Moscou, alors que le dernier part Ă  19h40. Ces horaires peuvent varier et le mieux est de consulter le site de RZD en trains partent de la gare de Leningradskiy dans le nord-est de Moscou mĂȘme si relativement centrale et arrivent Ă  la station de trains de Saint Petersburg situĂ©e sur l’avenue centrale Nevsky.En dĂ©finitive, le train Ă  grande vitesse est une mĂ©thode de transport Ă©conomique et rapide. De plus, le train te laisse dans un lieu Les trains nocturnes FlĂšche Rouge et Grand ExpressLa troisiĂšme option est d’utiliser un train nocturne. Les plus connus sont la FlĂšche Rouge train 002A depuis Moscou ou le Grand Express 054 qui partent Ă  22h55 et 23h40 respectivement, et arrivent vers 8h le lendemain matin Ă  Saint prix sont trĂšs variables selon le type de compartiment mais commencent depuis 30 euros dans un compartiment de 4 personnes mĂȘme si cela dĂ©pend grandement de combien de temps en avance sera rĂ©servĂ© le billet et le moment de l’annĂ©e.De la mĂȘme façon que le Sapsan, les billets de train s’achĂštent sur internet de RZD plus d’information dans cet article.C’est un moyen de transport plus cher, mais avec beaucoup de charme et par lequel tu passeras une nuit, que tu n’auras par consĂ©quent pas besoin de passer Ă  Moscou ou Saint Petersburg. Mais n’oublie pas de prendre en compte que tout le monde ne trouve pas le sommeil aussi facilement dans le train il m’est arrivĂ© de ne pas fermer l’Ɠil de la nuit dan s la FlĂšche Rouge et qu’à l’arrivĂ©e Ă  8h du matin tu ne pourras pas encore faire le check in Ă  l’ dĂ©finitive, tous les moyens de transport prĂ©sentent des avantages et des inconvĂ©nients. Ma recommandation si tu vas faire du tourisme et cherche le charme et l’authenticitĂ©, alors prends un train de nuit, si tu cherches le moins cher et le plus rapide alors prends un train Ă  grande vitesse ou un il faut dire qu’il existe des croisiĂšres qui rĂ©alisent le trajet de Moscou Ă  Saint Petersburg en 6 jours, mais, bien sĂ»r, cela est une autre façon de voyager et que je traiterai dans un autre que cet article as rĂ©solu tes doutes pour choisir la meilleure façon de voyager entre Moscou et Saint Petersburg Bonjour, je m'appelle Irena. Je suis nĂ©e en 1974, en pleine Ă©poque soviĂ©tique, bien que je vive en Europe depuis 1995. J'ai travaillĂ© en tant que traductrice et interprĂšte du russe pendant ces 25 derniĂšres annĂ©es ainsi que dans le corps enseignant. Voyager est une de mes grandes passions. C'est pourquoi, avec ce blog je veux faciliter le voyage en Russie Ă  tous ceux qui, comme moi, aiment voyager de façon Twitter InstagramInteractions du lecteur L’armĂ©e russe a Ă©tĂ© pensĂ©e et conçue pour une guerre de destruction des forces armĂ©es de l’OTAN, pas pour une guerre d’occupation sur un territoire aussi Ă©tendu que celui de l’Ukraine. C’est l’un des nombreux paradoxes de cette armĂ©e elle peut mille fois atomiser l’Europe ou les Etats-Unis, mais, faute de forces conventionnelles en nombre suffisant, elle piĂ©tine pendant trois mois devant les lignes de dĂ©fense de l’armĂ©e ukrainienne. Alors que la relance de la guerre russe contre l’Ukraine s’inscrit dans le temps long, C. Gloaguen prĂ©sente un tableau remarquablement documentĂ© de l’armĂ©e russe. Manuscrit clos le 4 juin 2022. Mise en ligne initiale le 5 juin 2022 Le facteur militaire a jouĂ© et continuera Ă  jouer un rĂŽle important pour garantir les intĂ©rĂȘts russes dans l’arĂšne internationale » Igor Ivanov, ancien ministre russe des Affaires Ă©trangĂšres Krasnaya Zvezda du 19 novembre 1996 La particularitĂ© de l’Ukraine nazifiĂ©e moderne est sa nature amorphe et ambivalente, qui permet au nazisme de se dissimuler sous une aspiration Ă  l’“indĂ©pendance” et Ă  une voie de “dĂ©veloppement” en rĂ©alitĂ©, de dĂ©gradation “europĂ©enne” occidentale, pro-amĂ©ricaine. Dmitri Medvedev, ancien prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration russe citĂ© par F. Thom L’UKRAINE n’aura pas Ă©tĂ© prise en quelques jours, le gouvernement Zelensky aprĂšs quelques bombardements et un assaut hĂ©liportĂ© contre l’aĂ©roport de Hostomel le 24 fĂ©vrier 2022 au matin ne se sera pas enfui Ă  l’étranger aprĂšs avoir ordonnĂ© aux forces armĂ©es ukrainiennes FAU de dĂ©poser les armes. Bien au contraire, trois mois aprĂšs le dĂ©but du conflit les FAU rĂ©sistent toujours aux attaques d’une armĂ©e russe pourtant supĂ©rieurement Ă©quipĂ©e, aprĂšs avoir rĂ©ussi Ă  forcer cette derniĂšre Ă  modifier considĂ©rablement son dispositif initial. Pour les spĂ©cialistes des forces russes, la surprise est de taille. Si la plupart ne mĂ©connaissaient pas les progrĂšs faits par les FAU depuis l’annexion russe de la CrimĂ©e en 2014, tous, Ă©trangers comme français, militaires comme civils, ont en revanche surestimĂ© la capacitĂ© de celles-ci Ă  rĂ©duire la rĂ©sistance ukrainienne dans le temps court, trĂšs politique, exigĂ© par le Kremlin. Comment auraient-ils pu ne pas se tromper ? Cette armĂ©e russe, comme l’ont montrĂ© les grands exercices stratĂ©giques de ces dix derniĂšres annĂ©es, notamment les deux derniers, Zapad et Vostok, est en effet censĂ©e disposer dans tout le spectre tactique Ă  stratĂ©gique d’une puissance offensive et dĂ©fensive impressionnante, unique en Europe gĂ©ographique, voire dans le monde. Cette armĂ©e n’a-t-elle pas rĂ©ussi l’exploit de dĂ©ployer en quelques mois le long de la frontiĂšre avec l’Ukraine depuis des unitĂ©s parfois basĂ©es Ă  plus de 9000 km de leur zone d’opĂ©ration quelque hommes et des milliers de blindĂ©s ? Tout cela, rĂ©torquera-t-on, n’est qu’affaire de logistique de temps de paix et ne montre nullement les capacitĂ©s rĂ©elles de cette armĂ©e Ă  combattre un adversaire dĂ©terminĂ©, Ă©quipĂ© et entraĂźnĂ© Ă  l’occidentale, pas plus que ne le montraient ces multiples exercices endogames » contre un ennemi fictif combattant dans le cadre d’un schĂ©ma tactique préétabli et de doctrines nationales d’emploi des forces. Certes. Mais ne serait-ce pas commettre un excĂšs inverse en ne voyant plus dans cette armĂ©e russe, sous l’effet de l’émotion et des Ă©checs, rĂ©els ou supposĂ©s, qu’elle rencontre en ces premiers mois du conflit, qu’un village Potemkine » ou une puissance militaire fantasmĂ©e » ? Si de nombreuses sources Ă©voquent, Ă  raison, une armĂ©e et des officiers vivant en vase clos, cachant derriĂšre un discours nationaliste trĂšs enracinĂ© dans le passĂ© soviĂ©tique des tactiques, des procĂ©dures de commandement et des formations trĂšs formatĂ©es, certains disent mĂȘme sclĂ©rosĂ©es , reconnaissons que cette armĂ©e n’est pas celle d’un pays du Tiers-Monde, mais une armĂ©e structurĂ©e autour d’une culture militaire forte, dont les racines plongent profondĂ©ment dans des traditions sĂ©culaires, qui dans le passĂ©, y compris rĂ©cent, a su produire des doctrines d’emploi et des armements novateurs, faire preuve de rĂ©silience, de surprise tactique et stratĂ©gique, et pensĂ©e pour accomplir des missions de combat interarmes et interarmĂ©es dans un espace gĂ©ographique gigantesque . Les opĂ©rations en Syrie depuis la dĂ©cennies 2010, certes limitĂ©es en nombre de troupes et de moyens dĂ©ployĂ©s, ont montrĂ© ses savoir-faire, sa capacitĂ© Ă  s’adapter Ă  l’adversaire et Ă  surmonter les problĂšmes – dĂ©jĂ  – logistiques, et les progrĂšs faits depuis le piteux conflit de 2008 contre la GĂ©orgie. Reste Ă  savoir si cette armĂ©e russe est suffisamment dimensionnĂ©e pour affronter un adversaire de la taille de l’Ukraine 603 548 km carrĂ©s. Ses points faibles – ou jugĂ©s tels par les observateurs occidentaux – sont connus, et le conflit ukrainien ne fait que confirmer certains biais et lacunes souvent soulignĂ©s dans le passĂ©. Cyril Gloaguen Ancien attachĂ© naval et militaire en Russie et au TurkmĂ©nistan, Cyril Gloaguen est ancien collaborateur des Nations Unies en Abkhazie/GĂ©orgie, docteur en gĂ©opolitique IFG, Paris VIII. CrĂ©dits photos droits rĂ©servĂ©s Lors du processus de planification de son engagement, on peut estimer Ă  l’aune des faits rĂ©cents que l’état-major gĂ©nĂ©ral EMG Ă  Moscou a mal jaugĂ© les facteurs-clĂ©s suivants 1 la dĂ©termination des politiques et des militaires ukrainiens Ă  ne pas cĂ©der aux pressions politico-militaires initiĂ©es dĂšs le dĂ©but de 2021, 2 le niveau d’accueil attendu des populations russophones rĂ©sistance passive/active, 3 l’excellence de la prĂ©paration au combat des FAU, 4 l’ampleur de l’aide occidentale, notamment en matiĂšre de renseignements, de formation et de livraison d’armes modernes, 5 la cohĂ©sion des Occidentaux une fois consommĂ©e l’entrĂ©e des forces russes sur le territoire ukrainien, 6 l’asymĂ©trie entre ses intĂ©rĂȘts vitaux et ceux des Occidentaux, 7 la dĂ©termination de ses soldats, notamment des appelĂ©s, Ă  combattre un pseudo ennemi ukrainien » fabriquĂ© de toutes piĂšces par la propagande, mais nullement intĂ©riorisĂ© par le simple soldat. Pour expliquer le passage Ă  l’acte invasion du territoire ukrainien, quatre scĂ©narios il y en a sĂ»rement d’autres peuvent ĂȘtre de mĂȘme avancĂ©s, la plupart pouvant s’imbriquer ou se complĂ©ter 1 l’état-major gĂ©nĂ©ral EMG a identifiĂ© tous les facteurs de risque, en tout ou en partie, mais a estimĂ© pouvoir les surmonter, prĂ©jugeant ainsi d’une faible rĂ©sistance des FAU et des capacitĂ©s des forces russes Ă  encercler les FAU dans la poche du Donbass par le sud et le nord auto-intoxication et/ou renseignement dĂ©faillant = niveau de crĂ©dibilitĂ© 3/3 1al’EMG a parfaitement identifiĂ© les difficultĂ©s de dĂ©truire l’armĂ©e ukrainienne, mais a tout de mĂȘme lancĂ© l’offensive, les gains pressentis Ă©tant jugĂ©s par le Kremlin supĂ©rieurs aux pertes humaines et matĂ©rielles prĂ©visibles = 2/3 2 l’EMG a dĂ» cĂ©der aux pressions d’un pouvoir politique qui voyait dans la situation politico-Ă©conomique, sociale et sanitaire en Europe et aux Etats-Unis en cette fin d’annĂ©e 2021 une fenĂȘtre d’opportunitĂ© Ă  saisir scĂ©nario Ă  la crimĂ©enne » et dans les derniĂšres mesures politiques prises par Kyiv une menace Ă  traiter d’urgence . Surprises par l’ordre du Kremlin d’entrer en Ukraine, certaines unitĂ©s n’auraient pas Ă©tĂ© prĂȘtes au combat notamment celles venant des rĂ©gions militaires RM Centre et Est et celles qui Ă©taient en manƓuvre depuis plusieurs semaines = 1/3 3 les chefs militaires russes pensaient, comme le pouvoir politique, que l’emploi de la force serait inutile dans le mesure oĂč les pressions aux frontiĂšres suffiraient Ă  faire plier Kyiv. Partant, ils n’ont pas vĂ©ritablement prĂ©parĂ© les unitĂ©s au combat = 1/3 Une fois donnĂ© le feu vert politique, le crĂ©neau de l’intervention en fait, une rĂ©activation du conflit dĂ©butĂ© en 2014 est Ă©troit. Ce feu vert est donnĂ© le 1er dĂ©cembre 2021 lorsque V. Poutine rend publiques ses garanties sĂ©curitaires », voire dĂšs septembre 2020, date de la publication de la nouvelle stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© ukrainienne. L’exercice stratĂ©gique Zapad s’est achevĂ© le 16 septembre 2021 et, aprĂšs une courte pĂ©riode de reconditionnement, l’armĂ©e russe se remet Ă  enchainer les manƓuvres voir tableau G infra jusqu’à l’exercice DĂ©termination de l’Union-2022 » qui se tient du 10 au 20 fĂ©vrier 2022 en BiĂ©lorussie et qui va servir de couverture aux dĂ©buts des opĂ©rations le 24 fĂ©vrier 2022. Pourquoi cette fin fĂ©vrier ? Il convient tout d’abord, pour le Kremlin, d’attendre les rĂ©ponses aux exigences quasi-ultimatum transmises aux diplomaties occidentales le texte envoyĂ© par S. Lavrov aux chancelleries europĂ©ennes et amĂ©ricaine date du 17 dĂ©cembre 2021. Or ces pressions militaro-diplomatiques censĂ©es Ă©viter la guerre, qui ont en fait dĂ©butĂ© dĂšs la fin du premier trimestre 2021, sont, on l’a dit, au cƓur du scĂ©nario d’annexion/dĂ©militarisation de l’Ukraine. Les rĂ©ponses occidentales, comme celle de Kyiv, non seulement sont nĂ©gatives, mais certains gouvernements europĂ©ens accĂ©lĂšrent Ă  partir de mi-janvier 2022 leurs livraisons de munitions, d’armes anti-chars et anti-aĂ©riennes aux FAU. L’offensive militaire est dĂ©cidĂ©e cf. scĂ©nario 1 supra. EncadrĂ© 1 Deux variantes de l’intervention Ă©taient prĂ©vue par l’EMG la premiĂšre envisageait la concentration de l’ensemble du groupement de forces russe au Donbass et une deuxiĂšme qui aurait vu les forces russes attaquer sur quatre axes Kherson, Kyiv, Kharkiv et Tchernihiv de façon Ă  couper les FAU prĂ©sents au Donbass de leurs renforts C’est cette variante qui est retenue qui prĂ©sente Ă©galement l’avantage de s’emparer rapidement du siĂšge du gouvernement Kyiv. Notons que la pertinence de cette derniĂšre est encore justifiĂ©e le 25 mars par le chef OpĂ©rations de l’EMG, le gĂ©nĂ©ral RoudskoĂŻ, alors que l’armĂ©e s’apprĂȘte Ă  revenir au premier scĂ©nario, celui de l’attaque frontale au Donbass. De son cĂŽtĂ©, l’état-major OpĂ©rations » de l’EMG Glavnoe Operativnoe Upravlenie G. Sh, qui commande depuis Moscou le dispositif, demande du temps pour passer de la posture entraĂźnement/gesticulations » qui prĂ©vaut jusqu’alors Ă  une posture intervention » il lui faut accĂ©lĂ©rer le dĂ©ploiement des unitĂ©s sur leurs zones de prĂ©positionnement avec leur logistique, leurs soutiens et les munitions/carburant ad hoc, prĂ©parer les premiĂšres frappes/premiĂšres actions militaires avant de synchroniser la manƓuvre des unitĂ©s affectĂ©es aux cinq axes de pĂ©nĂ©tration en comptant celui du Donbass, des unitĂ©s de la marine, de l’aviation d’armĂ©e et de l’armĂ©e de l’Air. L’offensive doit aussi dĂ©buter tant que les sols sont encore suffisamment gelĂ©s pour permettre, au besoin, le dĂ©ploiement des blindĂ©s hors des routes voir infra, mais avant le dĂ©gel - la raspoutitsa - de printemps qui intervient habituellement dans le nord de l’Ukraine vers mi-mars avant les fortes pluies . Enfin, le contingent recrutĂ© en octobre 2021 doit ĂȘtre suffisamment aguerri soutien essentiellement pour participer aux opĂ©rations aux cĂŽtĂ©s du contingent d’avril, et la campagne achevĂ©e avant que ce dernier ne soit libĂ©rĂ© de ses obligations, c’est-Ă -dire vers fin mars 2022. Autres facteurs de contrainte temporelle l’évacuation des populations du Donbass, qui doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e d’autant plus rapidement qu’elle signe la dĂ©cision russe d’intervenir , et la nĂ©cessitĂ© de respecter la demande du gouvernement chinois de ne pas dĂ©clencher l’opĂ©ration avant la fin des Jeux de PĂ©kin. Le narratif qui laisse supposer une mauvaise prĂ©paration de l’armĂ©e russe manque de troupes, de matĂ©riels/Ă©quipements, de piĂšces dĂ©tachĂ©es, de carburants, etc. ne rĂ©siste pas Ă  l’analyse le volume d’entrainements menĂ©s aux frontiĂšres ukrainiennes, notamment ceux des unitĂ©s professionnelles, a en effet Ă©tĂ© considĂ©rable depuis le dĂ©but de 2021 voir infra tableau G tandis que, sur cette mĂȘme pĂ©riode, les renforcements en matĂ©riel et en munitions des unitĂ©s des RM Ouest et Sud n’ont jamais cessĂ©. Le scĂ©nario 1 supra semble donc, a posteriori, le plus probable. Possiblement associĂ© Ă  une opĂ©ration de dĂ©stabilisation du gouvernement ukrainien , ce scĂ©nario seul explique le sous-dimensionnement logistique de l’opĂ©ration, cette dilution du dispositif en cinq axes du nord au sud, la faiblesse des effectifs engagĂ©s dans un pays plus Ă©tendu que la France, la prĂ©sence derriĂšre les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e de troupes de la Garde nationale gĂ©nĂ©ralement utilisĂ©es pour le maintien de l’ordre dans les villes, ces colonnes d’unitĂ©s lĂ©gĂšres 4x4 Tigr, BTR-82 prĂ©cĂ©dant les unitĂ©s lourdes et l’artillerie, l’importance du dispositif russe au nord de Kyiv 4 AIA et 1 CA, l’assaut hĂ©liportĂ© quasi-suicidaire au matin du 24 fĂ©vrier 2022 contre Hostomel et le fait que l’armĂ©e russe avait, d’évidence, pour consigne dans les premiers jours du conflit de prendre intactes les infrastructures Ă©conomiques stratĂ©giques, comme les aĂ©roports, les routes et les ports ou, du moins, de les frapper graduellement afin de faire monter la pression sur le gouvernement ukrainien et Ă©viter de s’aliĂ©ner les populations. Enfin, il n’est pas interdit de penser que l’armĂ©e biĂ©lorusse, qui n’a cessĂ© depuis un an de s’entrainer aux cĂŽtĂ©s de sa consƓur russe, notamment lors de Zapad et de DĂ©termination de l’Union-2022, devait Ă©galement intervenir dans le conflit et renforcer le dispositif au nord de Kyiv. Certaines dĂ©clarations faites par le prĂ©sident Loukachenko fin 2021 laissent entendre que cette implication biĂ©lorusse pourrait avoir Ă©tĂ© un temps planifiĂ©e . EncadrĂ© 2 Un mot sur les pressions politico-militaires Ă  l’instant Ă©voquĂ©es. Celles-ci ont pour but d’obtenir un rĂ©sultat politique en maintenant l’engagement militaire au strict minimum. Elles doivent ĂȘtre perçues comme une phase du conflit et non pas comme un acte extĂ©rieur Ă  ce conflit. La Russie est en guerre contre l’Ukraine depuis au moins le 1er dĂ©cembre 2021, date du discours de V. Poutine Ă©voquĂ© supra. AssociĂ©es Ă  divers outils de coercition indirecte sphĂšre informationnelle, cyber, menaces nuclĂ©aires, diplomatie, dĂ©stabilisation des rĂ©gimes politiques, etc., dont la principale a Ă©tĂ© la crise migratoire » artificiellement organisĂ©e fin 2021 par Moscou et Minsk, ces pressions sont d’ailleurs thĂ©orisĂ©es comme telle phase d’un conflit par la doctrine russe d’emploi des forces depuis plusieurs annĂ©es, Ă  tout le moins depuis le discours prononcĂ© par le gĂ©nĂ©ral Gerasimov en 2013 stratĂ©gie de coercition ou guerre de nouvelle gĂ©nĂ©ration ». L’affaire de CrimĂ©e et du Donbass, en 2014-2015, n’en a Ă©tĂ© qu’une pĂąle rĂ©pĂ©tition et la Syrie un terrain d’exercice pour des commandants d’unitĂ©s que l’on retrouve depuis le 24 fĂ©vrier 2022 de la banlieue de Kiev Ă  Kherson, de Marioupol Ă  Severodonetsk. L’intervention russe en Ukraine reprĂ©sente, aprĂšs la Transnistrie, la GĂ©orgie OssĂ©tie du Sud et Abkhazie, la CrimĂ©e/Donbass, le Karabakh, l’Asie centrale et la BiĂ©lorussie, le dernier maillon d’une politique de recomposition de l’empire russe » thĂ©orisĂ©e dĂšs 1993 doctrine de l’étranger proche, mais en fait dĂ©jĂ  visible dĂšs 1992 dans la crĂ©ation de la CEI et de son pendant militaire qui devient plus tard l’OTSC au dĂ©but des annĂ©es 2000 et dans les interventions en Abkhazie 1992-93 et en Transnistrie. Cette politique s’accĂ©lĂšre avec les deux guerres de TchĂ©tchĂ©nie, puis le refus de se retirer de Transnistrie malgrĂ© la signature par Moscou en novembre 1999 des accords OSCE d’Istanbul, avant d’ĂȘtre en quelque sorte officialisĂ©e » par les discours de V. Poutine en 2006 Ă  Tachkent puis en 2007 Ă  Munich. Il s’agit lĂ  d’un processus opiniĂątre, mais dĂ©libĂ©rĂ©ment lent pour des raisons Ă©conomiques ne pas effrayer les investisseurs Ă©trangers, renforcer le socle industriel, la dĂ©pendance des EuropĂ©ens au gaz/pĂ©trole, etc. et de politiques intĂ©rieure nĂ©cessitĂ© de maintenir un Ă©quilibre entre budgets militaires et budgets civils » et extĂ©rieure noyer l’agression/annexion dans le commerce et la diplomatie. Son moteur est tout autant idĂ©ologique les pays issus de l’ex-URSS continuent d’ĂȘtre perçus par Moscou Ă  travers le prisme de l’unitĂ© du territoire soviĂ©tique qu’économique, la gĂ©opolitique Ă©tant dĂ©pendante de ce dernier volet le territoire russe Ă©tant gĂ©ographiquement Ă  l’écart des grands pĂŽles Ă©conomiques mondiaux , il s’agit de l’en rapprocher » pour ouvrir aux industries, principalement liĂ©es aux secteurs de l’extraction de matiĂšres premiĂšres et de l’armement, et Ă  la diplomatie un espace de manƓuvre. L’interventionnisme russe dans l’espace post-soviĂ©tique a, aussi, pour but d’empĂȘcher toute apparition aux frontiĂšres de la Russie de rĂ©gimes politiques indĂ©pendants, surtout dĂ©mocratiques, qui entraĂźnerait une rupture avec les rĂ©seaux politico-affairistes russes cas flagrants de la GĂ©orgie et de l’Ukraine ; de contrĂŽler les voies d’exportation du gaz et du pĂ©trole vers l’Union europĂ©enne ; de pousser ses voisins Ă  adhĂ©rer aux espaces militaro-Ă©conomiques contrĂŽlĂ©s par Moscou Union Ă©conomique eurasiatique, CEI, OTSC, ADIZ communes, etc.. L’annexion de la CrimĂ©e en 2014 a ainsi rendue possible l’opĂ©ration de Syrie, qui, Ă  son tour, a permis l’implantation russe en Afrique. Cette politique est naturellement renforcĂ©e par des pratiques gĂ©nĂ©ralisĂ©es de corruption des Ă©lites politiques et Ă©conomiques Ă©trangĂšres, de gesticulations militaires mettant notamment en Ɠuvre les vecteurs nuclĂ©aires, de dĂ©stabilisation de l’UE et de l’OTAN, de prĂ©fĂ©rence pour le dialogue bilatĂ©ral, etc. Le conflit ukrainien marque un tournant dans cette politique qui, jusqu’alors, n’avait jamais Ă©tĂ© vĂ©ritablement freinĂ©e. Tout arrĂȘt du conflit est, pour Moscou, inenvisageable, notamment pour les raisons suivantes 1 l’Ukraine en raison de l’importance numĂ©rique des Russophones, des vellĂ©itĂ©s d’une large part de la population gĂ©nĂ©rale Ă  s’émanciper de l’hĂ©ritage politique, industriel, linguistique et culturel soviĂ©tique et donc russe, de la nature dĂ©mocratique de son rĂ©gime politique tournĂ© vers l’expĂ©rience des PECO, de son Ă©conomie, de ses dĂ©bouchĂ©s sur la mer Noire entre Abkhazie et Transnistrie/Balkans, ses ports, ses richesses naturelles, etc. ne peut ĂȘtre autorisĂ©e Ă  quitter la zone d’influence russe, 2 l’hystĂ©rie collective dĂ©clenchĂ©e par la propagande du Kremlin contre l’Ukraine a atteint une violence inouĂŻe qui va rechercher aussi loin que possible le dĂ©membrement du pays, la destruction de sa culture, voire l’annihilation d’une partie de sa population cf. les dĂ©clarations rĂ©centes du Patriarche Cyrille, de l’ancien prĂ©sident D. Medvedev et ce pamphlet publiĂ© par T. SergueĂŻtsev dans RIA Novosti le 3 avril 2022 , 3 le Kremlin cherche Ă  absorber les populations russophones d’Ukraine pour pallier la faiblesse de la dĂ©mographie russe , 4 V. Poutine ne peut, sans menacer son pouvoir et, partant, l’équilibre de l’empire », ramener son armĂ©e dans ses casernes sans gains gĂ©opolitiques notables Ă  prĂ©senter aux familles des milliers de soldats tuĂ©s ou blessĂ©s. 5 Ce conflit soude la population autour du Kremlin sur fond d’économie en berne et de sanctions occidentales qui commencent Ă  produire leurs effets. Partant, sauf revers militaire naturellement voir infra, ce conflit devrait aller au terme choisi par Moscou, quel qu’il soit, et nul ne peut dire combien d’hommes et de matĂ©riel la Russie acceptera de sacrifier pour atteindre son ou ses buts politiques, jusqu’oĂč elle est prĂȘte Ă  aller pour vaincre Ă  ses frontiĂšres un pays qui, Ă  ses yeux, reprĂ©sente un danger mortel pour ses intĂ©rĂȘts vitaux et la nature de son rĂ©gime politique. Combien de mois ou mĂȘme d’annĂ©es elle y consacrera. Cette question est la seule qui vaille, mĂȘme si, bien sĂ»r, elle cache de multiples chausse-trappes, pas uniquement militaires, qui peuvent Ă  tout moment – soyons lucides aprĂšs avoir Ă©tĂ© surpris – faire basculer le conflit dans un sens contraire aux intĂ©rĂȘts du Kremlin . L’incertitude est plus que jamais de mise, malgrĂ© les succĂšs rĂ©cents de l’armĂ©e russe au Donbass. Convenons, enfin, que ce conflit, qui met aux prises deux anciens pays membres de l’URSS, dont le russe est une langue commune, qui partagent de multiples liens civilisationnels, militaires, religieux, familiaux, ethniques, dont une partie des armements sont communs Ă  l’exception du Z ou du V !, revĂȘt des particularitĂ©s uniques qui n’en font pas une rĂ©pĂ©tition d’un conflit entre la Russie et l’OTAN, encore moins des guerres de Syrie et de GĂ©orgie. L’armĂ©e russe, c’est quoi ? Ces derniĂšres questions et remarques relĂšvent toutefois plus du champ politique que militaire. Sur le terrain, l’armĂ©e russe connait d’indĂ©niables revers. DĂšs lors, une question s’impose cette armĂ©e a-t-elle les moyens non seulement de continuer le combat, mais encore d’atteindre les buts de guerre fixĂ©s par le Kremlin, notamment et a minima, l’annexion des oblasts de Lougansk et de Donetsk, la prĂ©servation des zones conquises dans la rĂ©gion de Kherson et l’écrasement de l’armĂ©e ukrainienne au Donbass ? La mission premiĂšre des forces armĂ©es russes est la dĂ©fense du territoire national, mĂȘme si l’OTAN , aux frontiĂšres ouest, et les Etats-Unis aux frontiĂšres est BĂ©ring/Pacifique nord et Arctique, continuent d’ĂȘtre perçus comme des menaces existentielles au point de façonner la structure mĂȘme des unitĂ©s de mĂȘlĂ©e forte prĂ©dominance des unitĂ©s d’artillerie/missiles et blindĂ©es, de la marine sous-marins nuclĂ©aires et de la dĂ©fense aĂ©rienne stratĂ©gique. Cette perception de l’OTAN comme menace est Ă©galement un biais psychologique » dont les gĂ©nĂ©raux actuels ont hĂ©ritĂ© de l’armĂ©e soviĂ©tique la Russie, hĂ©ritiĂšre de la puissante URSS, ne peut parler autrement avec l’OTAN et, surtout, avec les Etats-Unis que sur un pied d’égalitĂ©. C’est un premier point et un point important. Ses moyens conventionnels sont dĂ©ployĂ©s, comme on le sait, au sein de cinq grands commandements stratĂ©giques interarmĂ©es RĂ©gions Militaires RM ouest, sud, centre et est et un grand commandement stratĂ©gique/OSK autour de la Flotte du Nord qui couvrent tout le territoire et dont le rĂŽle est de repousser toute incursion extĂ©rieure, chaque RM, en cas de besoin, venant aider sa voisine selon une logique de domino. C’est d’ailleurs ce Ă  quoi l’on assiste en Ukraine. En cas de conflit, ces structures se transforment en Ă©chelon de commandement rĂ©gional ayant emprise sur tous les moyens de l’Etat jusqu’au niveau des administrations gardes-frontiĂšres, Garde nationale, ministĂšre de la SĂ©curitĂ© civile, etc., des banques, entreprises ... Les forces disponibles ne permettant pas de couvrir l’ensemble de cet Ă©norme territoire de 17 millions de km2, des unitĂ©s du 1er Ă©chelon voir Mobil’nost’-2004, par exemple, le 1er grand exercice de projection , dont les unitĂ©s VDV Troupes parachutistes/assaut aĂ©rien et les Troupes de marine constituent le cƓur, ont Ă©tĂ© créées, capables de se projeter sur plusieurs milliers de kilomĂštres en moins de 24h. Les trous capacitaires qui apparaissent en raison de l’insuffisance du nombre d’avions de transport VTA sont comblĂ©s par les moyens des Troupes ferroviaires. Officiellement, le Plan national d’armement/Loi de programmation militaire PNA 2011-2020 s’est soldĂ© par un succĂšs, les graves dysfonctionnement du passĂ© ayant Ă©tĂ© corrigĂ©s avant d’ĂȘtre soumis au verdict de 11 grands exercices stratĂ©giques et de deux fois plus d’exercices d’alerte inopinĂ©s, parfois de plus grande ampleur . La rĂ©activitĂ© des forces, leur entrainement, les structures de commandement, le niveau de professionnalisation, etc. ont fait l’objet de tous les soins, tandis que les domaines d’excellence traditionnels dĂ©fense sol-air, artillerie, armes d’infanterie, GE, hĂ©licoptĂšres d’attaque et de manƓuvre, nuclĂ©aire stratĂ©gique, transport ferroviaire, satellites, chars de combat ont encore Ă©tĂ© renforcĂ©s. L’accent a Ă©tĂ© mis sur le remplacement des Ă©quipements les plus anciens ils Ă©taient nombreux, la crĂ©ation d’un C4ISR moderne et la numĂ©risation de l’espace de bataille, volet particuliĂšrement mis en avant lors de la campagne syrienne et par tous les derniers salons d’armement. Une certaine capacitĂ© de projection de puissance a Ă©tĂ© retrouvĂ©e grĂące, par exemple, Ă  l’entrĂ©e en dotation de nouveaux missiles air-sol Kh-101 et Kh-47M2 Kinzhal, sol-sol SS-26 Iskander et mer-sol de la famille des Kalibr de la marine. Le segment des drones de combat qui, au dĂ©but des annĂ©es 2010 dĂ©pendait quasi exclusivement de machines israĂ©liennes, s’est vu doter de plusieurs modĂšles nationaux allant du petit drone tactique au drone de type MALE. La protection des approches et frontiĂšres, notamment des cĂŽtes Troupes cĂŽtiĂšres de la marine, n’a pas oubliĂ©e et celles-ci ont Ă©tĂ© sanctuarisĂ©es grĂące au dĂ©ploiement de missiles modernes anti-aĂ©riens et antinavires S-400/S-350, systĂšme Bastion-P, etc.. L’ensemble est renforcĂ© par des pratiques trĂšs rĂŽdĂ©es et efficaces de guerre de nouvelle gĂ©nĂ©ration » hybride, selon l’expression utilisĂ©e en 2013, on l’a vu, par le CEMG, le gĂ©nĂ©ral Gerasimov mĂ©dias, propagande, dĂ©sinformations, inversion du discours agresseur/agressĂ©, lĂ©gitimation de l’action militaire par le droit international, menaces nuclĂ©aires, etc.. Enfin, ces forces armĂ©es peuvent ĂȘtre dĂ©ployĂ©es dans tous les milieux amphibie, aĂ©roportĂ©, montagne et arctique. Tableau A. Structures des forces armĂ©es russes en 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Sur le plan de son organisation gĂ©nĂ©rale, cette armĂ©e aborde le tournant de la dĂ©cennie 2010 et les annĂ©es ChoĂŻgou » aprĂšs plusieurs tentatives de rĂ©formes avortĂ©es, de sous-financement, de va-et-vient doctrinaires, et une guerre de cinq jours en GĂ©orgie 2008 qui a montrĂ© son piĂštre niveau tactique et opĂ©rationnel. En 2009, dans le cadre des rĂ©formes d’A. Serdioukov, la vieille organisation soviĂ©tique RĂ©gion militaire, armĂ©e, division et rĂ©giment laisse place Ă  une organisation tripartite commandement opĂ©rativo-stratĂ©gique RM/OSK - commandement opĂ©ratif AIA - brigade. L’échelon divisionnaire est supprimĂ© et l’armĂ©e de Terre rĂ©organisĂ©e en brigades interarmes lĂ©gĂšres, moyennes BFM et lourdes blindĂ©es auxquelles sont ajoutĂ©es, en plus ou moins grand nombre selon les zones gĂ©ographiques, des brigades d’appui spĂ©cialisĂ©es gĂ©nie, artillerie, GE, etc.. La rĂ©forme est obtenue au prix d’une rĂ©duction drastique, sans prĂ©cĂ©dent, des unitĂ©s et des cadres officiers l’armĂ©e de Terre passe de 1980 Ă  172 unitĂ©s, l’armĂ©e de l’Air de 340 Ă  180 et la marine de 240 Ă  123 . Le corps des officiers est divisĂ© par 2,5 Ă  le rajeunissement des cadres Ă©tant recherchĂ©, ainsi que la professionnalisation du corps des sous-officiers. ParallĂšlement, les effectifs du personnel civil, fait rĂ©vĂ©lateur, sont prĂ©servĂ©s. 85 brigades dites intĂ©grales », c’est-Ă -dire en disponibilitĂ© opĂ©rationnelle postoyannaya gotovnost’, voient le jour dans l’armĂ©e de Terre, contre seulement 6 divisions opĂ©rationnelles en 2008, tandis que disparaissent les unitĂ©s de cadres » qui sont dissoutes ou transformĂ©es en entrepĂŽts de matĂ©riels . Les rĂ©gions militaires et les armĂ©es interarmes deviennent respectivement des commandements opĂ©rativo-stratĂ©giques et opĂ©ratifs voir supra. Avec l’arrivĂ©e en 2012 Ă  la tĂȘte du ministĂšre de S. ChoĂŻgou, l’échelon divisionnaire est recréé dĂ©bouchant, de fait, sur l’existence aujourd’hui d’un systĂšme mixte. Dans le volet logistique, enfin, des rĂ©formes sont toujours en cours depuis 2016 dans le but de remplacer les 330 entrepĂŽts et bases de stockage de l’armĂ©e par 24 ensembles de production et de logistique » PLK dont la construction et la gestion font l’objet de partenariats entre le ministĂšre de la DĂ©fense et le secteur privĂ©. Cette vitrine officielle, imposante par l’ampleur de l’effort consenti, a, toutefois, souffert de quelques accrocs. Dans les faits, et malgrĂ© une hausse indĂ©niable des budgets dĂ©fense », le PNA-2011-2020 ne peut Ă©chapper sur sa pĂ©riode d’exĂ©cution Ă  la dĂ©tĂ©rioration des indices Ă©conomiques. AprĂšs une sĂ©vĂšre rĂ©cession en 2009 -7,5% suivi d’un certain rĂ©tablissement, l’économie sombre Ă  nouveau dĂšs 2014 -8% avec une inflation Ă  10% en raison de la faiblesse des prix des matiĂšres premiĂšres et des sanctions occidentales crise diplomatique de CrimĂ©e. Les entreprises endettĂ©es en dollars connaissent des problĂšmes d’investissement et demandent l’aide de l’Etat qui perd ainsi d’importantes rentrĂ©es budgĂ©taires. Les revenus rĂ©els de la population chutent de 10% entre 2014 et 2018 et le budget n’est que rarement Ă  l’équilibre avec un baril dont le prix ne cesse de fluctuer. Le PIB remonte un peu dĂšs 2018 1653 milliards de $ contre 2258 au pic de 2013 avant de s’effondrer une nouvelle fois lors de la crise du COVID-19. Ces facteurs Ă©conomiques, couplĂ©s Ă  d’indĂ©niables difficultĂ©s de la BITD Ă  mettre au point de nouveaux armements, obligent l’état-major Ă  Ă©tablir des prioritĂ©s dans ses budgets et dans ses choix d’équipements. Alors que la triade nuclĂ©aire demeure prioritaire 10% des budgets et que la professionnalisation des unitĂ©s impose une hausse substantielle des salaires et soldes, de nouvelles armes sont certes mis en service , mais qui bĂ©nĂ©ficient surtout aux unitĂ©s d’élite. On assiste ainsi trĂšs tĂŽt dans ce PNA Ă  des politiques de modernisation de matĂ©riels anciens, notamment des aĂ©ronefs et des blindĂ©s. De son cĂŽtĂ©, la marine prend de plus en plus l’aspect d’une flotte de petites corvettes/OPV armĂ©es de missiles mer-sol capables d’appuyer les opĂ©rations terrestres, tandis que, paradoxalement, pour des raisons de prestige et de prĂ©servation du tonnage global dans les classements internationaux, de grands navires inutiles et ruineux comme les Kirov, les Slava ou le PA Kouznetsov sont modernisĂ©s alors mĂȘme que cette marine manque cruellement de frĂ©gates. ParallĂšlement, le pouvoir politique fait le choix, tout autant pour des raisons politiques que sociales, de maintenir artificiellement en vie de nombreuses industries de DĂ©fense grande pourvoyeuse d’électeurs poutiniens comme les armĂ©es qui, dans un Ă©cosystĂšme compĂ©titif, auraient Ă©tĂ© fermĂ©es. ParallĂšlement, certaines compĂ©tences techniques, capacitĂ©s de production et de R&D, notamment navales, sont captĂ©es par le secteur de l’extraction des hydrocarbures, plus rentable. A partir de 2014, la BITD subit Ă©galement de plein fouet les sanctions occidentales difficultĂ©s Ă  financer la modernisation de leur capital et la rupture des liens industriels trĂšs Ă©troits avec l’Ukraine. La corruption, endĂ©mique, perdure, provoquant chaque annĂ©e l’évaporation de milliards de roubles, tandis que le MINDEF multiplie les procĂšs contre les entreprises, signe que celles-ci ne respectent pas les calendriers de production. Ces multiples facteurs, comme sous l’URSS, vont Ă  l’encontre d’une rationalisation des politiques d’achats d’équipements. On assiste ainsi dĂšs le dĂ©but dans annĂ©es 2010 Ă  l’apparition dans chaque niche d’équipement de phĂ©nomĂšnes de tĂ©lescopage/chevauchement des nouveaux programmes entre eux et avec les programmes de modernisation d’armements anciens. Certains sont lancĂ©s pour les besoins spĂ©cifiques de telle ou telle armĂ©e/arme, voire d’autres ministĂšres et services concurrents ministĂšre des Situations d’urgence, Garde nationale, garde-cĂŽtes du FSB, etc. sans grand souci apparent de rationalisation. Le 24 fĂ©vrier 2022, les forces terrestres » armĂ©e de Terre, Garde nationale, VDV, Garde-FrontiĂšres, Troupes de marine et forces spĂ©ciales, troupes de PVO pĂ©nĂštrent ainsi sur le territoire ukrainien Ă©quipĂ©es de plusieurs centaines de modĂšles de vĂ©hicules, de LRM, de canons et d’armements divers utilisant des munitions, des pneus, des huiles et carburants, des systĂšmes de transmission, des piĂšces dĂ©tachĂ©es diffĂ©rents. Le volet des chars de combat comprend Ă  lui seul, par exemple, trois modĂšles diffĂ©rents eux-mĂȘmes dĂ©clinĂ©s en plusieurs versions. De leur cĂŽtĂ©, les forces aĂ©riennes, faute d’appareils vĂ©ritablement polyvalents, dĂ©butent les opĂ©rations avec au moins huit types d’avions des Mig-29, Su-27, Su-30SM et Su-35 pour la chasse, des Su-24 et Su-34 pour le bombardement et les Su-25 et Mig-31K pour l’assaut/appui-feu. Les hĂ©licoptĂšres de combat et de manƓuvre sont, eux, tout aussi nombreux. On pourrait multiplier les exemples. Un vrai cauchemar pour une logistique et une chaine de MCO obligĂ©es de suivre au dĂ©but du conflit les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e sur plusieurs centaines de kilomĂštres en territoire ennemi et sur plusieurs axes de progression Kiev, Kharkov/Soumy, Donbass et Sud, chacun espacĂ© de plusieurs centaines de kilomĂštres. MĂȘme si chaque front/axe s’adossait Ă  une ou plusieurs armĂ©es interarmes, elles-mĂȘmes soutenues par leur rĂ©gion militaire d’origine, le dĂ©fi logistique ne pouvait qu’ĂȘtre Ă©norme dĂšs lors que les FAU opposaient une rĂ©sistance. Le PNA 2011-2020 est, malgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es, un indĂ©niable succĂšs qui fait de l’armĂ©e russe la premiĂšre armĂ©e d’Europe et laisse entrevoir sa physionomie Ă  l’horizon 2030-35. Tableau B. ModĂšles de chars de combat prĂ©sents dans le conflit ukrainien Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour A ces dysfonctionnements internes viennent s’ajouter des contraintes gĂ©ographiques et politiques rencontrĂ©es, pour certaines, depuis au moins la deuxiĂšme partie du XIXĂšme siĂšcle et qui sont autant d’élĂ©ments traditionnels de dilution de la puissance militaire russe . Ă©normitĂ© d’un territoire Ă  protĂ©ger/couvrir s’étendant sur 11 fuseaux horaires avec de fortes disparitĂ©s climatiques  nĂ©cessitĂ© de concevoir des armements spĂ©cifiques x des coĂ»ts, adaptĂ©s Ă  ces diffĂ©rents théùtres Arctique, Baltique, centre-Europe, mer de Barents, mer Noire/Caspienne, Asie centrale, Caucase, Pacifique, .instabilitĂ©/menaces/hostilitĂ© de certains pays voisins nĂ©cessitant la crĂ©ation de bases aux frontiĂšres et des interventions rĂ©guliĂšres, notamment au Caucase et en Asie centrale, . nĂ©cessitĂ© face Ă  l’OTAN, ennemi cible », de faire masse » c’est-Ă -dire de conserver en unitĂ©s/parcs des milliers de blindĂ©s et systĂšmes d’armes, des effectifs nombreux, . nĂ©cessitĂ© d’équiper en armements spĂ©cifiques certains ministĂšres et services de force dilution des budgets, R&D, . prĂ©servation, enfin, pour des raisons clientĂ©listes, d’un grand nombre d’industries militaires par niche voir supra. En fĂ©vrier 2022, c’est donc une armĂ©e partiellement modernisĂ©e, rajeunie, mais dont un tiers des effectifs est constituĂ© d’appelĂ©s du contingent et qui conserve la structure plutĂŽt figĂ©e, trĂšs caractĂ©ristique des unitĂ©s soviĂ©tiques, oĂč prĂ©dominent les unitĂ©s mĂ©canisĂ©es, blindĂ©es et d’artillerie conçues pour un combat contre l’OTAN, Ă  l’extĂ©rieur et Ă  l’intĂ©rieur du territoire russe, qui se lance dans le conflit. Fait important voir infra les deux tiers environ de ces forces armĂ©es Troupes de missiles cĂŽtiers, de PVO/PRO, marine, bases militaires Ă  l’étranger, RVSN, etc. ne sont pas constituĂ©s de forces projetables sur le terrain ukrainien car assignĂ©es Ă  la dĂ©fense d’une zone gĂ©ographique, de frontiĂšres ou d’infrastructures stratĂ©giques. Pour conclure cette rapide prĂ©sentation, il convient, Ă  ce niveau de l’analyse, de se demander si cette armĂ©e imposante, dimensionnĂ©e pour combattre et dissuader l’OTAN, est en mesure de rĂ©pondre efficacement Ă  la politique d’expansion du Kremlin dans l’espace post-soviĂ©tique. A priori, la rĂ©ponse est oui. Indubitablement. Elle dispose en nombre, on vient de le voir, d’armes et d’équipements offensifs et dĂ©fensifs plus modernes que ceux de tous ses adversaires potentiels rĂ©unis et de forces professionnelles bien entraĂźnĂ©es. Pourtant, les faits sont tĂȘtus il lui a fallu six ans 1999 Ă  2006 pour dĂ©truire la guĂ©rilla tchĂ©tchĂšne, elle ne l’a emportĂ© en GĂ©orgie 2008 que laborieusement, avec plus de succĂšs en CrimĂ©e 2014, mais plus difficilement au Donbass 2014-15. Quant au conflit en cours en Ukraine, on peut Ă  bon droit se demander si la marche n’était tout simplement pas trop haute. Le conflit ukrainien, une marche trop haute ? La relance de cette guerre en Ukraine 2022 est la premiĂšre de haute intensitĂ© dans laquelle l’armĂ©e russe est engagĂ©e depuis sa crĂ©ation officielle en 1992. C’est un premier point. Le conflit syrien n’impliquait que des forces limitĂ©es 5000 h., l’essentiel des troupes au sol Ă©tant constituĂ© de troupes Ă©trangĂšres Syriens, Iraniens, etc.. Pour des raisons Ă©videntes, cette armĂ©e russe ne coĂŻncidant pas avec l’entiĂšretĂ© de l’armĂ©e soviĂ©tique, je ne remonte pas au-delĂ  de 1992 et ne tiens compte ni de la Seconde Guerre mondiale ni du conflit afghan , mĂȘme si les traditions militaires russes, comme celles de toutes les armĂ©es de l’ex-URSS, plongent naturellement dans ces deux conflits. Si cette armĂ©e russe, second point, domine son adversaire par la masse de ses Ă©quipements, elle lui est, paradoxalement infĂ©rieure en effectifs humains engagĂ©s voir tableau C, l’armĂ©e ukrainienne ayant ici un trĂšs net avantage. Tableau C. Effectifs russes et ukrainiens en prĂ©sence dans le conflit fĂ©vrier-mai 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Les FAU sont, en outre, parfaitement organisĂ©es entre troupes rĂ©guliĂšres, forces territoriales et volontaires/rĂ©servistes, disposent au matin du 24 fĂ©vrier 2022 de forces mĂ©canisĂ©es puissantes et bien Ă©quipĂ©es, combattent sur leur sol, et se prĂ©parent depuis 2015 Ă  un conflit avec un ennemi qu’elle connaĂźt bien . Les axes de pĂ©nĂ©tration ont Ă©tĂ© identifiĂ©s, fortifiĂ©s, piĂ©gĂ©s sur certains tronçons mines anti-char, chaines d’IED, notamment face au Donbass. Le territoire ukrainien, immense, voir carte infra, entrecoupĂ© de riviĂšres, de plaines, de marais, couvert de forĂȘts, oĂč les routes sont rares et oĂč la puissance russe se dilue, ajoute encore aux difficultĂ©s. Reste que le nombre des effectifs n’a jamais fait la valeur d’une armĂ©e, notamment dans les conflits modernes. Carte de l’Ukraine. Distances nord-sud et est-ouest du champ de bataille Fond de carte MAE. Calculs de C. Gloagen. La non intĂ©gration de la CrimĂ©e dans le calcul ne vaut pas validation de l’occupation russe. Sur le terrain, les pertes dans le camp russe sont considĂ©rables . C’est indĂ©niable. DĂ©but juin 2022, l’armĂ©e russe et ses alliĂ©s du Donbass auraient dĂ©jĂ  perdu en une centaine de jours, selon le site internet Oryx , quelque 4207 Ă©quipements et vĂ©hicules divers, dont 747 chars de combat, et 1238 VCI/VBTT soit une vingtaine par jour pour ces derniers . PrĂšs d’un tiers de ces Ă©quipements 1363 a Ă©tĂ© capturĂ© et 316 abandonnĂ©s sans qu’il soit toujours possible d’en expliquer les raisons pannes mĂ©caniques ou d’essence, dĂ©sertions, vĂ©hicules embourbĂ©s ?. Encore ne sont-ce lĂ  que les pertes identifiĂ©es Ă  partir de sources OSINT . Les dĂ©comptes publiĂ©s par le gouvernement ukrainien sont deux fois plus Ă©levĂ©s que les chiffres d’Oryx, mais invĂ©rifiables. Il en va de mĂȘme pour les pertes en vies humaines qui sont, quoi qu’il en soit, sĂ»rement elles aussi Ă©levĂ©es. Rappelons qu’un BTR-80 ou un T-72 dĂ©truits, ce sont, respectivement, 10 et 3 hommes tuĂ©s. Les chiffres publiĂ©s chaque jour par les FAU sont certainement exagĂ©rĂ©s Russes tuĂ©s fin mai 2022 sous-entendrait en effet quelque blessĂ©s , soit tuĂ©s et blessĂ©s c’est-Ă -dire plus ou moins l’équivalent de l’ensemble du personnel des GTB dĂ©ployĂ©s sur le terrain ! Les sources occidentales sont plus mesurĂ©es qui Ă©voquent la mort de 12 Ă  hommes dans le camp russe, soit une moyenne de hommes mis hors de combat tuĂ©s et blessĂ©s, sans compter les prisonniers. Chiffres dĂ©jĂ  considĂ©rables, mais tout aussi invĂ©rifiables que les chiffres ukrainiens. Le narratif du conflit Ă©tant largement monopolisĂ© par une propagande ukrainienne prĂ©pondĂ©rante, il convient de rappeler que les pertes dans les rangs des FAU sont probablement du mĂȘme ordre de grandeur, notamment depuis le recentrage des opĂ©rations russes au Donbass, fin avril 2022 . On ne s’étendra pas ici sur les difficultĂ©s et les dysfonctionnements nombreux, certains caricaturaux, inexpliquĂ©s Ă  ce stade, rencontrĂ©s par l’armĂ©e russe dans ce conflit. La plupart trouvent probablement leur source dans une planification de l’intervention inadaptĂ©e Ă  la puissance rĂ©elle des FAU, l’étendue du territoire Ă  contrĂŽler, au grand nombre de villes, dans des dĂ©fauts de commandement aussi, comme le fait, par exemple, de n’avoir pas placĂ© initialement l’ensemble du dispositif sous le commandement d’un seul officier gĂ©nĂ©ral prĂ©sent sur le terrain , ou un entrainement insuffisant et trop formatĂ© ; certains sont tout simplement grossis par la propagande ukrainienne et occidentale. D’autres pourraient aussi ĂȘtre le rĂ©sultat de l’action invisible de l’OTAN guerre Ă©lectronique, cyber, forces spĂ©ciales sur le terrain, etc.. ArrĂȘtons-nous toutefois sur les plus mĂ©diatisĂ©s ces derniers jours. Le groupement tactique bataillonnaire GTB/GTIA a Ă©tĂ© particuliĂšrement critiquĂ© au dĂ©but du conflit. D’aucuns ont pointĂ© l’insuffisance de ses effectifs de fantassins 2 Ă  300, sa difficultĂ© Ă  lancer une offensive tout en protĂ©geant ses flancs et ses arriĂšres, la concentration insuffisante de son artillerie lors d’attaques venant de plusieurs directions, ses difficultĂ©s de coordination des multiples armes qui le composent et de recomplĂštement de sa puissance de combat sans ĂȘtre obligĂ© d’aspirer les moyens de sa brigade de rattachement, parfois localisĂ©e Ă  plusieurs dizaines de kilomĂštres de sa position . Certains de ces GTB seraient Ă©galement issus de brigades mixtes », c’est-Ă -dire composĂ©es Ă  la fois d’appelĂ©s et d’engagĂ©s les GTB sont toutefois censĂ©s ĂȘtre formĂ©s entiĂšrement de personnel sous contrat, organisation qui complique, voire interdit, les relĂšves, mĂȘme si les appelĂ©s peuvent se voir contraints, comme hier en Syrie, de signer des contrats d’engagement . Le groupement tactique bataillonnaire russe Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour C’est ce manque de combattants Ă  pied au sein des GTB qui expliquerait la propension de l’armĂ©e russe Ă  mener des combats de siĂšge autour d’une place forte ou d’une ville plutĂŽt que de le/la prendre d’assaut, mais aussi Ă  engager au moindre blocage les blindĂ©s, les VCI et l’artillerie, avec les destructions qu’impliquent la mise en Ɠuvre de ces armes, notamment dans les zones urbaines vieille pratique soviĂ©tique, au demeurant. Ces tactiques seraient, enfin, largement inefficaces face Ă  des FAU pratiquant un combat largement dĂ©centralisĂ©. La multiplication des armes dans le GTB Ă  laquelle s’ajoute dans certaines zones de combat la prĂ©sence de troupes supplĂ©tives au Donbass, par exemple transformerait Ă©galement la coordination du combat interarmes, voire interarmĂ©es si l’aviation intervient, en une tĂąche redoutable que ne maĂźtriseraient pas tous les colonels commandant du groupement tactique. Ces officiers, enfin, n’auraient pas la libertĂ© d’initiative que peuvent avoir leurs homologues occidentaux. Ces critiques, si elles ont pu trouver une certaine justification au dĂ©but des opĂ©rations, Ă©tant donnĂ© la physionomie du dispositif initial, semblent aujourd’hui devoir ĂȘtre Ă©dulcorĂ©es, sauf exception. L’armĂ©e russe a retrouvĂ© ses fondamentaux », si j’ose dire, en se recentrant sur le Donbass l’artillerie des GTB a Ă©tĂ© renforcĂ©e, agissent de concert, n’avancent plus sans l’appui-feu massif de l’aviation et de l’artillerie, tandis que les chars ne se dĂ©placent plus seuls mais bien protĂ©gĂ©s par leurs unitĂ©s mĂ©canisĂ©es VCI et infanterie. Les blindĂ©s de protection de char en russe BMPT Terminator font leur apparition, tout comme
 les T-62 antĂ©diluviens ! Face aux pertes humaines, la progression est lente, mais constante, couverte par les drones de reconnaissance qui Ă©claire l’appui-feu, tandis que sur les positions conquises au nord Kharkiv et au sud Kherson, oblast de Zaporizhiya, l’armĂ©e russe s’enterre Ă  son tour, plaçant les FAU dans la dangereuse posture d’attaquant. Dans cette deuxiĂšme phase du conflit, l’artillerie prend une place prĂ©pondĂ©rante et place l’armĂ©e russe en situation de supĂ©rioritĂ© indĂ©niable. La faiblesse, voire l’absence, d’appui-feu aĂ©rien a Ă©galement Ă©tonnĂ© de nombreux observateurs, mĂȘme si cette faiblesse Ă©tait en partie compensĂ©e par le nombre Ă©levĂ© de VCI au sein des brigades. Elle s’expliquerait non seulement par une mauvaise mĂ©tĂ©o hivernale, une dĂ©fense aĂ©rienne ukrainienne encore en partie opĂ©rationnelle SEAD dĂ©faillant, par le grand nombre de MANPADS en dotation dans des FAU trĂšs diluĂ©es sur le terrain, mais aussi par des difficultĂ©s de coordination entre les forces terrestres et aĂ©riennes C2I dĂ©faillant ?, de gestion des opĂ©rations aĂ©riennes complexes et, en gĂ©nĂ©ral, de l’ensemble du champ de bataille mauvaise formation, mauvais matĂ©riel, manque de capacitĂ©s/terminaux satellites ?. Ajoutons Ă  ce tableau le manque d’appareils vĂ©ritablement multirĂŽles, facteur qui s’il limite le nombre d’appareils disponibles pour l’appui-feu, n’a, Ă  vrai dire, aujourd’hui plus guĂšre d’importance dans la mesure oĂč aprĂšs trois mois de conflit la dĂ©fense anti-aĂ©rienne sauf par MANPADS et l’aviation ukrainiennes ont pratiquement disparu. Du cĂŽtĂ© des armes air-sol ou sol-sol de prĂ©cision, et mĂȘme des drones , une certaine pĂ©nurie semble s’installer, alors mĂȘme que ce type d’armes trĂšs coĂ»teux est difficilement remplaçable sur le court terme. Si en un mois de conflit, l’armĂ©e russe a tirĂ© plus de 2000 missiles sol-sol, air-sol et mer-sol SS-26 Iskander par l’armĂ©e de Terre, Kh-55, Kh-31A et kh-101 par l’ALRA ou les chasseurs, quelques Kalibr, peut-ĂȘtre, par les navires de mer Noire, il s’agit lĂ , probablement, d’un rythme difficilement soutenable. Le recours aux obus de l’artillerie, aux roquettes des LRM et aux bombes lisses de l’aviation devient la rĂšgle. La dĂ©fense aĂ©rienne russe mobile, celle qui se trouve au contact des unitĂ©s de mĂȘlĂ©e Pantsir, Tor, Strela-10 de la PVO/SV et des VKS, etc., comme celle Ă©quipĂ©e de systĂšmes plus lourds de type S-300 et S-400, s’est Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ©e peu performante comme le montrent le tir, fin fĂ©vrier 2022, de vieux Tochka-U contre les bases aĂ©riennes de Millerovo et de Taganrog oblast de Rostov, la destruction d’un LST de type Alligator dans le port de Berdiansk mi-mars 2022 et le raid de deux hĂ©licoptĂšres Mi-24 contre des dĂ©pĂŽts de carburant prĂšs de Belgorod. Le Pentagone affirmait pourtant le 10 mars que 90% des systĂšmes de dĂ©fense aĂ©rienne dĂ©ployĂ©s autour de l’Ukraine ou sur son territoire Ă©tait opĂ©rationnel. En avril et en mai 2022, plusieurs bombardements d’entrepĂŽts de carburant et de munitions, notamment, dans les oblasts de Koursk et de Belgorod, ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s, tandis que des incendies suspects dĂ©truisaient des sites militaires et civils Ă  Moscou Tsagi, institut aĂ©rospatial, Ă  Perm fabrique de poudre, Ă  Tver RKK Energiya, Kineshma usine chimique et qu’un pont ferroviaire Ă©tait sabotĂ© prĂšs de Koursk. Tout aussi Ă©tonnant la libertĂ© laissĂ©e aux drones turcs AB-2 d’opĂ©rer au-dessus de colonnes russes pourtant censĂ©ment protĂ©gĂ©es par de multiples systĂšmes de guerre Ă©lectronique et de dĂ©fense aĂ©rienne. La piĂštre qualitĂ© des transmissions a Ă©galement fait l’objet de nombreuses rumeurs. Si certaines sont fondĂ©es, nombre relĂšvent de la dĂ©sinformation ou d’une mauvaise connaissance du rĂŽle des transmissions dans une zone de combat. A chaque unitĂ© russe Ă  partir de niveau brigade est rattachĂ© un bataillon de transmissions, tandis qu’à l’échelon infĂ©rieur chaque bataillon/divizion dispose Ă©galement de sa propre section de transmissions qui lui permet de communiquer par moyens chiffrĂ©s avec l’état-major de brigade. Au niveau brigade et au-dessus la redondance des systĂšmes de transmissions est la rĂšgle par satellite, en bandes HF, V/UHF. Le morse continue Ă©galement Ă  ĂȘtre utilisĂ©, les Russes, comme les AmĂ©ricains et Ă  la diffĂ©rence ces Français, ne l’ayant jamais abandonnĂ© . Au niveau des compagnies et des sections de combat, il n’est effectivement pas impossible que des moyens radios non-chiffrĂ©s et fonctionnant encore en mode analogique soient utilisĂ©s, notamment pour permettre aux forces rĂ©guliĂšres de communiquer avec les unitĂ©s de supplĂ©tifs du Donbass, par exemple. Il s’agirait lĂ  d’une mesure pratique matĂ©riel peu onĂ©reux et d’un choix tactique raisonnĂ©, l’information Ă©changĂ©e n’ayant qu’une valeur fugace Ă  condition que les opĂ©rateurs soient disciplinĂ©s !, mais peut-ĂȘtre aussi une mesure de sĂ»retĂ©. Les petites unitĂ©s se trouvant au contact de l’ennemi, il ne faut en effet pas risquer que du matĂ©riel de cryptographie puisse ĂȘtre saisi. Ce type de matĂ©riel, utilisant des liaisons numĂ©riques, serait ainsi prĂ©fĂ©rentiellement rĂ©servĂ© aux rĂ©seaux d’états-majors sur l’arriĂšre Ă  partir du niveau brigade/rĂ©giment. D’autre part, Ă©tant donnĂ© le grand nombre d’unitĂ©s engagĂ©es sur le terrain, il est impossible d’écouter et de goniomĂ©trer tous les rĂ©seaux en temps rĂ©el. Que certaines communications russes aient Ă©tĂ© enregistrĂ©es par les FAU et l’OTAN relĂšve du truisme, d’autant plus que des systĂšmes de transmission russes ont pu ĂȘtre saisis sur le terrain, voire dĂ©jĂ  en possession des FAU depuis les combats de 2014-2015. En gĂ©nĂ©ral, les armĂ©es russes utilisent Ă©galement beaucoup de rĂ©seaux V/UHF non cryptĂ©s comme d’autres armĂ©es. ChiffrĂ©e ou pas, une transmission V/UHF ou HF dĂ©tectĂ©e par la GE adverse peut quoi qu’il en soit faire l’objet d’un tir de neutralisation/destruction de l’émetteur, ou de brouillage. Il est aussi probable que les unitĂ©s russes utilisent sur le terrain notamment au Donbass et prĂšs des frontiĂšres biĂ©lorusses et russes des tĂ©lĂ©phones portables dans la mesure oĂč les stations de base de tĂ©lĂ©phonie mobile antennes sont susceptibles d’ĂȘtre encore intactes , notamment celles situĂ©es dans les zones contrĂŽlĂ©es et sĂ©curisĂ©es par les forces russes. Au demeurant, les Russes pourraient disposer de bulles 3G/4G militaires, identiques par exemple Ă  celles utilisĂ©es par nos militaires . Technologiquement, la 4G russe et la 4G ukrainienne sont identiques Ă  la 4G europĂ©enne, en termes de fonctionnement du rĂ©seau. En revanche, les bandes de frĂ©quences peuvent ĂȘtre particuliĂšres et adaptĂ©es. Ecouter ces rĂ©seaux 3G/4G est difficile, mĂȘme si on peut cibler un rĂ©seau particulier. Si les Russes ont a priori les capacitĂ©s techniques de numĂ©riser le champ de bataille, du moins si l’on en croit les Ă©quipements prĂ©sentĂ©s dans les salons d’armement, et de chiffrer leurs transmissions dans une zone de combat, y compris en deçà du niveau brigade/rĂ©giment cf. les systĂšmes Ratnik du combattant, radio chiffrĂ©e tactique de 6Ăšme gĂ©nĂ©ration Azart-P1, systĂšme satellitaire tactique VSAT Auriga par exemple, on peut se demander si cette numĂ©risation du champ de bataille fait sens dans une zone de combat, notamment urbaine, et si elle est recherchĂ©e. Ce que souhaite le chef d’un groupe de combat en plein centre de Marioupol c’est avant tout un moyen rapide et prĂ©cis de donner des ordres. Quant Ă  savoir si les capacitĂ©s en transmission satellitaire mises Ă  disposition des brigades sont suffisantes sur un champ de bataille aurait Ă©tendu et dense que celui de l’Ukraine, il faudrait une Ă©tude poussĂ©e qui mettrait en regard des besoins opĂ©rationnels, dĂ©bits, bandes passantes et de frĂ©quence Ku et C principalement. Notons toutefois, que sur le papier, la Russie dispose d’une quarantaine de satellites de communication, mais dont les deux-tiers auraient dĂ©passĂ© leur durĂ©e de vie opĂ©rationnelle et pouvant se trouver en orbite loin des combats. Enfin, le fait d’avoir entendu des bombardiers stratĂ©giques russes sur la frĂ©quence 5620 KHz analogique, comme s’en est Ă©tonnĂ©e la presse Ă  la suite de certains radioamateurs, n’est pas rĂ©vĂ©latrice de dĂ©ficiences, la bande de frĂ©quence 5480-5680 KHz Ă©tant attribuĂ©e au Service Mobile aĂ©ronautique en Route par l’UIT-R. Les bombardiers russes peuvent donc parfaitement utiliser cette frĂ©quence au mĂȘme titre qu’elle peut ĂȘtre utilisĂ©e par les armĂ©es françaises lorsque leurs avions transitent dans des zones sous contrĂŽle aĂ©rien international. Bouc Ă©missaire rĂ©gulier de toute critique de l’armĂ©e russe en bonne et due forme, le manque supposĂ© de sous-officiers dans l’armĂ©e russe a, une nouvelle fois, Ă©tĂ© pointĂ© du doigt pour expliquer certaines lacunes dans l’encadrement des soldats. Cette critique n’est pas tout Ă  fait juste. Depuis 2010, l’accent a Ă©tĂ© mis sur le remplacement des sous-officiers appelĂ©s par des sous-officiers sous contrat. Ceux-ci Praportchiki, starchini, mitchmani, serjenti dĂ©clinĂ©s en plusieurs grades sont aujourd’hui nombreux dans l’armĂ©e russe voir tableau supra oĂč ils occupent une centaine de fonctions . Il est vrai, cependant, qu’ils seraient surtout employĂ©s Ă  la mise en Ɠuvre des Ă©quipements complexes artillerie, LRM, GE, TRANS, etc., et dans des mĂ©tiers techniques Ă©lectricien, mĂ©canicien, etc.. Par tradition, Ă  tort ou Ă  raison, les Russes privilĂ©gient l’encadrement des petites unitĂ©s Ă  partir du niveau section par de jeunes lieutenants et non par des sous-officiers supĂ©rieurs, mĂȘme si, en thĂ©orie, un praportchik sous-officier supĂ©rieur peut occuper des fonctions de chef de section. Notons que cette pratique existe ou existait Ă©galement dans certains pays scandinaves, en SuĂšde par exemple, jusqu’à une date rĂ©cente. Comme sous l’URSS, les appelĂ©s les plus mĂ©ritants peuvent toujours obtenir le grade de serjent. Le facteur humain moral, entraĂźnement, cohĂ©sion, esprit de corps, commandement joue, naturellement, un rĂŽle primordial dans toute guerre, notamment celle-ci qui voit l’affrontement de deux peuples ethniquement trĂšs proches mettant en Ɠuvre tout le spectre des armements modernes. Nombreuses sont les rumeurs faisant Ă©tat de soldats, voire d’unitĂ©s entiĂšres, qui auraient refusĂ© de combattre ou auraient dĂ©missionnĂ© avant l’intervention, ou, comme en RPL/RPD tentant d’échapper Ă  la mobilisation. Si certains cas sont dĂ»ment rĂ©pertoriĂ©s , il est toutefois trop tĂŽt pour Ă©valuer l’ampleur de ces phĂ©nomĂšnes particuliĂšrement mis en exergue sur les rĂ©seaux sociaux occidentaux et ukrainiens, et juger s’ils sont de nature Ă  mettre en danger les opĂ©rations. On pense, ici en premier lieu, aux jeunes appelĂ©s de la classe de printemps forcĂ©s d’incorporer l’armĂ©e en plein conflit. Autre lacune la logistique. Elle est notoirement sous-dimensionnĂ©e pour faire face aux besoins d’une armĂ©e qui place au cƓur de ses doctrines d’emploi des forces ses unitĂ©s mĂ©canisĂ©es et son artillerie. C’est lĂ  un fait souvent soulignĂ© dans le passĂ© par les observateurs, y compris pendant les exercices. Au dĂ©but des opĂ©rations, en fĂ©vrier et mars 2022, du moins dans le nord du pays rĂ©gions de Kiev, Kharkov, Soumy, etc., les convois logistiques, mais aussi les liaisons et les MEDEVAC, ont dĂ» faire face Ă  l’arrivĂ©e prĂ©coce de la raspoutitsa de printemps, pĂ©riode qui a Ă©tĂ© suivie, mi-mars, par de forts gels. Il semble Ă©galement que les FAU aient intentionnellement inondĂ© certaines zones au nord de Kyiv pour gĂȘner l’avance des unitĂ©s russes. Celles-ci ont, en consĂ©quence, dĂ» rester sur les routes oĂč elles devenaient vulnĂ©rables aux embuscades, aux mines et aux drones, notamment sur les arriĂšres des unitĂ©s les plus en pointe. Le fait de rouler sur les routes permettrait Ă©galement d’économiser du carburant, d’aller plus loin . Rappelons combien la logistique notamment le renouvellement des stocks de munitions d’une armĂ©e russe Ă©quipĂ©e de plusieurs centaines d’armes et vĂ©hicules de diffĂ©rents modĂšles non standardisĂ©s relĂšve de la prouesse. Pour pallier les difficultĂ©s le long des routes, certains tronçons ferroviaires auraient Ă©tĂ© remis en Ă©tat, notamment au Donbass. En BiĂ©lorussie, enfin, sur les arriĂšres des 41Ăšme, 35Ăšme, 36Ăšme AIA et 2Ăšme CA, des sabotages de voies ferrĂ©es et d’importants vols de carburant ont Ă©tĂ© signalĂ©s avant d’ĂȘtre rĂ©primĂ©s par Minsk . Quoi qu’il en soit, les principales difficultĂ©s rencontrĂ©es par les forces russes relĂšvent, M. de La Palice ne dirait pas mieux, des tactiques utilisĂ©es par les FAU. Celles-ci se sont, certes, remarquablement prĂ©parĂ©es au conflit, connaissent les tactiques et les points faibles de leur adversaire, disposent sur le terrain de multiples capteurs civils, mais aussi ce facteur ne sera sans doute pas cernĂ© dans son entiĂšretĂ© avant plusieurs mois, voire annĂ©es bĂ©nĂ©ficient d’une aide occidentale non seulement importante en matiĂšre de fourniture d’armement sophistiquĂ© , mais encore fondamentale dans le domaine du renseignement et de la guerre Ă©lectronique cartographie satellitaire, COMINT/ELINT, cyber, implantations/dĂ©placements des unitĂ©s ennemies, goniomĂ©trie sur certains rĂ©seaux de communication, dĂ©chiffrement de certaines transmissions, etc.. La fourniture aux FAU de ces renseignements en temps quasi rĂ©el, comme l’a reconnu Washington, leur permet de desserrer leurs unitĂ©s lors d’une frappe de missiles ou une attaque aĂ©rienne, par exemple, mais encore de cibler prĂ©cisĂ©ment les objectifs russes importants comme les trĂšs vulnĂ©rables convois de camions, les nƓuds logistiques, les systĂšmes de GE ou les Ă©tats-majors. L’excellente prĂ©paration des unitĂ©s ukrainiennes transparait dans les types de matĂ©riels russes dĂ©truits on note ainsi des T-80U et T-90, des BMD-4M et BTR-82A, des vĂ©hicules lĂ©gers Tigr/Rys et des camions blindĂ©s Tayfun-K, par exemple, qui sont des Ă©quipements mis en Ɠuvre par des unitĂ©s d’élite VDV, Troupes de marine, spetsnaz, etc. ou certaines unitĂ©s professionnelles de l’armĂ©e de Terre comme des brigades mĂ©canisĂ©es ou blindĂ©es dites de la garde ». A contrario, une partie des Ă©quipements russes dĂ©truits, comme les vieux T-64, les premiers modĂšles de T-72, les MT-LB et autres BMP-1, etc., seraient plutĂŽt le signe de combats contre les supplĂ©tifs du Donbass parfois appuyĂ©s par des volontaires venant de CrimĂ©e, de CEI, cosaques , etc.. L’armĂ©e russe peut-elle continuer le combat ? La rĂ©ponse Ă  cette question relĂšve, naturellement, plus de la cartomancie que de l’analyse mathĂ©matique fine dans la mesure oĂč l’état opĂ©rationnel des deux armĂ©es aprĂšs cent jours de combat n’est pas connu en sources ouvertes. Certains Ă©lĂ©ments peuvent, toutefois, ĂȘtre avancĂ©s. Notons premiĂšrement ce biais mĂ©diatique, alimentĂ© par la propagande ukrainienne, qui consiste Ă  attribuer l’ensemble des pertes aux seules forces armĂ©es rĂ©guliĂšres russes. C’est oublier, qu’au Donbass tout au moins, comme hier en Syrie, l’armĂ©e russe avance quand elle le peut derriĂšre ses forces supplĂ©tives. Les principales pertes russes, proprement dites, ont a priori eu lieu entre fin fĂ©vrier et fin mars 2022 dans les combats autour de Kiev et Kharkiv et dans le sud entre Kherson et Marioupol. Au Donbass, ce sont les deux corps d’armĂ©es RPD rĂ©publique populaire du Donetsk » et RPL rĂ©publique populaire de Lougansk » qui auraient subi et continueraient de subir le gros de pertes. En rĂ©sumĂ©, et en prenant avec toutes les prĂ©cautions d’usage les sources disponibles voir tableau infra, on peut estimer que les pertes des forces rĂ©guliĂšres russes forces terrestres » au sens large, Garde nationale, ministĂšre de l’IntĂ©rieur ne reprĂ©sentaient, fin mai 2022, qu’un peu plus de 50% des hommes possiblement mis hors combat dans le camp russe voir supra, le reste des pertes relevant des forces supplĂ©tives, notamment de celles de RPD, trĂšs disproportionnĂ©es par rapport Ă  celles de la RPL, ce qui n’est guĂšre Ă©tonnant dans la mesure oĂč l’offensive russe se concentre dĂ©but juin 2022 dans l’oblast de Donetsk. Le 2 juin, le site russe iStories avançait le chiffre de 3160 Russes tuĂ©s Ă  partir des seuls avis de dĂ©cĂšs des autoritĂ©s et des familles, tout en affirmant que le conflit ukrainien Ă©tait la cause d’une augmentation de 19,5% du taux de mortalitĂ© des jeunes hommes dans la tranche d’ñge des 18-35 ans, tranche d’ñge qui regrouperait Ă©galement 80% des tuĂ©s. L’ñge moyen du soldat tuĂ© Ă©tant de 28 ans, on peut en dĂ©duire que ce sont surtout les soldats professionnels ainsi que les supplĂ©tifs du Donbass qui perdent la vie dans ce conflit, et non pas le personnel appelĂ©, beaucoup plus jeune. 20% des pertes concernerait, en consĂ©quence, du personnel au-dessus de 35 ans, c’est-Ă -dire probablement des officiers. Ce chiffre vient corroborer certaines dĂ©clarations, notamment britanniques, faisant Ă©tat d’une surmortalitĂ© chez les jeunes officiers commandants de compagnie et de bataillon. Rappelons que le chiffre des pertes au combat relĂšvent, en Russie, de la loi sur le secret d’Etat du 8 mars 2015. Tableau D. DerniĂšres estimations des pertes dans le camp russe, hors chiffres ukrainiens, dĂ©but juin 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Les pertes de l’armĂ©e russe en hommes et en matĂ©riels pourraient, en consĂ©quence, ne pas ĂȘtre aussi Ă©levĂ©es qu’on le dit et les brigades opĂ©rationnelles en nombre encore suffisants pour permettre les rotations des GTB et leur recomplĂštement en hommes et en matĂ©riels voir infra, du moins pour maintenir le rythme des opĂ©rations en cours ou Ă  venir au Donbass. VĂ©rifions. La force opĂ©rationnelle terrestre FOT russe Ă©tait officiellement composĂ©e en aoĂ»t 2021 de 168 GTB voir tableau C, dont 75%, aurait Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© en Ukraine, soit 125. En thĂ©orie, donc, 43 GTB seraient encore disponibles dans les rĂ©gions militaires. Il est toutefois possible, dans un contexte de difficultĂ©s de recrutement, que ce chiffre de 168 n’ait jamais Ă©tĂ© atteint, malgrĂ© les dires du ministre de la DĂ©fense. Si l’on additionne le nombre de divisions et de brigades/rĂ©giments des unitĂ©s de fusiliers motorisĂ©s, parachutistes, spĂ©ciales et de l’infanterie de marine voir tableau E on trouve en effet, sauf erreur, moins de 160 bataillons tactiques, et encore en considĂ©rant que chaque brigade ou rĂ©giment soit ĂȘtre capable d’en constituer deux Ă  partir de ses unitĂ©s organiques et de ses trois bataillons, ce qui, lĂ  aussi, est douteux . Il n’est pas non plus interdit de penser que, comme dans le passĂ©, nombre d’unitĂ©s n’était pas, au matin du 24 fĂ©vrier 2022, au plein de leurs effectifs . Sur le terrain, ces GTB russes sont renforcĂ©s par une quinzaine de GTB issus des deux corps d’armĂ©e de RPL/RPD et la poignĂ©e formĂ©e par la Garde nationale. A ceux-lĂ , s’ajoutent sans doute quelques autres 5, 10 ? mis en place Ă  partir d’unitĂ©s de volontaires Wagner et consorts, le tout Ă©tant renforcĂ© par les unitĂ©s de soutien » des rĂ©gions militaires et les brigades spĂ©cialisĂ©es, notamment blindĂ©e, d’artillerie, de transmission, de guerre Ă©lectronique, etc. Notons que le terme de milice » parfois utilisĂ© dans la presse pour qualifier ces forces supplĂ©tives du Donbass cache, en rĂ©alitĂ©, des unitĂ©s vĂ©ritablement professionnelles, structurĂ©es Ă  l’image de l’armĂ©e russe, dotĂ©es d’armes modernes prĂ©levĂ©es sur les stocks russes et commandĂ©es par des officiers expĂ©rimentĂ©s, certains portant l’uniforme russe, notamment les gĂ©nĂ©raux. En rĂ©sumĂ©, l’ensemble des GTB russes et supplĂ©tifs disponibles pour le conflit doit donc se situer dans une fourchette de 180 Ă  185 unitĂ©s, guĂšre plus. Sur ce total, quelque 110 95 russes et 15 supplĂ©tifs combattraient dĂ©but juin 2022 au Donbass ou seraient assignĂ©s Ă  la dĂ©fense des zones de Kharkiv, Kherson-Zaporizhiya. Il faut, ou faudrait, bien entendu, soustraire au chiffre de ces GTB disponibles ceux qui ont Ă©tĂ© perdus ou en partie dĂ©truits, dĂ©terminer s’ils appartiennent Ă  l’armĂ©e russe ou aux forces supplĂ©tives, avant de rĂ©injecter dans le total ainsi obtenu les GTB reformĂ©s Ă  partir des Ă©lĂ©ments disparates intacts des brigades. C’est lĂ  une opĂ©ration impossible Ă  rĂ©aliser en source ouverte, alors que les combats font rage et que la propagande dĂ©forme largement les rĂ©alitĂ©s de terrain. On se contentera d’un ordre de grandeur fin mars 2022, l’état-major ukrainien et le Pentagone estimaient qu’entre 16 et 20 avaient Ă©tĂ© dĂ©truits et 34 retirĂ©s des zones de combat pour recomplĂštement en hommes et en Ă©quipements. Depuis, en avril et en mai 2022, une vingtaine d’autres auraient Ă  leur tour Ă©tĂ© retirĂ©s du champ de bataille dont 10 pour le seul mois de mai. On peut donc estimer qu’une cinquantaine de GTB a Ă©tĂ© mise hors combat, entiĂšrement ou partiellement, estimation toute personnelle, depuis le 24 fĂ©vrier. La suite du conflit pourrait donc s’appuyer sur les quelque 130 GTB 180/185-50 encore opĂ©rationnels, mais dont 110, on l’a vu, sont dĂ©jĂ  impliquĂ©s dans les combats. C’est lĂ , sur le papier tout au moins, une force encore considĂ©rable, constituĂ©e uniquement, en thĂ©orie, de 100 Ă  soldats professionnels mais dont un tiers seulement de combattants Ă  pied, et qui peut bĂ©nĂ©ficier pour son rééquipement des milliers de blindĂ©s et piĂšces d’artillerie stockĂ©s dans les bases de matĂ©riel. Encore faut-il nuancer. Les images des combats, on l’a vu, laissent entendre que les unitĂ©s professionnelles 1Ăšre ABg, VDV, spetsnaz, troupes de marine, en pointe dans le dispositif de fin fĂ©vrier 2022, seraient celles qui, en proportion, auraient le plus subi de pertes. RĂ©organiser ces unitĂ©s d’élite, indispensables Ă  la manƓuvre, va prendre du temps, mĂȘme dans certains cas se rĂ©vĂ©ler impossible avant plusieurs mois, voire annĂ©es formation des officiers notamment. Autre facteur Ă  prendre en compte, et impossible Ă  quantifier, celui de l’état psychologique des hommes Ă©puisĂ©s par les combats et les exercices de dĂ©cembre 2021 et fĂ©vrier 2022 voir tableau G infra. Le nombre d’officiers tuĂ©s pose aussi question une brigade, un GTB, une compagnie ou une section de combat peut trĂšs bien avoir conservĂ© une partie de ses effectifs et de son Ă©quipement, mais comment continuer le combat s’il ou elle a perdu son Ă©tat-major, un quart, un tiers de ses officiers ? Il en va de mĂȘme, naturellement, dans le camp ukrainien. Tableau E. DĂ©compte estimatif des "forces terrestres" russes Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Avec seulement une vingtaine de GTB encore disponibles pour assurer les relĂšves et les recomplĂštements, l’armĂ©e russe et ses alliĂ©s ne devrait guĂšre dans les prochains mois pouvoir aller au-delĂ  du Donbass, sauf Ă  voir les unitĂ©s des FAU s’effondrer sur les lignes de contact, dans le Sud et dans la rĂ©gion de Kharkiv, ce qui serait une surprise. Si les combats actuels au Donbass Ă©taient de nature stratĂ©gique, si de leur issue dĂ©pendait le sort de l’Ukraine tout entiĂšre ou mĂȘme de la seule partie est du pays, la question ne se poserait pas. Or, dĂ©but 2022, une centaine de GTB peine depuis plusieurs semaines Ă  prendre les quelques centaines de kiomĂštres carrĂ©s constituĂ©e par le triangle Izium-Lisitchansk-Gorlivka et semble mĂȘme reculer du cĂŽtĂ© de Kherson. AprĂšs la prise des deux oblasts de Lougansk et de Donetsk une pause opĂ©rationnelle de plusieurs mois devrait en consĂ©quence ĂȘtre recherchĂ©e, ne serait-ce que pour refaire les stocks de munitions, reposer les hommes, dresser un bilan des opĂ©rations et recomplĂšter les unitĂ©s. Le temps, toutefois, joue pour les Ukrainiens qui disposent encore de centaines de milliers d’hommes et continuent pour l’instant d’ĂȘtre alimentĂ©s en armes et munitions par les pays occidentaux. Si les Russes parvenaient Ă  se maintenir sur leurs positions, la tournure du conflit prendrait, certes, une physionomie nouvelle d’attaquĂ©s, les FAU deviendraient attaquants, posture coĂ»teuse en hommes et en matĂ©riel, mais qui n’arrĂȘterait pour autant pas le conflit. En position d’équilibre face Ă  Moscou, bien soutenu par ses alliĂ©s, Kiyv n’a aujourd’hui pas intĂ©rĂȘt Ă  nĂ©gocier, au risque de retomber dans les travers diplomatiques et territoriaux des dĂ©sastreux accords de Minsk ». Le prĂ©sident Zelensky vient d’ailleurs de le rappeler. Au vrai, Ă  la lumiĂšre des combats passĂ©s et en cours en juin 2022 dans la rĂ©gion de Severodonetsk, la question qui semble devoir se profiler pour l’armĂ©e russe dans les semaines qui viennent n’est pas tant de savoir comment elle pourrait gagner du terrain que de savoir comment elle pourra conserver le terrain conquis. Quelles ressources humaines nouvelles la Russie pourrait-elle mobiliser pour rĂ©soudre cette question ? Comment aller au-delĂ  du Donbass ? Sur les personnels qui composent les forces terrestres russes », au sens large, les effectifs affectĂ©s aux unitĂ©s opĂ©rationnelles ont probablement dĂ©jĂ  tous Ă©tĂ© engagĂ©s au combat ou participent aux relĂšves sur le terrain. Il s’agit des hommes qui relĂšvent directement des 11 armĂ©es interarmes AIA, des 3 corps d’armĂ©e et de la 1Ăšre armĂ©e blindĂ©e de la Garde qui composent le cƓur mĂȘme des rĂ©gions militaires, de ceux rattachĂ©s aux 54 brigades/rĂ©giments et 5 bataillons relevant du commandement des rĂ©gions militaires gĂ©nie, artillerie, blindĂ©s, logistique/train, GE, NRBC, etc.. A ces effectifs, on ajoutera les unitĂ©s VDV, spĂ©ciales et de l’infanterie de marine qui disposent elles aussi de leurs soutiens propres. Parmi ces personnels, quelque 150 Ă  ne peuvent toutefois pas, pour diverses raisons, ĂȘtre affectĂ©s dans les zones de combat et donc servir au sein des GTB. Parmi ceux-lĂ , on trouve le personnel des bases, des Ă©coles, des divers Ă©tats-majors et commandements, des services santĂ©, ressources humaines, MCO, orchestres
, les malades et blessĂ©s, etc. 90 Ă  environ sont des appelĂ©s du contingent , 27 Ă  des femmes , 15 Ă  dĂ©pendent des Ă©tats-majors de l’armĂ©e de Terre et des rĂ©gions militaires, de l’EMG et du MINDEF en majoritĂ© des officiers, tandis que sont des Ă©lĂšves en formation dans les acadĂ©mies et Ă©coles. Ajoutons Ă  cette liste, les milliers d’officiers et de serjenti/praportchiki dĂ©tachĂ©s dans les centres d’instruction et les Ă©coles d’armes VDV, arme blindĂ©e, troupes de marine, fusiliers motorisĂ©s, GE, artillerie, centres de formation divers, etc.. Si les GTB devraient pouvoir se recomplĂšter en Ă©quipements , mĂȘme anciens, ce ne sera pas le cas en matiĂšre de soldats aptes Ă  combattre dans les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e, sauf Ă  mobiliser les rĂ©serves, Ă  autoriser les appelĂ©s du contingent Ă  servir dans les groupements tactiques il faudrait modifier la loi ou dĂ©clarer la guerre ou Ă  vider les Ă©coles et les grands Ă©tats-majors de leurs cadres et Ă©lĂšves, ce qui, au demeurant, a sans doute dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait en partie. Quelques milliers d’hommes peuvent, donc, sans doute ĂȘtre ici trouvĂ©s au prix de la fermeture de bases, d’écoles et de quelques Ă©tats-majors mineurs. Toutefois, mĂȘme en temps de guerre, et peut-ĂȘtre surtout en temps de guerre, l’instruction des recrues doit pouvoir continuer. Autre artifice possible autoriser le personnel civil des armĂ©es, quelque personnes, Ă  servir dans les unitĂ©s de soutien oĂč ils remplaceraient les militaires. L’EMG russe fait face ici Ă  un dilemme comment affecter au théùtre ukrainien l’ensemble des forces disponibles sur l’immense territoire de la FĂ©dĂ©ration de Russie sans risquer de dĂ©stabiliser l’empire », de dangereusement dĂ©garnir les frontiĂšres ? L’empire », l’espace post-soviĂ©tique sous influence russe, n’est pas l’Union europĂ©enne qui se maintient debout par la seule force de ses institutions c’est un vaste ensemble instable traversĂ©, du Caucase nord TchĂ©tchĂ©nie, Ingouchie, etc. et sud OssĂ©tie du Sud, Abkhazie, Karabakh Ă  l’Asie centrale en passant par la BiĂ©lorussie, la zone Pacifique, l’Arctique, et le territoire russe lui-mĂȘme, par des lignes de force politiques, religieuses, ethniques, linguistiques, des intĂ©rĂȘts Ă©trangers chinois, turcs, iraniens, talibans, japonais, gĂ©orgiens, europĂ©ens, etc. contraires aux intĂ©rĂȘts de Moscou. Cet ensemble ne tient que par la coercition, la corruption et l’interventionnisme russe, comme jadis l’URSS. Il en va de mĂȘme en Syrie, oĂč un retrait trop consĂ©quent des forces russes sur place pourrait relancer le conflit et menacer les bases de Tartous et de Hmeimim. Les bases militaires russes Ă  l’étranger voir tableau F, si elles constituent un vivier de choix en personnel opĂ©rationnel, ne pourront ainsi ĂȘtre entiĂšrement ponctionnĂ©es de leurs armes et personnels. Ces bases, subordonnĂ©es aux rĂ©gions militaires, peuvent en revanche servir au recrutement et Ă  l’encadrement d’éventuels volontaires locaux. Les autoritĂ©s ukrainiennes ont ainsi fait Ă©tat, en mars 2022, de la mort de soldats affectĂ©s aux bases d’OssĂ©tie du Sud et d’Abkhazie. La premiĂšre aurait formĂ© trois GTB avec l’appui de volontaires sud-ossĂštes et la seconde un ou deux GTB. Tableau F. Liste des bases russes Ă  l’étranger Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour L’enrĂŽlement de volontaires Ă©trangers semble avoir toutefois fait long-feu. Si V. Poutine, lui-mĂȘme, a pu Ă©voquer en mars 2022 le recrutement de milliers » de combattants syriens, la plupart des volontaires, peu nombreux en rĂ©alitĂ©, viennent principalement de Russie et de quelques autres pays de la CEI. Au Donbass, les milices populaires » ont en revanche rĂ©ussi Ă  mettre sur pied, on l’a vu plus haut, l’équivalent de deux corps d’armĂ©es 1er et 2Ăšme CA, soit une quinzaine de GTB, dont l’efficacitĂ© au combat semble des plus mĂ©diocres, mais aurait permis d’user les dĂ©fenses ukraniennes dans certains secteurs. Les volontaires de Transnistrie mĂȘme ordre de grandeur, sur le papier, qu’en RPL/RPD n’ont pour l’instant pas Ă©tĂ© engagĂ©s dans les combats mais, selon les autoritĂ©s d’Odessa, une tentative de mobilisation aurait rĂ©cemment avortĂ© dans cette petite rĂ©gion sĂ©paratiste. Quelques centaines pourraient toutefois, selon la presse ukrainienne, combattre au Donbass. La prĂ©sence du dĂ©sormais fameux groupe Wagner a Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©e, tout d’abord prĂšs de Kiev, au dĂ©but des opĂ©rations, puis au Donbass. La plupart de ses hommes sont d’anciens militaires, soutenus et encadrĂ©s par le GRU . Enfin, des tentatives d’enrolement forcĂ© des hommes dans les rĂ©gions ukrainiennes passĂ©es sous contrĂŽle font Ă©galement l’objet, ces derniers jours, de rumeurs Marioupol et Kherson, notamment. D’autres rumeurs, difficilement vĂ©rifiables, font aussi Ă©tat du recrutement, contre remise de peine, de prisonniers de droit commun . Quoi qu’il en soit, former des unitĂ©s capables de combattre en Ukraine Ă  partir de ces multiples volontaires issus des prisons, de la CEI , des bas-fonds des grandes villes russes ou des milliers de sociĂ©tĂ©s de sĂ©curitĂ© privĂ©es que compte la Russie, prend du temps. Il faut les encadrer, les entrainer, les Ă©quiper avant de les insĂ©rer dans le dispositif opĂ©rationnel existant. Ce processus est en cours, mais est forcĂ©ment lent. Autre solution pour Ă©toffer les effectifs mobiliser les derniĂšres classes. Pour l’instant, cette solution semble exclue pour des raisons tant politiques l’intervention russe est officiellement d’une opĂ©ration spĂ©ciale » et non une guerre » que pratiques . Une mobilisation gĂ©nĂ©rale, qui ferait entrer la guerre dans chaque foyer et toucherait la jeunesse dorĂ©e » des grandes villes, pourrait Ă©galement dĂ©boucher sur des troubles. Le pouvoir le sait. Plusieurs centres de recrutement ont d’ailleurs dĂ©jĂ  Ă©tĂ© incendiĂ©s. Les rĂ©servistes de la rĂ©serve opĂ©rationnelle reprĂ©sentent en revanche un vivier humain de choix. Certains mĂ©dias ont d’ailleurs fait Ă©tat dĂšs fin mars 2022 de l’incorporation de rĂ©servistes issus du programme RĂ©serve militaire du pays BARS créé en 2015 en complĂ©ment du systĂšme de rĂ©serve proprement dit . Ceux-ci reprĂ©senteraient quelque 100 Ă  hommes , mais ce dĂ©compte ne prĂ©juge nullement du nombre de rĂ©servistes qui se prĂ©senteront dans leurs unitĂ©s d’affectation alors que l’ampleur des pertes subies par l’armĂ©e russe commence Ă  se savoir dans les familles. Toutefois, pour augmenter le nombre de recrues potentielles, l’ñge limite Ă  l’engagement a Ă©tĂ© remontĂ© le 25 mai 2022 par dĂ©cret du Parlement de 40 Ă  
 61 ans. Ces hommes de la rĂ©serve opĂ©rationnelle, tous volontaires, sont assignĂ©s Ă  une unitĂ© existante ou Ă  une unitĂ© de cadres » qu’ils viennent rĂ©activer. Ce sont pour la plupart d’anciens militaires professionnels. Le dernier exercice de mobilisation des rĂ©serves opĂ©rationnelles dans le cadre de ce programme BARS a d’ailleurs Ă©tĂ© jouĂ© en septembre 2021 Ă  Kaliningrad, ce n’est pas un hasard. Notons que le site internet de BARS fait Ă©tat d’un recrutement effectuĂ© par une Ă©quipe d’hommes polis », rĂ©fĂ©rence ironique aux soldats des troupes spĂ©ciales SSO qui s’étaient emparĂ©s de la CrimĂ©e en 2014 . Autre piste que pourrait suivre l’armĂ©e pour Ă©toffer ses rangs, puiser dans les effectifs des services et ministĂšres qui disposent, eux aussi, d’unitĂ©s militaires ou para-militaires. Ceux-lĂ  sont nombreux en Russie dont les missions peuvent parfois empiĂ©ter, Ă  tout le moins complĂ©ter celles du ministĂšre de la DĂ©fense. Ce sont les fameuses structures de forces » silovye strouktoury en russe. Selon la doctrine militaire d’avril 2000 entrent dans cette catĂ©gorie les forces armĂ©es » comprendre les forces du ministĂšre de la DĂ©fense et les autres troupes, formations et organes militaires destinĂ©es Ă  remplir des missions de sĂ©curitĂ© militaire par des mĂ©thodes militaires ». L’article 2 de la loi sur le service militaire et la conscription du 28 mars 1998 donne la liste de ces ministĂšres et services Ă  cĂŽtĂ© du ministĂšre de la DĂ©fense, on trouve les services spĂ©ciaux FSB et SVR, schĂ©matiquement nos DGSI et DGSE, les Troupes de l’IntĂ©rieur, dĂ©pendantes du ministĂšre de l’IntĂ©rieur, le FAPSI transmissions gouvernementales, Service fĂ©dĂ©ral des constructions spĂ©ciales, le FSO service fĂ©dĂ©ral de protection, chargĂ©, notamment, de la protection du Kremlin, des ambassades et des ministĂšres et les Services fĂ©dĂ©raux des Gardes-frontiĂšres et des Constructions spĂ©ciales. Toutes ces structures, qui tombent sous la loi sur la DĂ©fense nationale natsionnal’naya oborona peuvent accueillir des appelĂ©s du contingent. Ces strouktury ont, depuis 1998, pour certaines Ă©voluĂ©es. Les gardes-frontiĂšres ont ainsi, comme sous l’URSS, Ă©tĂ© rattachĂ©s au FSB, tandis que le FSKN Service fĂ©dĂ©ral de lutte contre la drogue et le FMS service fĂ©dĂ©ral des migrationsn qui n’apparaissent pas dans la liste de 1998 mais disposent eux aussi de personnel armĂ©, ont rejoint en 2016 le ministĂšre de l’IntĂ©rieur MVD, celui-ci perdant dans le mĂȘme temps ses troupes mĂ©canisĂ©es, ses forces de police anti-Ă©meute OMON et d’intervention SOBR au profit de la nouvelle venue la Garde nationale VNG Rossii ou RosGvardiya. Celle-ci est directement subordonnĂ©e au PrĂ©sident Poutine. Ses missions officielles vont de la lutte contre le terrorisme et le crime organisĂ© Ă  la dĂ©fense de sites sensibles pont de Kertch, par exemple et le maintien de l’ordre sur tout le territoire russe. Depuis 2016, la RosGvardiya est autorisĂ©e par dĂ©cret prĂ©sidentiel Ă  faire usage de la force Ă  l’étranger, notamment dans le cadre d’opĂ©rations de maintien de la paix. Son organisation est calquĂ©e sur celle de l’armĂ©e. Elle compte un rĂ©giment d’hĂ©licoptĂšres de transport Mi-8 et Mi-26 et de combat Mi-24P, Mi-8MTV-2 et un escadron de transport aĂ©rien An-72, Tu-134 et 154, une division spĂ©ciale autonome, douze brigades spĂ©ciales chacune Ă  3 bataillons Ă  l’image des bataillons de fusiliers motorisĂ©s, sans leur bataillon blindĂ© mais avec leur artillerie et les soutiens et 16 groupes d’intervention de type GIGN. Elle aurait conservĂ© du MVD de petites unitĂ©s de reconnaissance, construites avec l’appui du FSB, du SVR et du GRU Ă  l’image des unitĂ©s de reconnaissance de l’armĂ©e. Le tout reprĂ©sente peut-ĂȘtre quelque hommes, militaires professionnels et appelĂ©s et civils, dont attachĂ©s Ă  des unitĂ©s mĂ©canisĂ©es. Sur cette masse, toutefois, peu d’unitĂ©s sont susceptibles, en l’état, d’épauler les forces terrestres sur le terrain ukrainien prĂ©sence d’appelĂ©s du contingent dans leurs rangs notamment et personnel non-formĂ© au combat de haute intensitĂ© Ă  l’exception des SOBR et des OMON dĂ©jĂ  prĂ©sents, sans surprise, dans le conflit oĂč ils occupent des fonctions de maintien de l’ordre dans les zones conquises. Certains de ces petits groupes auraient subi de lourdes pertes . Ces unitĂ©s s’étaient entrainĂ©es en fĂ©vrier 2022, en CrimĂ©e, lors de l’exercice Zaslon voir tableau G infra. Notons Ă©galement la prĂ©sence au sein de la Garde nationale du 141Ăšme rĂ©giment motorisĂ© Akhmat Kadyrov ex-bataillons spĂ©ciaux Sever et Yug un rĂ©giment constituĂ© de TchĂ©tchĂšnes issus de l’entourage de Ramzan Kadyrov, l’actuel gouverneur de la petite rĂ©publique du Caucase, qu’on ne prĂ©sente plus. Ces hommes, entre 1000 Ă  1500, mĂȘme si Kadryov a pu Ă©voquer le chiffre de 5000, ont Ă©tĂ© trĂšs largement impliquĂ©s dans les combats de Marioupol. Des TchĂ©tchĂšnes d’un autoproclamĂ© bataillon de la mort » avaient dĂ©jĂ  combattu au Donbass en 2014. Les unitĂ©s des forces terrestres des gardes-frontiĂšres du FSB FPS reprĂ©sentent un autre vivier potentiel, soit directement constitution en unitĂ©s de combat, soit indirectement remplacement des militaires dans les bases Ă  l’étranger. Elles aussi sont dotĂ©es de moyens mĂ©canisĂ©s BTR-80, BPM-97, d’artillerie 2S1, 2S9, 2S12, d’aĂ©ronefs, pour des effectifs de quelque hommes. Ces gardes-frontiĂšres pourraient notamment en Ukraine servir Ă  sĂ©curiser les zones dĂ©barrassĂ©es des unitĂ©s ennemies. Enfin, quelques milliers d’hommes supplĂ©mentaires pourraient certainement ĂȘtre trouvĂ©s en puisant dans les effectifs plĂ©thoriques des autres armes et armĂ©es marine, RVSN, VKS, services logistiques, etc.. La 126Ăšme brigade cĂŽtiĂšre, en fait une classique brigade de fusiliers motorisĂ©s, est ainsi dĂ©ployĂ©e dans le sud de l’Ukraine depuis le dĂ©but du conflit. On peut aisĂ©ment imaginer des marins ou des aviateurs patrouillant, kalachnikov Ă  la main, dans les rues de Marioupol ou de Kherson. Pourquoi pas ? Ces militaires ne sont toutefois pas formĂ©s pour le combat terrestre et leur rĂŽle se limiterait, comme celui de la Garde nationale ou des FPS, Ă  la surveillance de zone, au maintien de l’ordre dans les villes ou, au mieux, Ă  la lutte contre de petits groupes ennemis faiblement armĂ©s. L’EMG, toutefois, je l’ai dĂ©jĂ  soulignĂ©, ne peut pour des raisons Ă©videntes ponctionner une partie des effectifs de la marine, des RVSN, des VKS, encore moins des FPS, sans risquer de saper la sĂ©curitĂ© des frontiĂšres ou le fonctionnement de certaines infrastructures stratĂ©giques silos de missiles, triade nuclĂ©aire, PVO de Moscou, ports et bases militaires, etc. et alors mĂȘme que les tensions avec l’OTAN et les Etats-Unis sont Ă  leur comble. Beaucoup d’unitĂ©s ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© retirĂ©es des frontiĂšres avec la Chine, du Caucase et d’Asie centrale, c’est lĂ  probablement un maximum de ce qui peut ĂȘtre fait sans dĂ©stabiliser ces rĂ©gions. Comme je l’écrivais dans un article prĂ©cĂ©dent l’empire est instable et le Kremlin le sait pertinemment. *Conclusion L’armĂ©e russe a Ă©tĂ© pensĂ©e et conçue pour une guerre de destruction des forces armĂ©es de l’OTAN, pas pour une guerre d’occupation sur un territoire aussi Ă©tendu que celui de l’Ukraine. C’est l’un des nombreux paradoxes de cette armĂ©e elle peut mille fois atomiser l’Europe ou les Etats-Unis, mais, faute de forces conventionnelles en nombre suffisant, elle piĂ©tine pendant trois mois devant les lignes de dĂ©fense de l’armĂ©e ukrainienne. DĂ©but juin 2022, ses gains territoriaux, toutefois, ne sont pas anodins, avec, depuis 2014, pas moins, selon les propres chiffres du prĂ©sident Zelensky, de 20% du territoire ukrainien qui se trouve entre les mains de Moscou, tandis qu’en mer Noire, la flotte russe de mer Noire mĂšne le blocus des ports de mer Noire. L’Ukraine devient un pays enclavĂ©, coupĂ© de ses marchĂ©s extĂ©rieurs. Ce conflit est Ă©trange, anachronique. DĂ©butĂ©, comme le Printemps de Prague 1968 jadis, par la volontĂ© de Moscou d’empĂȘcher Ă  ses frontiĂšres l’émergence d’un rĂ©gime dĂ©mocratique dont le modĂšle pourrait saper ses propres institutions et mettre Ă  mal ses rĂ©seaux politico-affaristes, il a pris l’allure d’une expĂ©dition punitive. Une fuite en avant irrationnelle, presque rageuse face aux Ă©checs Ă  rĂ©pĂ©tition de l’armĂ©e russe. Il ne s’agit plus de contrĂŽler le pays, ses villes, de mettre ses infrastructures Ă©conomiques au service de l’économie russe, mais au contraire de les dĂ©truire, y compris dans l’est, pourtant prĂ©tendument peuplĂ©, selon la propagande du Kremlin, de populations pro-russes. Depuis dĂ©but mars 2022, cette guerre a pris, comme hier en Syrie, l’aspect d’une guerre totale de type Seconde Guerre mondiale, dans laquelle l’assaillant dĂ©truit par tous les moyens disponibles, et oĂč qu’ils se trouvent, les forces de l’ennemi, sa logistique, ses centres de commandement, ses rĂ©serves de carburant, les routes et voies de chemin de fer, tout objectif jugĂ© stratĂ©gique, etc., sans tenir compte des pertes civiles que les combats engendrent. On est ici Ă  mille lieux des pratiques des armĂ©es occidentales en Afghanistan ou en Syrie. Au vrai, ce conflit est le parfait reflet de la vision que les Ă©lites russes, militaires et civils, se sont forgĂ©es du monde et d’elles-mĂȘmes sous l’influence de l’hĂ©ritage soviĂ©tique, jamais remis en cause, le reflet de la psychologie et des idĂ©ologies qui animent ces dirigeants et ces gĂ©nĂ©raux, de leur volontĂ© atavique, presque pavlovienne, de faire jouer Ă  la Russie un rĂŽle de puissance mondiale quand son PIB, sa dĂ©mographie, sa base technologique et industrielle, ses conflits intĂ©rieurs, la dĂ©pendance de son Ă©conomie aux matiĂšres premiĂšres, auraient dĂ» la voir privilĂ©gier son espace national, dĂ©jĂ  gigantesque. Un pays dont la politique agressive, impĂ©riale, Ă  ses frontiĂšres est naturellement gĂ©nĂ©ratrice de conflits Ă©puisants, stĂ©riles, qui, le processus est Ă  nouveau Ă  l’Ɠuvre sous nos yeux, conduisent comme toujours dans l’histoire russe, Ă  l’apparition au Kremlin d’un rĂ©gime politique de plus en plus rĂ©pressif. D’un pays qui s’évertue Ă  envoyer des sous-marins nuclĂ©aires devant les cĂŽtes amĂ©ricaines alors mĂȘme que certaines de ses rĂ©gions manquent de routes, d’eau potable et d’électricitĂ©. Un pays, le plus Ă©tendu du monde, dont le PIB nominal par habitant n’arrive qu’en 65Ăšme position mondiale, devant l’üle Maurice et derriĂšre l’Argentine FMI, 2021, mais entend rivaliser en puissance et en influence avec la Chine, les Etats-Unis ou l’Union europĂ©enne. La Russie n’a jamais eu les moyens des ambitions gĂ©opolitiques de ses dirigeants ! L’avenir qui s’offre Ă  l’Ukraine aprĂšs ce conflit est dramatique. Ses infrastructures Ă©conomiques et urbaines en deçà d’une ligne Kyiv-CrimĂ©e sont trĂšs dĂ©gradĂ©es alors mĂȘme que les combats sont toujours en cours. Mais la part la plus inquiĂ©tante de cet avenir est probablement son volet dĂ©mographique. Il n’y a d’avenir que d’hommes. Depuis 1993, avant mĂȘme le dĂ©but du conflit, l’Ukraine avait dĂ©jĂ  perdu dix millions d’habitants en raison de l’émigration et d’un solde naturel dramatiquement bas. Le conflit militaire n’a fait aggraver la crise dĂ©mographique. Depuis le 24 fĂ©vrier 2022, le pays compte ainsi, selon les chiffres de l’ONU, quelque 8 millions de dĂ©placĂ©s intĂ©rieurs et 6,6 millions de rĂ©fugiĂ©s Ă  l’étranger, Ă  90% des femmes et des enfants. Paradoxalement, c’est la partie est de l’Ukraine, celle-lĂ  mĂȘme que Moscou entendait libĂ©rer en prioritĂ© des supposĂ©s nazis de Kyiv », qui est la plus touchĂ©e par les combats. Le coĂ»t de relance de l’économie et de remise en Ă©tat des infrastructures du seul Donbass seraient pour Moscou Ă©normes. Les travaux ne pourront se faire – si les budgets sont trouvĂ©s – que sur le long temps et une fois le conflit achevĂ©. Rappelons que la seule reconstruction de la TchĂ©tchĂ©nie a officiellement coĂ»tĂ© entre 2001 et 2014 au budget russe 464 milliards de roubles, soit entre 5 et 7 milliards de $ . Or les destructions dans les oblasts et rĂ©gions qui sont ou viendraient Ă  ĂȘtre occupĂ©s par Moscou d’ici quelques semaines ou mois sont incommensurablement supĂ©rieures Ă  celles de la petite rĂ©publique du Caucase . A ces destructions s’ajoutent les centaines de milliers de munitions, bombes, mines et IED non-explosĂ©s, les milliers de rĂ©serves de carburant et usines chimiques dĂ©truites, etc. qui vont constituer pendant des annĂ©es un danger mortel pour toute vie humaine, sans compter les pollutions des sols et des nappes phrĂ©atiques qu’ils engendreront. Ces rĂ©gions ont Ă©galement Ă©tĂ© largement vidĂ©es de leurs habitants, dont seule une faible part a Ă©tĂ© accueillie » en Russie . Tout semble indiquer que l’est du pays, si le conflit ne s’étend pas, pourrait prendre l’aspect d’une grande Abkhazie des rĂ©gions dĂ©vastĂ©es, vidĂ©es de leur population jeune, possiblement rattachĂ©es Ă  la FĂ©dĂ©ration russe aprĂšs de pseudo-rĂ©fĂ©rendums, tout en gardant un statut non-officiel de zone tampon d’avec le reste de l’Ukraine. Les rĂ©gions occidentales du pays, quant Ă  elles, conserveraient, certes, de larges pans de leurs infrastructures intacts, mais demeureraient sous la menace d’une rĂ©surgence du conflit si la Russie venait Ă  le dĂ©cider. Cette Ukraine-lĂ  peinera Ă  attirer Ă  elle capitaux et investissements Ă©trangers. Elle demeurera un Etat mutilĂ©, enclavĂ©, fragile, trĂšs dĂ©pendant de l’aide internationale. Son entrĂ©e dans l’UE pourrait n’y rien changer. Reste Ă  connaĂźtre les dĂ©cisions que prendra le Kremlin dans les mois et les annĂ©es Ă  venir. Si l’on prend pour argent comptant les termes du discours prononcĂ© par V. Poutine au matin du 24 fĂ©vrier 2022 voir tableau H infra, l’offensive russe ne viserait qu’à dĂ©militariser et dĂ©nazifier » l’Ukraine, c’est-Ă -dire dĂ©truire son armĂ©e et sa BITD, et ne prĂ©voirait pas d’occupation. Quelques jours plus tard, face aux premiers dĂ©boires de son armĂ©e, le Kremlin ajoutait ne plus vouloir d’un changement de rĂ©gime Ă  Kyiv. Les combats n’en continuaient pas moins. A contrario, pris au pied de la lettre, l’article de commande de ce T. SergueĂŻtsev, dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© ci-dessus, et les dĂ©clarations de nombreux politistes russes ne sont ni plus ni moins que des appels Ă  la destruction totale de l’Ukraine en tant qu’Etat et nation, mais aussi au massacre d’une partie de sa population . Partant, ils laissent bien entrevoir un conflit long. J’ai toujours considĂ©rĂ© qu’il existait une barriĂšre entre les Ă©crits des idĂ©ologues russes – dont le rĂŽle serait avant tout de donner Ă  la nouvelle gĂ©nĂ©ration, celle nĂ©e aprĂšs 2000, une idĂ©ologie qui garantirait la pĂ©rennitĂ© du pouvoir poutinien – et les idĂ©es qui animent les Ă©quipes du Kremlin. Ces idĂ©es seraient pragmatiques, rationnelles, façonnĂ©es par les faits et la rĂ©alitĂ© des relations internationales. Les violences perpĂ©trĂ©es par l’armĂ©e russe dans les zones occupĂ©es et l’ampleur des bombardements semblent devoir me donner tort et pourraient ĂȘtre la preuve que V. Poutine et son entourage ont fini par devenir eux-mĂȘmes victimes de ces idĂ©ologies nationalo-impĂ©riales » qu’ils ont contribuĂ©es Ă  crĂ©er. Si le rĂ©gime poutinien perdure, sous sa forme actuelle ou, demain, sous une forme plus autoritaire encore, cette guerre ne peut que durer. CĂŽtĂ© russe, elle tourne, certes, Ă  la pantalonnade le gouvernement ukrainien, comme l’armĂ©e, tiennent toujours, Kyiv ne varie pas dans sa volontĂ© de rejoindre l’UE et l’OTAN, le peuple ukrainien, y compris les russophones, sont unis comme jamais, l’Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou a rompu avec le patriarcat de Moscou, l’Alliance atlantique qui Ă©tait il y a quelques mois encore en Ă©tat de mort cĂ©rĂ©brale » E. Macron, 2019 a redressĂ© la tĂȘte alors que SuĂšde et Finlande s’apprĂȘtent Ă  la rejoindre, les Etats-Unis rĂ©affectent des troupes en Europe, l’Allemagne se rĂ©arme, les armĂ©es et les armes russes sont discrĂ©ditĂ©es, l’économie et l’industrie exposĂ©es Ă  des sanctions sans doute uniques dans l’histoire de l’Europe moderne. On pourrait presque en rire, si des dizaines de milliers de pauvres gens n’étaient morts sous les bombes. Les facteurs gĂ©opolitiques qui ont poussĂ© Moscou Ă  intervenir sont donc non seulement toujours prĂ©sents, mais encore ont-ils Ă©tĂ© dĂ©multipliĂ©s par les Ă©vĂšnements. V. Poutine peut-il alors seulement se satisfaire de l’occupation des deux uniques oblasts du Donbass quand, d’évidence, le dispositif russe du 24 fĂ©vrier 2022 avait pour but la saisie des cĂŽtes de la mer Noire, de Kyiv et de la majeure partie de l’est de l’Ukraine ? On objectera que le prĂ©sident russe ne saurait aller contre les rĂ©alitĂ©s militaires. L’armĂ©e ukrainienne, mĂȘme si elle a perdu quelques unes de ses meilleures unitĂ©s, n’est pas aussi affaiblie qu’elle l’était en 2015, contraignant Kyiv Ă  signer les accords de Minsk. MĂȘme si, on l’a vu, l’armĂ©e russe hors supplĂ©tifs n’est pas aussi amoindrie par les combats qu’on le dit, elle ne devrait pas disposer dans les semaines et les mois Ă  venir des forces nĂ©cessaires pour lancer des attaques de grande ampleur et affaiblir les FAU au point de les contraindre Ă  marquer une pause, voire obtenir une trĂȘve dans les combats. Risquons un scĂ©nario. Sauf militairement contrainte, l’armĂ©e russe devrait essayer de se maintenir dans les zones qu’elle contrĂŽle sur la rive droite du Dniepr Kherson-Vassylivka tout en cherchant Ă  crĂ©er des lignes dĂ©fensives, peut-ĂȘtre le long des riviĂšres Samara, Seversky Donets ou Oskil. Cela ne figerait pas le conflit, mais placerait les FAU en position dĂ©licate d’attaquant. Au vu des pertes ukrainiennes Ă©levĂ©es dans la rĂ©gion voir note de bas de page 37, c’est lĂ  un scĂ©nario plausible, qui Ă©viterait l’enlisement, mĂȘme s’il sous-tend encore des semaines de combat et la prise de plusieurs villes. Le rĂ©pit de quelques mois, voire annĂ©es, pourquoi pas, ainsi obtenu permettrait Ă  Moscou de mettre sur pied plusieurs dizaines de nouveaux GTB et d’unitĂ©s d’infanterie Ă  partir de ses dizaines de milliers de rĂ©servistes, volontaires et soldats rĂ©affectĂ©s et des milliers d’équipements prĂ©sents dans les bases de matĂ©riel, de recomplĂ©ter les stocks de munitions, d’analyser les causes des Ă©checs subis et, au besoin, de modifier son modĂšle opĂ©rationnel. A l’instar des prĂ©cĂ©dents de 2008 en GĂ©orgie puis de 2014 en CrimĂ©e/Donbass, le conflit serait ensuite rĂ©activĂ©. Moscou ne chercherait naturellement pas Ă  s’emparer de toute l’Ukraine, il ne l’a jamais voulu, mais de revenir aux objectifs premiers de l’opĂ©ration Ă  l’instant Ă©voquĂ©s dont la rĂ©alisation affaiblirait considĂ©rablement l’Etat ukrainien et permettrait, le long de la mer Noire, la crĂ©ation d’un pont terrestre depuis la Russie vers les rĂ©gions de Transnistrie et des Carpates/Balkans. Ce scĂ©nario souffre toutefois de faiblesses, la premiĂšre Ă©tant que toute pause aurait aussi pour consĂ©quence de permettre aux forces ukrainiennes, qui continuent d’ĂȘtre Ă©quipĂ©es et entraĂźnĂ©es par les pays occidentaux, de se renforcer elles aussi. Pour tenir sur les positions acquises, et freiner le conflit, Moscou utilisera l’arme de la diplomatie, du chantage et de l’humanitaire. On le voit d’ores et dĂ©jĂ  dans les propositions faites par V. Poutine de lever le blocus des ports ukrainiens en Ă©change de la levĂ©e des sanctions, tandis qu’en arriĂšre-fond la propagande propage des rumeurs de famine mondiale . Les rĂ©fugiĂ©s ukrainiens en Russie ou les prisonniers pourraient Ă©galement servir de monnaie d’échange pour tenter d’obtenir une suspension des combats. Les pays les plus attentifs Ă  ne pas humilier la Russie », le triplet France-Allemagne-Italie, mais aussi la Turquie, seront ensuite travaillĂ©s pour briser le front uni des AlliĂ©s, notamment Ă  l’approche de l’hiver quand les effets de la rupture des relations Ă©nergĂ©tiques avec Moscou commenceront Ă  se faire sentir. Peut-ĂȘtre alors verra-t-on apparaĂźtre des propositions d’échange de gaz et de pĂ©trole, malgrĂ© les bonnes intentions europĂ©ennes, contre une suspension des livraisons d’armes Ă  Kyiv. Les opinions publiques des pays africains et arabes, trĂšs dĂ©pendants des livraisons de blĂ© ukrainien et russe, ne seront pas oubliĂ©es. Tout cela tient de la grosse ficelle, naturellement, la parole de Moscou est si discrĂ©ditĂ©e. Mais qu’en sera-t-il sur le temps long si la crise dure ? Sur un plan plus militaire, l’armĂ©e russe dispose des armes nĂ©cessaires pour tenir sur des positions retranchĂ©es son armĂ©e de l’Air et son aviation d’armĂ©e, ses milliers de bouches Ă  feu dont ces Ă©normes obusiers de type Malka/Pion 203mm et Tulpan 240mm dont on signale l’apparition au Donbass. Et puis, au besoin, en guise d’avertissement, ces bombes thermobariques aĂ©riennes de forte puissance AVBPM. LarguĂ©e sous parachute depuis un avion porteur, un prototype de cette bombe aurait Ă©tĂ© testĂ© en 2007 . L’emploi de l’arme nuclĂ©aire tactique, souvent Ă©voquĂ© au dĂ©but du conflit, pour ouvrir une brĂšche dans les dĂ©fenses ukrainiennes ou briser la dĂ©fense d’une ville comporterait des risques dans la mesure oĂč les isotopes radioactifs issus de l’explosion pourraient retomber sur le territoire de l’alliĂ© biĂ©lorusse et sur les zones occupĂ©es par l’armĂ©e russe ou ses alliĂ©s. Mais tout dĂ©pendrait, naturellement, de la puissance de l’arme utilisĂ©e et de l’endroit frappĂ©. La plupart des missiles russes sol-sol et air-sol peuvent ĂȘtre Ă©quipĂ©s d’une tĂȘte nuclĂ©aire tactique de faible puissance, tandis que les obusiers Malka/Pion et Tulpan, Ă  l’instant Ă©voquĂ©s, sont matĂ©riellement capables de tirer des obus nuclĂ©aires, mĂȘme si, officiellement, la Russie ne dispose plus de ce type de munition. Si l’arme nuclĂ©aire tactique sur le champ de bataille ukrainien de fait pas sens et pourrait mĂȘme reprĂ©senter une ligne rouge pour l’OTAN, elle pourrait toutefois ĂȘtre brandie pour dĂ©fendre les rĂ©gions annexĂ©es, notamment le Donbass, qui par rĂ©fĂ©rendum deviendraient sujets Ă  part entiĂšre de la FĂ©dĂ©ration russe. Les FAU, en voulant les reconquĂ©rir, ne s’attaqueraient ainsi plus Ă  des rĂ©gions ukrainiennes, mais Ă  des parties du territoire national russe, rendant lĂ©gitime, aux yeux de Moscou, l’utilisation de l’arme nuclĂ©aire. C’est la raison pour laquelle, faute d’accords diplomatiques en ce sens, je crains que toute rĂ©gion ukrainienne conquise par l’armĂ©e russe ne puisse retourner sous juridiction ukrainienne, pas plus que ne sera levĂ© le blocus naval des ports de mer Noire. La CrimĂ©e en est l’exemple parfait. Le salut pour l’Ukraine, s’il peut y avoir un salut, ne pourrait venir que d’une intervention de l’OTAN que l’on conçoit, pour les raisons que l’on sait, trĂšs hasardeuse pour la paix de l’ensemble du continent. Cette intervention-lĂ , oĂč l’Ukraine servirait de champ de bataille gĂ©nĂ©ral, serait un remĂšde sans doute pire que le mal. Un autre espoir, naturellement, pourrait venir de Russie au cas oĂč l’armĂ©e russe se verrait obligĂ©e de cesser le combat sur la ligne de cessez-le-feu, ou de se retirer sous le poids conjuguĂ© des sanctions Ă©conomiques et des pertes humaines et matĂ©rielles dans ses rangs. C’est lĂ  un espoir tĂ©nu, rĂ©el toutefois, mais qui sous-tendrait, on vient de le dire, plus un gel qu’un vĂ©ritable rĂšglement du conflit. Quant Ă  d’éventuels troubles sociaux en Russie qui mĂšneraient Ă  un renversement de V. Poutine, les derniers sondages » montrent que ce conflit, au lieu de mobiliser la population russe contre la guerre, l’aurait, au contraire, soudĂ©e autour de son prĂ©sident. On peut toutefois imaginer qu’une dĂ©faite humiliante fissurerait ce consensus. Cette guerre marque Ă©galement le retour des Etats-Unis sur la scĂ©ne europĂ©enne et la faillite navrante du concept d’Europe puissance. Sans l’effet d’entraĂźnement de Washington, l’Ukraine aurait, comme en 2014, et comme la GĂ©orgie avant elle, Ă©tĂ© laissĂ©e Ă  son sort et n’aurait reçu des pays europĂ©ens que des encouragements diplomatiques, des Ă©quipements non-lĂ©taux et aucun des armements modernes qui lui ont permis depuis trois mois de casser les offensives russes. Ce retour des Etats-Unis enterre sans doute pour de longues annĂ©es toute perspective de dĂ©fense europĂ©enne autonome, disposant de ses propres armements stratĂ©giques, et redonne Ă  l’OTAN son importance centrale dans la dĂ©fense du continent, notamment avec l’adhĂ©sion de la SuĂšde et de la Finlande et l’implication forte de la Grande-Bretagne dans l’aide apportĂ©e Ă  Kyiv. Il marque Ă©galement le naufrage moral des grands pays de l’Ouest europĂ©en – France, Allemagne et Italie en tĂȘte – qui n’ont cessĂ© depuis 1991 de dĂ©sarmer et de voir dans Moscou, pour des raisons Ă  la fois commerciales et idĂ©ologiques, notamment Ă  Paris, un partenaire comme les autres, aisĂ©ment manipulable par le commerce et la diplomatie, utile aussi pour diluer l’influence amĂ©ricaine sur le continent. MalgrĂ© les sanctions occidentales, la Russie n’est pas isolĂ©e sur la scĂšne internationale comme l’ont montrĂ© le vote du 2 mars 2022 dans le cadre de la rĂ©solution de l’ONU sur l’opĂ©ration militaire spĂ©ciale » russe en Ukraine et celui du 7 avril 2022 portant sur l’exclusion de Moscou du Conseil des droits de l’Homme. De trĂšs nombreux pays, dont les BRICS, le Mexique, le Pakistan, la Turquie, les pays de la CEI, plusieurs pays africains, d’AmĂ©rique latine, du Proche et du Moyen-Orient, non seulement n’appliquent pas les sanctions, mais n’ont aucunement inflĂ©chi leurs relations avec Moscou. Ces sanctions sont donc aussi rĂ©vĂ©latrices d’une cassure entre les pays occidentaux et une large partie du monde. La Russie va en jouer, on l’a vu, comme elle va jouer de l’affaiblissement de nos Ă©conomies sous l’effet de nos propres sanctions et des dissensions entre alliĂ©s qui ne manqueront pas d’apparaitre en cas de prolongement ou d’extension de la guerre. La disparition Ă  nos frontiĂšres de la question russe » demeure une perspective tragiquement lointaine. Manuscrit clos le 4 juin 2022 Copyright 4 juin 2022-Gloagen/ Mise en ligne initiale le 5 juin 2022 . Voir aussi Laurence Saint-Gilles, Comment expliquer le revirement de la politique russe de l’administration Biden ? Comment expliquer le revirement de ce prĂ©sident modĂ©rĂ©, qui ne craint pas de dĂ©fier le Kremlin en dĂ©pit du chantage nuclĂ©aire de Vladimir Poutine ? Cet article documentĂ© propose de retracer le cheminement qui a conduit au sursaut du PrĂ©sident Biden. En prĂ©sentant la guerre en Ukraine comme une transposition internationale et paroxystique de la lutte entre populistes et libĂ©raux », le PrĂ©sident Biden peut relier son combat interne contre le trumpisme et la dĂ©fense de l’ordre mondial fondĂ© sur le droit et la dĂ©mocratie qui se joue en Ukraine. Plus Tableau G liste des exercices ayant prĂ©cĂ©dĂ© l’agression russe en Ukraine Tableau H chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations de relance de la guerre russe en Ukraine en deux parties Tableau G. Liste des exercices ayant prĂ©cĂ©dĂ© l’agression russe en Ukraine Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Tableau H. Chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations. PremiĂšre partie Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Tableau H. Chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations. DeuxiĂšme partie Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour

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