đ Combien De KilomĂštres Pour Aller En Russie
meulles] quelle mob pour aller en russie et revenir ? le proto. Pushing the Limits: Posté le 29-06-2005 à 16:54:35 . Reprise du message précédent : sinon, c est vrai que le solex est increvable enfin presque la descente a fond les ballons dans la descente de l hopital Percy l avait acheve, le moteur etait tombe presque part terre rattrappe a temps par la poignee de bascule ( j etais tout
LaRussie est tenue à distance des cÎtes ukrainiennes . ATS. 3.5.2022 - 08:45. Hégémonique en mer Noire, la Russie peut difficilement attaquer ce qui reste des cÎtes ukrainiennes selon les
Commentcalculer le temps de trajet entre deux lieux? Pour calculer le temps de trajet entre deux lieux, entrez les points de dĂ©part et dâarrivĂ©e dans la commande, puis cliquez sur "Calculer le temps de trajet".
Labase de lâIle-Longue (FinistĂšre), qui abrite les quatre sous-marins lanceurs dâengins, est en alerte. (Photo dâarchives Claude Prigent) Jamais un
Desimages satellitaires prises lundi 28 février 2022 en Ukraine montrent un immense convoi militaire russe qui s'étend sur plus de
EnFrance, le systÚme SAMP/T permet de lancer, depuis des unités mobiles, des missiles Aster 30 sol-air, produits par le consortium EUROSAM. Ces derniers peuvent faire exploser un missile de
LidĂ©al, câest dâen faire au moins un lors des 7 premiers jours. Mon conseil: lors dâun voyage en Russie, câest bien de conserver dans une pochette plastifiĂ©e toutes les copies de billet dâavion, train, rĂ©servations ou factures dâhĂŽtel, reçus dâenregistrement.
Létau se resserre sur Kiev. Des images satellitaires prises lundi en Ukraine montrent un immense convoi militaire russe qui s'étire sur plus
431kilomÚtres séparent Paris de Amsterdam les trains prennent en moyenne 03h33 pour réaliser le trajet. Choisir le train est bien souvent la solution la plus rapide pour se déplacer entre ces 2 villes et c'est aussi une option moins polluante que d'utiliser sa voiture personnelle ou d'utiliser l'avion. Combien coûte un billet pour aller de Paris à Amsterdam en train? Le meilleur tarif
Enconclusion, câest sans nul doute pendant lâĂ©tĂ© que vous devriez vous retrouver en Russie afin de profiter pleine de votre voyage lĂ bas. Et maintenant pour y aller, rien de plus simple que de prendre un avion, vous avez la possibilitĂ© dâ emprunter la compagnie aĂ©rienne russe Aeroflot qui aujourdâhui propose des services qui se rapprochent des plus grandes compagnies aĂ©riennes.
Combiende temps est-ce qu'il faut pour aller de A à B en avion? Cet outil calcule le trajet de vol et la durée qui y correspond pour n'importe quel point/aéroport sur terre. Choisissez simplement un point de départ et une destination sur la carte et faites calculer la durée et le trajet de votre vol.
Helsinki la capitale de la Finlande, est située dans la région d'Uusimaa dans le sud du pays, sur la rive du golfe de Finlande. La ville se trouve à environ 80 km au nord de Tallinn en Estonie, à 400 km au nord-est de Stockholm, en SuÚde et 300 km à l'ouest de Saint-Pétersbourg en Russie. La ville est le principal centre politique
PubliĂ© 8 Juillet 2022 Ă 11h34 Temps de lecture: 4 min Partage : Ce jeudi 6 juillet, dans le cadre de ses propositions pour le pouvoir dâachat, le gouvernement a
Aquelques kilomĂštres de la capitale, puis Kazakhstan, petit passage par la Russie et Mongolie! Je ferai cette longue route Russe a mon
Tableaude conversion kilomÚtres en pieds. Passer au contenu. 08/08/2022. Site informations générales. Bienvenue sur le blog. Plan du site; Questions et réponses; Cheminées Bioéthanol ; Recettes de cuisine; Rechercher : Menu. Plan du site; Questions et réponses; Cheminées Bioéthanol; Recettes de cuisine; Questions et réponses. combien de kilomÚtres en
SmiW64X. l'essentiel Alors que la guerre en Ukraine s'accentue, l'inquiĂ©tude reste forte quant Ă l'arsenal militaire de Vladimir Poutine. La Russie a en sa possession "Satan 2", un missile nuclĂ©aire capable de raser un pays de la taille de la France. L'arme fait froid dans le dos. Un cylindre noir d'une trentaine de mĂštres et d'une centaine de tonnes, voilĂ les dimensions du bien nommĂ© "Satan 2", dernier missile nuclĂ©aire dĂ©veloppĂ© par la Russie pour renforcer sa force de dissuasion. Outre sa puissance non Ă©galĂ©e, il serait Ă©quipĂ© dâune technologie furtive pour tromper les systĂšmes radars ennemis. Son nom officiel est "RS-28 Sarmat". FabriquĂ© pour remplacer les vieillissants missiles "R-36M"qui Ă©taient surnommĂ©s "Satan" par les experts de lâOTAN. Câest donc tout naturellement que son successeur a rĂ©cupĂ©rĂ© le surnom de Satan 2. RĂ©putĂ© proche de Moscou, le mĂ©dia Sputnik a derniĂšrement relayĂ© son image. TASS It published the first image of a heavy rocket "Sarmat" Russian Exercises RUSexercises October 23, 2016 Douze tĂȘtes nuclĂ©aires Le missile a une capacitĂ© dâaction de 10 000 kilomĂštres, mettant des villes europĂ©ennes comme Londres ou Paris, mais aussi des villes de la cĂŽte ouest amĂ©ricaine, dans sa ligne de mire. Par ailleurs, Satan 2 pourrait contenir jusquâĂ douze tĂȘtes nuclĂ©aires, lui donnant la capacitĂ© de dĂ©truire en quelques secondes un territoire de "la taille du Texas ou de la France", selon les informations de la tĂ©lĂ©vision russe.
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Une question trĂšs frĂ©quente des de savoir la meilleure maniĂšre de rĂ©aliser le voyage entre Moscou et Saint Petersburg. Il existe trois options prendre un avion direct que tâemmĂšnera en 1 heure, prendre un train de jour Ă haute vite Sapsan que met prĂšs de 4h ou prendre un train de nuit comme la FlĂšche Rouge Krasnaya Strela qui rĂ©alise le trajet en 8-9h. Si tu vas voyager en Russie, le plus commun est de visiter ses deux villes principales, Moscou et Saint Petersburg. La distance entre ces deux villes est de plus de 700 kilomĂštres, raison pour laquelle tu devras choisir un moyen de transport pour te dĂ©placer entre elles existe 3 façons de rĂ©aliser le trajet entre Moscou et Saint Petersburg prendre un avion, prendre un train Ă grande vitesse de jour ou un train de de la mĂ©thode que tu choisiras, il est bon de garder en mĂ©moire deux aspects Il est possible de faire le trajet aller jusquâĂ Moscou et le retour depuis Saint Petersburg, de cette maniĂšre tu ne devras rĂ©aliser le voyage entre ces deux villes quâune seule obtenir le meilleur prix il est prĂ©fĂ©rable de rĂ©aliser la rĂ©servation de billets en ligne en avance. Alors que le billets dâavion peuvent sâacheter plusieurs mois en avance, les billets Ă©lectroniques de train ne peuvent sâacheter sur le site web officiel des chemins de fers russes RZD quâavec une avance maximale de 45 Avion2. Train Ă grande vitesse de jour Sapsan3. Les trains nocturnes FlĂšche Rouge et Grand Express1. AvionRĂ©aliser un voyage entre Moscou et Saint Petersburg est relativement peu cher. Un trajet aller peut couter quelques 20 euros. Une bonne maniĂšre est dâutiliser un comparateur de vols comme Momondo pour trouver le prix le plus Ă©conomiqueIl y a diffĂ©rentes compagnies qui rĂ©alisent cette liaison Aeroflot les vols partent de lâaĂ©roport de DomodedovoS7 Airlines partent aussi de DomodedovoRossiya Airlines DomodedovoUtair depuis lâaĂ©roport de VnukovoOrenburg Airlines DomodedovoBien que ce mode de transport soit Ă©conomique et rapide le voyage dure approximativement une heure et demie, tu dois tenir compte du fait que tu devras te rendre jusquâĂ lâaĂ©roport de Moscou les aĂ©roports se trouvent hors de la ville et tu devras aussi aller de lâaĂ©roport de PĂșlkovo Ă Saint Petersburg. Cela signifie donc, du moment de dĂ©part de lâhĂŽtel de Moscou Ă lâarrivĂ©e Ă lâhĂŽtel de Saint Petersburg il faut calculer au minimum 5 Train Ă grande vitesse de jour SapsanLa deuxiĂšme option est dâutiliser un train de jour Ă grande vitesse comme le Sapsan, qui tâemmĂšnera depuis Moscou Ă Saint Petersburg en environ 4 heures. Le trajet aller avec une place assise dans le train peut couter entre 12 et 30 euros les trains qui partent aux premiĂšres heures de la matinĂ©e sont en gĂ©nĂ©ral les plus Ă©conomiques.Les billets pour le trajet peut sâacheter dans la gare de dĂ©part mais pour obtenir un meilleur prix tu peux les acquĂ©rir de façon Ă©lectronique avec 45 jours dâavance sur RZD. Le site officiel des chemins de fer russes. Dispose dâune version en Travel. Si ta carte bancaire ne fonctionne pas sur le site de RZD cela arrive Ă certaines personnes, il est possible dâacheter les billets Ă Tutu existe divers trains de Sapsan Ă grande vitesse chaque jour les trains pairs du 752 au 780 rĂ©alisent le trajet Moscou â Saint Petersburg, alors que les impairs 751 au 799 rĂ©alisent le trajet trains partent quotidiennement, le premier part Ă 5h40 de Moscou, alors que le dernier part Ă 19h40. Ces horaires peuvent varier et le mieux est de consulter le site de RZD en trains partent de la gare de Leningradskiy dans le nord-est de Moscou mĂȘme si relativement centrale et arrivent Ă la station de trains de Saint Petersburg situĂ©e sur lâavenue centrale Nevsky.En dĂ©finitive, le train Ă grande vitesse est une mĂ©thode de transport Ă©conomique et rapide. De plus, le train te laisse dans un lieu Les trains nocturnes FlĂšche Rouge et Grand ExpressLa troisiĂšme option est dâutiliser un train nocturne. Les plus connus sont la FlĂšche Rouge train 002A depuis Moscou ou le Grand Express 054 qui partent Ă 22h55 et 23h40 respectivement, et arrivent vers 8h le lendemain matin Ă Saint prix sont trĂšs variables selon le type de compartiment mais commencent depuis 30 euros dans un compartiment de 4 personnes mĂȘme si cela dĂ©pend grandement de combien de temps en avance sera rĂ©servĂ© le billet et le moment de lâannĂ©e.De la mĂȘme façon que le Sapsan, les billets de train sâachĂštent sur internet de RZD plus dâinformation dans cet article.Câest un moyen de transport plus cher, mais avec beaucoup de charme et par lequel tu passeras une nuit, que tu nâauras par consĂ©quent pas besoin de passer Ă Moscou ou Saint Petersburg. Mais nâoublie pas de prendre en compte que tout le monde ne trouve pas le sommeil aussi facilement dans le train il mâest arrivĂ© de ne pas fermer lâĆil de la nuit dan s la FlĂšche Rouge et quâĂ lâarrivĂ©e Ă 8h du matin tu ne pourras pas encore faire le check in Ă lâ dĂ©finitive, tous les moyens de transport prĂ©sentent des avantages et des inconvĂ©nients. Ma recommandation si tu vas faire du tourisme et cherche le charme et lâauthenticitĂ©, alors prends un train de nuit, si tu cherches le moins cher et le plus rapide alors prends un train Ă grande vitesse ou un il faut dire quâil existe des croisiĂšres qui rĂ©alisent le trajet de Moscou Ă Saint Petersburg en 6 jours, mais, bien sĂ»r, cela est une autre façon de voyager et que je traiterai dans un autre que cet article as rĂ©solu tes doutes pour choisir la meilleure façon de voyager entre Moscou et Saint Petersburg Bonjour, je m'appelle Irena. Je suis nĂ©e en 1974, en pleine Ă©poque soviĂ©tique, bien que je vive en Europe depuis 1995. J'ai travaillĂ© en tant que traductrice et interprĂšte du russe pendant ces 25 derniĂšres annĂ©es ainsi que dans le corps enseignant. Voyager est une de mes grandes passions. C'est pourquoi, avec ce blog je veux faciliter le voyage en Russie Ă tous ceux qui, comme moi, aiment voyager de façon Twitter InstagramInteractions du lecteur
LâarmĂ©e russe a Ă©tĂ© pensĂ©e et conçue pour une guerre de destruction des forces armĂ©es de lâOTAN, pas pour une guerre dâoccupation sur un territoire aussi Ă©tendu que celui de lâUkraine. Câest lâun des nombreux paradoxes de cette armĂ©e elle peut mille fois atomiser lâEurope ou les Etats-Unis, mais, faute de forces conventionnelles en nombre suffisant, elle piĂ©tine pendant trois mois devant les lignes de dĂ©fense de lâarmĂ©e ukrainienne. Alors que la relance de la guerre russe contre lâUkraine sâinscrit dans le temps long, C. Gloaguen prĂ©sente un tableau remarquablement documentĂ© de lâarmĂ©e russe. Manuscrit clos le 4 juin 2022. Mise en ligne initiale le 5 juin 2022 Le facteur militaire a jouĂ© et continuera Ă jouer un rĂŽle important pour garantir les intĂ©rĂȘts russes dans lâarĂšne internationale » Igor Ivanov, ancien ministre russe des Affaires Ă©trangĂšres Krasnaya Zvezda du 19 novembre 1996 La particularitĂ© de lâUkraine nazifiĂ©e moderne est sa nature amorphe et ambivalente, qui permet au nazisme de se dissimuler sous une aspiration Ă lââindĂ©pendanceâ et Ă une voie de âdĂ©veloppementâ en rĂ©alitĂ©, de dĂ©gradation âeuropĂ©enneâ occidentale, pro-amĂ©ricaine. Dmitri Medvedev, ancien prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration russe citĂ© par F. Thom LâUKRAINE nâaura pas Ă©tĂ© prise en quelques jours, le gouvernement Zelensky aprĂšs quelques bombardements et un assaut hĂ©liportĂ© contre lâaĂ©roport de Hostomel le 24 fĂ©vrier 2022 au matin ne se sera pas enfui Ă lâĂ©tranger aprĂšs avoir ordonnĂ© aux forces armĂ©es ukrainiennes FAU de dĂ©poser les armes. Bien au contraire, trois mois aprĂšs le dĂ©but du conflit les FAU rĂ©sistent toujours aux attaques dâune armĂ©e russe pourtant supĂ©rieurement Ă©quipĂ©e, aprĂšs avoir rĂ©ussi Ă forcer cette derniĂšre Ă modifier considĂ©rablement son dispositif initial. Pour les spĂ©cialistes des forces russes, la surprise est de taille. Si la plupart ne mĂ©connaissaient pas les progrĂšs faits par les FAU depuis lâannexion russe de la CrimĂ©e en 2014, tous, Ă©trangers comme français, militaires comme civils, ont en revanche surestimĂ© la capacitĂ© de celles-ci Ă rĂ©duire la rĂ©sistance ukrainienne dans le temps court, trĂšs politique, exigĂ© par le Kremlin. Comment auraient-ils pu ne pas se tromper ? Cette armĂ©e russe, comme lâont montrĂ© les grands exercices stratĂ©giques de ces dix derniĂšres annĂ©es, notamment les deux derniers, Zapad et Vostok, est en effet censĂ©e disposer dans tout le spectre tactique Ă stratĂ©gique dâune puissance offensive et dĂ©fensive impressionnante, unique en Europe gĂ©ographique, voire dans le monde. Cette armĂ©e nâa-t-elle pas rĂ©ussi lâexploit de dĂ©ployer en quelques mois le long de la frontiĂšre avec lâUkraine depuis des unitĂ©s parfois basĂ©es Ă plus de 9000 km de leur zone dâopĂ©ration quelque hommes et des milliers de blindĂ©s ? Tout cela, rĂ©torquera-t-on, nâest quâaffaire de logistique de temps de paix et ne montre nullement les capacitĂ©s rĂ©elles de cette armĂ©e Ă combattre un adversaire dĂ©terminĂ©, Ă©quipĂ© et entraĂźnĂ© Ă lâoccidentale, pas plus que ne le montraient ces multiples exercices endogames » contre un ennemi fictif combattant dans le cadre dâun schĂ©ma tactique préétabli et de doctrines nationales dâemploi des forces. Certes. Mais ne serait-ce pas commettre un excĂšs inverse en ne voyant plus dans cette armĂ©e russe, sous lâeffet de lâĂ©motion et des Ă©checs, rĂ©els ou supposĂ©s, quâelle rencontre en ces premiers mois du conflit, quâun village Potemkine » ou une puissance militaire fantasmĂ©e » ? Si de nombreuses sources Ă©voquent, Ă raison, une armĂ©e et des officiers vivant en vase clos, cachant derriĂšre un discours nationaliste trĂšs enracinĂ© dans le passĂ© soviĂ©tique des tactiques, des procĂ©dures de commandement et des formations trĂšs formatĂ©es, certains disent mĂȘme sclĂ©rosĂ©es , reconnaissons que cette armĂ©e nâest pas celle dâun pays du Tiers-Monde, mais une armĂ©e structurĂ©e autour dâune culture militaire forte, dont les racines plongent profondĂ©ment dans des traditions sĂ©culaires, qui dans le passĂ©, y compris rĂ©cent, a su produire des doctrines dâemploi et des armements novateurs, faire preuve de rĂ©silience, de surprise tactique et stratĂ©gique, et pensĂ©e pour accomplir des missions de combat interarmes et interarmĂ©es dans un espace gĂ©ographique gigantesque . Les opĂ©rations en Syrie depuis la dĂ©cennies 2010, certes limitĂ©es en nombre de troupes et de moyens dĂ©ployĂ©s, ont montrĂ© ses savoir-faire, sa capacitĂ© Ă sâadapter Ă lâadversaire et Ă surmonter les problĂšmes â dĂ©jĂ â logistiques, et les progrĂšs faits depuis le piteux conflit de 2008 contre la GĂ©orgie. Reste Ă savoir si cette armĂ©e russe est suffisamment dimensionnĂ©e pour affronter un adversaire de la taille de lâUkraine 603 548 km carrĂ©s. Ses points faibles â ou jugĂ©s tels par les observateurs occidentaux â sont connus, et le conflit ukrainien ne fait que confirmer certains biais et lacunes souvent soulignĂ©s dans le passĂ©. Cyril Gloaguen Ancien attachĂ© naval et militaire en Russie et au TurkmĂ©nistan, Cyril Gloaguen est ancien collaborateur des Nations Unies en Abkhazie/GĂ©orgie, docteur en gĂ©opolitique IFG, Paris VIII. CrĂ©dits photos droits rĂ©servĂ©s Lors du processus de planification de son engagement, on peut estimer Ă lâaune des faits rĂ©cents que lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral EMG Ă Moscou a mal jaugĂ© les facteurs-clĂ©s suivants 1 la dĂ©termination des politiques et des militaires ukrainiens Ă ne pas cĂ©der aux pressions politico-militaires initiĂ©es dĂšs le dĂ©but de 2021, 2 le niveau dâaccueil attendu des populations russophones rĂ©sistance passive/active, 3 lâexcellence de la prĂ©paration au combat des FAU, 4 lâampleur de lâaide occidentale, notamment en matiĂšre de renseignements, de formation et de livraison dâarmes modernes, 5 la cohĂ©sion des Occidentaux une fois consommĂ©e lâentrĂ©e des forces russes sur le territoire ukrainien, 6 lâasymĂ©trie entre ses intĂ©rĂȘts vitaux et ceux des Occidentaux, 7 la dĂ©termination de ses soldats, notamment des appelĂ©s, Ă combattre un pseudo ennemi ukrainien » fabriquĂ© de toutes piĂšces par la propagande, mais nullement intĂ©riorisĂ© par le simple soldat. Pour expliquer le passage Ă lâacte invasion du territoire ukrainien, quatre scĂ©narios il y en a sĂ»rement dâautres peuvent ĂȘtre de mĂȘme avancĂ©s, la plupart pouvant sâimbriquer ou se complĂ©ter 1 lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral EMG a identifiĂ© tous les facteurs de risque, en tout ou en partie, mais a estimĂ© pouvoir les surmonter, prĂ©jugeant ainsi dâune faible rĂ©sistance des FAU et des capacitĂ©s des forces russes Ă encercler les FAU dans la poche du Donbass par le sud et le nord auto-intoxication et/ou renseignement dĂ©faillant = niveau de crĂ©dibilitĂ© 3/3 1alâEMG a parfaitement identifiĂ© les difficultĂ©s de dĂ©truire lâarmĂ©e ukrainienne, mais a tout de mĂȘme lancĂ© lâoffensive, les gains pressentis Ă©tant jugĂ©s par le Kremlin supĂ©rieurs aux pertes humaines et matĂ©rielles prĂ©visibles = 2/3 2 lâEMG a dĂ» cĂ©der aux pressions dâun pouvoir politique qui voyait dans la situation politico-Ă©conomique, sociale et sanitaire en Europe et aux Etats-Unis en cette fin dâannĂ©e 2021 une fenĂȘtre dâopportunitĂ© Ă saisir scĂ©nario Ă la crimĂ©enne » et dans les derniĂšres mesures politiques prises par Kyiv une menace Ă traiter dâurgence . Surprises par lâordre du Kremlin dâentrer en Ukraine, certaines unitĂ©s nâauraient pas Ă©tĂ© prĂȘtes au combat notamment celles venant des rĂ©gions militaires RM Centre et Est et celles qui Ă©taient en manĆuvre depuis plusieurs semaines = 1/3 3 les chefs militaires russes pensaient, comme le pouvoir politique, que lâemploi de la force serait inutile dans le mesure oĂč les pressions aux frontiĂšres suffiraient Ă faire plier Kyiv. Partant, ils nâont pas vĂ©ritablement prĂ©parĂ© les unitĂ©s au combat = 1/3 Une fois donnĂ© le feu vert politique, le crĂ©neau de lâintervention en fait, une rĂ©activation du conflit dĂ©butĂ© en 2014 est Ă©troit. Ce feu vert est donnĂ© le 1er dĂ©cembre 2021 lorsque V. Poutine rend publiques ses garanties sĂ©curitaires », voire dĂšs septembre 2020, date de la publication de la nouvelle stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© ukrainienne. Lâexercice stratĂ©gique Zapad sâest achevĂ© le 16 septembre 2021 et, aprĂšs une courte pĂ©riode de reconditionnement, lâarmĂ©e russe se remet Ă enchainer les manĆuvres voir tableau G infra jusquâĂ lâexercice DĂ©termination de lâUnion-2022 » qui se tient du 10 au 20 fĂ©vrier 2022 en BiĂ©lorussie et qui va servir de couverture aux dĂ©buts des opĂ©rations le 24 fĂ©vrier 2022. Pourquoi cette fin fĂ©vrier ? Il convient tout dâabord, pour le Kremlin, dâattendre les rĂ©ponses aux exigences quasi-ultimatum transmises aux diplomaties occidentales le texte envoyĂ© par S. Lavrov aux chancelleries europĂ©ennes et amĂ©ricaine date du 17 dĂ©cembre 2021. Or ces pressions militaro-diplomatiques censĂ©es Ă©viter la guerre, qui ont en fait dĂ©butĂ© dĂšs la fin du premier trimestre 2021, sont, on lâa dit, au cĆur du scĂ©nario dâannexion/dĂ©militarisation de lâUkraine. Les rĂ©ponses occidentales, comme celle de Kyiv, non seulement sont nĂ©gatives, mais certains gouvernements europĂ©ens accĂ©lĂšrent Ă partir de mi-janvier 2022 leurs livraisons de munitions, dâarmes anti-chars et anti-aĂ©riennes aux FAU. Lâoffensive militaire est dĂ©cidĂ©e cf. scĂ©nario 1 supra. EncadrĂ© 1 Deux variantes de lâintervention Ă©taient prĂ©vue par lâEMG la premiĂšre envisageait la concentration de lâensemble du groupement de forces russe au Donbass et une deuxiĂšme qui aurait vu les forces russes attaquer sur quatre axes Kherson, Kyiv, Kharkiv et Tchernihiv de façon Ă couper les FAU prĂ©sents au Donbass de leurs renforts Câest cette variante qui est retenue qui prĂ©sente Ă©galement lâavantage de sâemparer rapidement du siĂšge du gouvernement Kyiv. Notons que la pertinence de cette derniĂšre est encore justifiĂ©e le 25 mars par le chef OpĂ©rations de lâEMG, le gĂ©nĂ©ral RoudskoĂŻ, alors que lâarmĂ©e sâapprĂȘte Ă revenir au premier scĂ©nario, celui de lâattaque frontale au Donbass. De son cĂŽtĂ©, lâĂ©tat-major OpĂ©rations » de lâEMG Glavnoe Operativnoe Upravlenie G. Sh, qui commande depuis Moscou le dispositif, demande du temps pour passer de la posture entraĂźnement/gesticulations » qui prĂ©vaut jusquâalors Ă une posture intervention » il lui faut accĂ©lĂ©rer le dĂ©ploiement des unitĂ©s sur leurs zones de prĂ©positionnement avec leur logistique, leurs soutiens et les munitions/carburant ad hoc, prĂ©parer les premiĂšres frappes/premiĂšres actions militaires avant de synchroniser la manĆuvre des unitĂ©s affectĂ©es aux cinq axes de pĂ©nĂ©tration en comptant celui du Donbass, des unitĂ©s de la marine, de lâaviation dâarmĂ©e et de lâarmĂ©e de lâAir. Lâoffensive doit aussi dĂ©buter tant que les sols sont encore suffisamment gelĂ©s pour permettre, au besoin, le dĂ©ploiement des blindĂ©s hors des routes voir infra, mais avant le dĂ©gel - la raspoutitsa - de printemps qui intervient habituellement dans le nord de lâUkraine vers mi-mars avant les fortes pluies . Enfin, le contingent recrutĂ© en octobre 2021 doit ĂȘtre suffisamment aguerri soutien essentiellement pour participer aux opĂ©rations aux cĂŽtĂ©s du contingent dâavril, et la campagne achevĂ©e avant que ce dernier ne soit libĂ©rĂ© de ses obligations, câest-Ă -dire vers fin mars 2022. Autres facteurs de contrainte temporelle lâĂ©vacuation des populations du Donbass, qui doit ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dâautant plus rapidement quâelle signe la dĂ©cision russe dâintervenir , et la nĂ©cessitĂ© de respecter la demande du gouvernement chinois de ne pas dĂ©clencher lâopĂ©ration avant la fin des Jeux de PĂ©kin. Le narratif qui laisse supposer une mauvaise prĂ©paration de lâarmĂ©e russe manque de troupes, de matĂ©riels/Ă©quipements, de piĂšces dĂ©tachĂ©es, de carburants, etc. ne rĂ©siste pas Ă lâanalyse le volume dâentrainements menĂ©s aux frontiĂšres ukrainiennes, notamment ceux des unitĂ©s professionnelles, a en effet Ă©tĂ© considĂ©rable depuis le dĂ©but de 2021 voir infra tableau G tandis que, sur cette mĂȘme pĂ©riode, les renforcements en matĂ©riel et en munitions des unitĂ©s des RM Ouest et Sud nâont jamais cessĂ©. Le scĂ©nario 1 supra semble donc, a posteriori, le plus probable. Possiblement associĂ© Ă une opĂ©ration de dĂ©stabilisation du gouvernement ukrainien , ce scĂ©nario seul explique le sous-dimensionnement logistique de lâopĂ©ration, cette dilution du dispositif en cinq axes du nord au sud, la faiblesse des effectifs engagĂ©s dans un pays plus Ă©tendu que la France, la prĂ©sence derriĂšre les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e de troupes de la Garde nationale gĂ©nĂ©ralement utilisĂ©es pour le maintien de lâordre dans les villes, ces colonnes dâunitĂ©s lĂ©gĂšres 4x4 Tigr, BTR-82 prĂ©cĂ©dant les unitĂ©s lourdes et lâartillerie, lâimportance du dispositif russe au nord de Kyiv 4 AIA et 1 CA, lâassaut hĂ©liportĂ© quasi-suicidaire au matin du 24 fĂ©vrier 2022 contre Hostomel et le fait que lâarmĂ©e russe avait, dâĂ©vidence, pour consigne dans les premiers jours du conflit de prendre intactes les infrastructures Ă©conomiques stratĂ©giques, comme les aĂ©roports, les routes et les ports ou, du moins, de les frapper graduellement afin de faire monter la pression sur le gouvernement ukrainien et Ă©viter de sâaliĂ©ner les populations. Enfin, il nâest pas interdit de penser que lâarmĂ©e biĂ©lorusse, qui nâa cessĂ© depuis un an de sâentrainer aux cĂŽtĂ©s de sa consĆur russe, notamment lors de Zapad et de DĂ©termination de lâUnion-2022, devait Ă©galement intervenir dans le conflit et renforcer le dispositif au nord de Kyiv. Certaines dĂ©clarations faites par le prĂ©sident Loukachenko fin 2021 laissent entendre que cette implication biĂ©lorusse pourrait avoir Ă©tĂ© un temps planifiĂ©e . EncadrĂ© 2 Un mot sur les pressions politico-militaires Ă lâinstant Ă©voquĂ©es. Celles-ci ont pour but dâobtenir un rĂ©sultat politique en maintenant lâengagement militaire au strict minimum. Elles doivent ĂȘtre perçues comme une phase du conflit et non pas comme un acte extĂ©rieur Ă ce conflit. La Russie est en guerre contre lâUkraine depuis au moins le 1er dĂ©cembre 2021, date du discours de V. Poutine Ă©voquĂ© supra. AssociĂ©es Ă divers outils de coercition indirecte sphĂšre informationnelle, cyber, menaces nuclĂ©aires, diplomatie, dĂ©stabilisation des rĂ©gimes politiques, etc., dont la principale a Ă©tĂ© la crise migratoire » artificiellement organisĂ©e fin 2021 par Moscou et Minsk, ces pressions sont dâailleurs thĂ©orisĂ©es comme telle phase dâun conflit par la doctrine russe dâemploi des forces depuis plusieurs annĂ©es, Ă tout le moins depuis le discours prononcĂ© par le gĂ©nĂ©ral Gerasimov en 2013 stratĂ©gie de coercition ou guerre de nouvelle gĂ©nĂ©ration ». Lâaffaire de CrimĂ©e et du Donbass, en 2014-2015, nâen a Ă©tĂ© quâune pĂąle rĂ©pĂ©tition et la Syrie un terrain dâexercice pour des commandants dâunitĂ©s que lâon retrouve depuis le 24 fĂ©vrier 2022 de la banlieue de Kiev Ă Kherson, de Marioupol Ă Severodonetsk. Lâintervention russe en Ukraine reprĂ©sente, aprĂšs la Transnistrie, la GĂ©orgie OssĂ©tie du Sud et Abkhazie, la CrimĂ©e/Donbass, le Karabakh, lâAsie centrale et la BiĂ©lorussie, le dernier maillon dâune politique de recomposition de lâempire russe » thĂ©orisĂ©e dĂšs 1993 doctrine de lâĂ©tranger proche, mais en fait dĂ©jĂ visible dĂšs 1992 dans la crĂ©ation de la CEI et de son pendant militaire qui devient plus tard lâOTSC au dĂ©but des annĂ©es 2000 et dans les interventions en Abkhazie 1992-93 et en Transnistrie. Cette politique sâaccĂ©lĂšre avec les deux guerres de TchĂ©tchĂ©nie, puis le refus de se retirer de Transnistrie malgrĂ© la signature par Moscou en novembre 1999 des accords OSCE dâIstanbul, avant dâĂȘtre en quelque sorte officialisĂ©e » par les discours de V. Poutine en 2006 Ă Tachkent puis en 2007 Ă Munich. Il sâagit lĂ dâun processus opiniĂątre, mais dĂ©libĂ©rĂ©ment lent pour des raisons Ă©conomiques ne pas effrayer les investisseurs Ă©trangers, renforcer le socle industriel, la dĂ©pendance des EuropĂ©ens au gaz/pĂ©trole, etc. et de politiques intĂ©rieure nĂ©cessitĂ© de maintenir un Ă©quilibre entre budgets militaires et budgets civils » et extĂ©rieure noyer lâagression/annexion dans le commerce et la diplomatie. Son moteur est tout autant idĂ©ologique les pays issus de lâex-URSS continuent dâĂȘtre perçus par Moscou Ă travers le prisme de lâunitĂ© du territoire soviĂ©tique quâĂ©conomique, la gĂ©opolitique Ă©tant dĂ©pendante de ce dernier volet le territoire russe Ă©tant gĂ©ographiquement Ă lâĂ©cart des grands pĂŽles Ă©conomiques mondiaux , il sâagit de lâen rapprocher » pour ouvrir aux industries, principalement liĂ©es aux secteurs de lâextraction de matiĂšres premiĂšres et de lâarmement, et Ă la diplomatie un espace de manĆuvre. Lâinterventionnisme russe dans lâespace post-soviĂ©tique a, aussi, pour but dâempĂȘcher toute apparition aux frontiĂšres de la Russie de rĂ©gimes politiques indĂ©pendants, surtout dĂ©mocratiques, qui entraĂźnerait une rupture avec les rĂ©seaux politico-affairistes russes cas flagrants de la GĂ©orgie et de lâUkraine ; de contrĂŽler les voies dâexportation du gaz et du pĂ©trole vers lâUnion europĂ©enne ; de pousser ses voisins Ă adhĂ©rer aux espaces militaro-Ă©conomiques contrĂŽlĂ©s par Moscou Union Ă©conomique eurasiatique, CEI, OTSC, ADIZ communes, etc.. Lâannexion de la CrimĂ©e en 2014 a ainsi rendue possible lâopĂ©ration de Syrie, qui, Ă son tour, a permis lâimplantation russe en Afrique. Cette politique est naturellement renforcĂ©e par des pratiques gĂ©nĂ©ralisĂ©es de corruption des Ă©lites politiques et Ă©conomiques Ă©trangĂšres, de gesticulations militaires mettant notamment en Ćuvre les vecteurs nuclĂ©aires, de dĂ©stabilisation de lâUE et de lâOTAN, de prĂ©fĂ©rence pour le dialogue bilatĂ©ral, etc. Le conflit ukrainien marque un tournant dans cette politique qui, jusquâalors, nâavait jamais Ă©tĂ© vĂ©ritablement freinĂ©e. Tout arrĂȘt du conflit est, pour Moscou, inenvisageable, notamment pour les raisons suivantes 1 lâUkraine en raison de lâimportance numĂ©rique des Russophones, des vellĂ©itĂ©s dâune large part de la population gĂ©nĂ©rale Ă sâĂ©manciper de lâhĂ©ritage politique, industriel, linguistique et culturel soviĂ©tique et donc russe, de la nature dĂ©mocratique de son rĂ©gime politique tournĂ© vers lâexpĂ©rience des PECO, de son Ă©conomie, de ses dĂ©bouchĂ©s sur la mer Noire entre Abkhazie et Transnistrie/Balkans, ses ports, ses richesses naturelles, etc. ne peut ĂȘtre autorisĂ©e Ă quitter la zone dâinfluence russe, 2 lâhystĂ©rie collective dĂ©clenchĂ©e par la propagande du Kremlin contre lâUkraine a atteint une violence inouĂŻe qui va rechercher aussi loin que possible le dĂ©membrement du pays, la destruction de sa culture, voire lâannihilation dâune partie de sa population cf. les dĂ©clarations rĂ©centes du Patriarche Cyrille, de lâancien prĂ©sident D. Medvedev et ce pamphlet publiĂ© par T. SergueĂŻtsev dans RIA Novosti le 3 avril 2022 , 3 le Kremlin cherche Ă absorber les populations russophones dâUkraine pour pallier la faiblesse de la dĂ©mographie russe , 4 V. Poutine ne peut, sans menacer son pouvoir et, partant, lâĂ©quilibre de lâempire », ramener son armĂ©e dans ses casernes sans gains gĂ©opolitiques notables Ă prĂ©senter aux familles des milliers de soldats tuĂ©s ou blessĂ©s. 5 Ce conflit soude la population autour du Kremlin sur fond dâĂ©conomie en berne et de sanctions occidentales qui commencent Ă produire leurs effets. Partant, sauf revers militaire naturellement voir infra, ce conflit devrait aller au terme choisi par Moscou, quel quâil soit, et nul ne peut dire combien dâhommes et de matĂ©riel la Russie acceptera de sacrifier pour atteindre son ou ses buts politiques, jusquâoĂč elle est prĂȘte Ă aller pour vaincre Ă ses frontiĂšres un pays qui, Ă ses yeux, reprĂ©sente un danger mortel pour ses intĂ©rĂȘts vitaux et la nature de son rĂ©gime politique. Combien de mois ou mĂȘme dâannĂ©es elle y consacrera. Cette question est la seule qui vaille, mĂȘme si, bien sĂ»r, elle cache de multiples chausse-trappes, pas uniquement militaires, qui peuvent Ă tout moment â soyons lucides aprĂšs avoir Ă©tĂ© surpris â faire basculer le conflit dans un sens contraire aux intĂ©rĂȘts du Kremlin . Lâincertitude est plus que jamais de mise, malgrĂ© les succĂšs rĂ©cents de lâarmĂ©e russe au Donbass. Convenons, enfin, que ce conflit, qui met aux prises deux anciens pays membres de lâURSS, dont le russe est une langue commune, qui partagent de multiples liens civilisationnels, militaires, religieux, familiaux, ethniques, dont une partie des armements sont communs Ă lâexception du Z ou du V !, revĂȘt des particularitĂ©s uniques qui nâen font pas une rĂ©pĂ©tition dâun conflit entre la Russie et lâOTAN, encore moins des guerres de Syrie et de GĂ©orgie. LâarmĂ©e russe, câest quoi ? Ces derniĂšres questions et remarques relĂšvent toutefois plus du champ politique que militaire. Sur le terrain, lâarmĂ©e russe connait dâindĂ©niables revers. DĂšs lors, une question sâimpose cette armĂ©e a-t-elle les moyens non seulement de continuer le combat, mais encore dâatteindre les buts de guerre fixĂ©s par le Kremlin, notamment et a minima, lâannexion des oblasts de Lougansk et de Donetsk, la prĂ©servation des zones conquises dans la rĂ©gion de Kherson et lâĂ©crasement de lâarmĂ©e ukrainienne au Donbass ? La mission premiĂšre des forces armĂ©es russes est la dĂ©fense du territoire national, mĂȘme si lâOTAN , aux frontiĂšres ouest, et les Etats-Unis aux frontiĂšres est BĂ©ring/Pacifique nord et Arctique, continuent dâĂȘtre perçus comme des menaces existentielles au point de façonner la structure mĂȘme des unitĂ©s de mĂȘlĂ©e forte prĂ©dominance des unitĂ©s dâartillerie/missiles et blindĂ©es, de la marine sous-marins nuclĂ©aires et de la dĂ©fense aĂ©rienne stratĂ©gique. Cette perception de lâOTAN comme menace est Ă©galement un biais psychologique » dont les gĂ©nĂ©raux actuels ont hĂ©ritĂ© de lâarmĂ©e soviĂ©tique la Russie, hĂ©ritiĂšre de la puissante URSS, ne peut parler autrement avec lâOTAN et, surtout, avec les Etats-Unis que sur un pied dâĂ©galitĂ©. Câest un premier point et un point important. Ses moyens conventionnels sont dĂ©ployĂ©s, comme on le sait, au sein de cinq grands commandements stratĂ©giques interarmĂ©es RĂ©gions Militaires RM ouest, sud, centre et est et un grand commandement stratĂ©gique/OSK autour de la Flotte du Nord qui couvrent tout le territoire et dont le rĂŽle est de repousser toute incursion extĂ©rieure, chaque RM, en cas de besoin, venant aider sa voisine selon une logique de domino. Câest dâailleurs ce Ă quoi lâon assiste en Ukraine. En cas de conflit, ces structures se transforment en Ă©chelon de commandement rĂ©gional ayant emprise sur tous les moyens de lâEtat jusquâau niveau des administrations gardes-frontiĂšres, Garde nationale, ministĂšre de la SĂ©curitĂ© civile, etc., des banques, entreprises ... Les forces disponibles ne permettant pas de couvrir lâensemble de cet Ă©norme territoire de 17 millions de km2, des unitĂ©s du 1er Ă©chelon voir Mobilânostâ-2004, par exemple, le 1er grand exercice de projection , dont les unitĂ©s VDV Troupes parachutistes/assaut aĂ©rien et les Troupes de marine constituent le cĆur, ont Ă©tĂ© créées, capables de se projeter sur plusieurs milliers de kilomĂštres en moins de 24h. Les trous capacitaires qui apparaissent en raison de lâinsuffisance du nombre dâavions de transport VTA sont comblĂ©s par les moyens des Troupes ferroviaires. Officiellement, le Plan national dâarmement/Loi de programmation militaire PNA 2011-2020 sâest soldĂ© par un succĂšs, les graves dysfonctionnement du passĂ© ayant Ă©tĂ© corrigĂ©s avant dâĂȘtre soumis au verdict de 11 grands exercices stratĂ©giques et de deux fois plus dâexercices dâalerte inopinĂ©s, parfois de plus grande ampleur . La rĂ©activitĂ© des forces, leur entrainement, les structures de commandement, le niveau de professionnalisation, etc. ont fait lâobjet de tous les soins, tandis que les domaines dâexcellence traditionnels dĂ©fense sol-air, artillerie, armes dâinfanterie, GE, hĂ©licoptĂšres dâattaque et de manĆuvre, nuclĂ©aire stratĂ©gique, transport ferroviaire, satellites, chars de combat ont encore Ă©tĂ© renforcĂ©s. Lâaccent a Ă©tĂ© mis sur le remplacement des Ă©quipements les plus anciens ils Ă©taient nombreux, la crĂ©ation dâun C4ISR moderne et la numĂ©risation de lâespace de bataille, volet particuliĂšrement mis en avant lors de la campagne syrienne et par tous les derniers salons dâarmement. Une certaine capacitĂ© de projection de puissance a Ă©tĂ© retrouvĂ©e grĂące, par exemple, Ă lâentrĂ©e en dotation de nouveaux missiles air-sol Kh-101 et Kh-47M2 Kinzhal, sol-sol SS-26 Iskander et mer-sol de la famille des Kalibr de la marine. Le segment des drones de combat qui, au dĂ©but des annĂ©es 2010 dĂ©pendait quasi exclusivement de machines israĂ©liennes, sâest vu doter de plusieurs modĂšles nationaux allant du petit drone tactique au drone de type MALE. La protection des approches et frontiĂšres, notamment des cĂŽtes Troupes cĂŽtiĂšres de la marine, nâa pas oubliĂ©e et celles-ci ont Ă©tĂ© sanctuarisĂ©es grĂące au dĂ©ploiement de missiles modernes anti-aĂ©riens et antinavires S-400/S-350, systĂšme Bastion-P, etc.. Lâensemble est renforcĂ© par des pratiques trĂšs rĂŽdĂ©es et efficaces de guerre de nouvelle gĂ©nĂ©ration » hybride, selon lâexpression utilisĂ©e en 2013, on lâa vu, par le CEMG, le gĂ©nĂ©ral Gerasimov mĂ©dias, propagande, dĂ©sinformations, inversion du discours agresseur/agressĂ©, lĂ©gitimation de lâaction militaire par le droit international, menaces nuclĂ©aires, etc.. Enfin, ces forces armĂ©es peuvent ĂȘtre dĂ©ployĂ©es dans tous les milieux amphibie, aĂ©roportĂ©, montagne et arctique. Tableau A. Structures des forces armĂ©es russes en 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Sur le plan de son organisation gĂ©nĂ©rale, cette armĂ©e aborde le tournant de la dĂ©cennie 2010 et les annĂ©es ChoĂŻgou » aprĂšs plusieurs tentatives de rĂ©formes avortĂ©es, de sous-financement, de va-et-vient doctrinaires, et une guerre de cinq jours en GĂ©orgie 2008 qui a montrĂ© son piĂštre niveau tactique et opĂ©rationnel. En 2009, dans le cadre des rĂ©formes dâA. Serdioukov, la vieille organisation soviĂ©tique RĂ©gion militaire, armĂ©e, division et rĂ©giment laisse place Ă une organisation tripartite commandement opĂ©rativo-stratĂ©gique RM/OSK - commandement opĂ©ratif AIA - brigade. LâĂ©chelon divisionnaire est supprimĂ© et lâarmĂ©e de Terre rĂ©organisĂ©e en brigades interarmes lĂ©gĂšres, moyennes BFM et lourdes blindĂ©es auxquelles sont ajoutĂ©es, en plus ou moins grand nombre selon les zones gĂ©ographiques, des brigades dâappui spĂ©cialisĂ©es gĂ©nie, artillerie, GE, etc.. La rĂ©forme est obtenue au prix dâune rĂ©duction drastique, sans prĂ©cĂ©dent, des unitĂ©s et des cadres officiers lâarmĂ©e de Terre passe de 1980 Ă 172 unitĂ©s, lâarmĂ©e de lâAir de 340 Ă 180 et la marine de 240 Ă 123 . Le corps des officiers est divisĂ© par 2,5 Ă le rajeunissement des cadres Ă©tant recherchĂ©, ainsi que la professionnalisation du corps des sous-officiers. ParallĂšlement, les effectifs du personnel civil, fait rĂ©vĂ©lateur, sont prĂ©servĂ©s. 85 brigades dites intĂ©grales », câest-Ă -dire en disponibilitĂ© opĂ©rationnelle postoyannaya gotovnostâ, voient le jour dans lâarmĂ©e de Terre, contre seulement 6 divisions opĂ©rationnelles en 2008, tandis que disparaissent les unitĂ©s de cadres » qui sont dissoutes ou transformĂ©es en entrepĂŽts de matĂ©riels . Les rĂ©gions militaires et les armĂ©es interarmes deviennent respectivement des commandements opĂ©rativo-stratĂ©giques et opĂ©ratifs voir supra. Avec lâarrivĂ©e en 2012 Ă la tĂȘte du ministĂšre de S. ChoĂŻgou, lâĂ©chelon divisionnaire est recréé dĂ©bouchant, de fait, sur lâexistence aujourdâhui dâun systĂšme mixte. Dans le volet logistique, enfin, des rĂ©formes sont toujours en cours depuis 2016 dans le but de remplacer les 330 entrepĂŽts et bases de stockage de lâarmĂ©e par 24 ensembles de production et de logistique » PLK dont la construction et la gestion font lâobjet de partenariats entre le ministĂšre de la DĂ©fense et le secteur privĂ©. Cette vitrine officielle, imposante par lâampleur de lâeffort consenti, a, toutefois, souffert de quelques accrocs. Dans les faits, et malgrĂ© une hausse indĂ©niable des budgets dĂ©fense », le PNA-2011-2020 ne peut Ă©chapper sur sa pĂ©riode dâexĂ©cution Ă la dĂ©tĂ©rioration des indices Ă©conomiques. AprĂšs une sĂ©vĂšre rĂ©cession en 2009 -7,5% suivi dâun certain rĂ©tablissement, lâĂ©conomie sombre Ă nouveau dĂšs 2014 -8% avec une inflation Ă 10% en raison de la faiblesse des prix des matiĂšres premiĂšres et des sanctions occidentales crise diplomatique de CrimĂ©e. Les entreprises endettĂ©es en dollars connaissent des problĂšmes dâinvestissement et demandent lâaide de lâEtat qui perd ainsi dâimportantes rentrĂ©es budgĂ©taires. Les revenus rĂ©els de la population chutent de 10% entre 2014 et 2018 et le budget nâest que rarement Ă lâĂ©quilibre avec un baril dont le prix ne cesse de fluctuer. Le PIB remonte un peu dĂšs 2018 1653 milliards de $ contre 2258 au pic de 2013 avant de sâeffondrer une nouvelle fois lors de la crise du COVID-19. Ces facteurs Ă©conomiques, couplĂ©s Ă dâindĂ©niables difficultĂ©s de la BITD Ă mettre au point de nouveaux armements, obligent lâĂ©tat-major Ă Ă©tablir des prioritĂ©s dans ses budgets et dans ses choix dâĂ©quipements. Alors que la triade nuclĂ©aire demeure prioritaire 10% des budgets et que la professionnalisation des unitĂ©s impose une hausse substantielle des salaires et soldes, de nouvelles armes sont certes mis en service , mais qui bĂ©nĂ©ficient surtout aux unitĂ©s dâĂ©lite. On assiste ainsi trĂšs tĂŽt dans ce PNA Ă des politiques de modernisation de matĂ©riels anciens, notamment des aĂ©ronefs et des blindĂ©s. De son cĂŽtĂ©, la marine prend de plus en plus lâaspect dâune flotte de petites corvettes/OPV armĂ©es de missiles mer-sol capables dâappuyer les opĂ©rations terrestres, tandis que, paradoxalement, pour des raisons de prestige et de prĂ©servation du tonnage global dans les classements internationaux, de grands navires inutiles et ruineux comme les Kirov, les Slava ou le PA Kouznetsov sont modernisĂ©s alors mĂȘme que cette marine manque cruellement de frĂ©gates. ParallĂšlement, le pouvoir politique fait le choix, tout autant pour des raisons politiques que sociales, de maintenir artificiellement en vie de nombreuses industries de DĂ©fense grande pourvoyeuse dâĂ©lecteurs poutiniens comme les armĂ©es qui, dans un Ă©cosystĂšme compĂ©titif, auraient Ă©tĂ© fermĂ©es. ParallĂšlement, certaines compĂ©tences techniques, capacitĂ©s de production et de R&D, notamment navales, sont captĂ©es par le secteur de lâextraction des hydrocarbures, plus rentable. A partir de 2014, la BITD subit Ă©galement de plein fouet les sanctions occidentales difficultĂ©s Ă financer la modernisation de leur capital et la rupture des liens industriels trĂšs Ă©troits avec lâUkraine. La corruption, endĂ©mique, perdure, provoquant chaque annĂ©e lâĂ©vaporation de milliards de roubles, tandis que le MINDEF multiplie les procĂšs contre les entreprises, signe que celles-ci ne respectent pas les calendriers de production. Ces multiples facteurs, comme sous lâURSS, vont Ă lâencontre dâune rationalisation des politiques dâachats dâĂ©quipements. On assiste ainsi dĂšs le dĂ©but dans annĂ©es 2010 Ă lâapparition dans chaque niche dâĂ©quipement de phĂ©nomĂšnes de tĂ©lescopage/chevauchement des nouveaux programmes entre eux et avec les programmes de modernisation dâarmements anciens. Certains sont lancĂ©s pour les besoins spĂ©cifiques de telle ou telle armĂ©e/arme, voire dâautres ministĂšres et services concurrents ministĂšre des Situations dâurgence, Garde nationale, garde-cĂŽtes du FSB, etc. sans grand souci apparent de rationalisation. Le 24 fĂ©vrier 2022, les forces terrestres » armĂ©e de Terre, Garde nationale, VDV, Garde-FrontiĂšres, Troupes de marine et forces spĂ©ciales, troupes de PVO pĂ©nĂštrent ainsi sur le territoire ukrainien Ă©quipĂ©es de plusieurs centaines de modĂšles de vĂ©hicules, de LRM, de canons et dâarmements divers utilisant des munitions, des pneus, des huiles et carburants, des systĂšmes de transmission, des piĂšces dĂ©tachĂ©es diffĂ©rents. Le volet des chars de combat comprend Ă lui seul, par exemple, trois modĂšles diffĂ©rents eux-mĂȘmes dĂ©clinĂ©s en plusieurs versions. De leur cĂŽtĂ©, les forces aĂ©riennes, faute dâappareils vĂ©ritablement polyvalents, dĂ©butent les opĂ©rations avec au moins huit types dâavions des Mig-29, Su-27, Su-30SM et Su-35 pour la chasse, des Su-24 et Su-34 pour le bombardement et les Su-25 et Mig-31K pour lâassaut/appui-feu. Les hĂ©licoptĂšres de combat et de manĆuvre sont, eux, tout aussi nombreux. On pourrait multiplier les exemples. Un vrai cauchemar pour une logistique et une chaine de MCO obligĂ©es de suivre au dĂ©but du conflit les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e sur plusieurs centaines de kilomĂštres en territoire ennemi et sur plusieurs axes de progression Kiev, Kharkov/Soumy, Donbass et Sud, chacun espacĂ© de plusieurs centaines de kilomĂštres. MĂȘme si chaque front/axe sâadossait Ă une ou plusieurs armĂ©es interarmes, elles-mĂȘmes soutenues par leur rĂ©gion militaire dâorigine, le dĂ©fi logistique ne pouvait quâĂȘtre Ă©norme dĂšs lors que les FAU opposaient une rĂ©sistance. Le PNA 2011-2020 est, malgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es, un indĂ©niable succĂšs qui fait de lâarmĂ©e russe la premiĂšre armĂ©e dâEurope et laisse entrevoir sa physionomie Ă lâhorizon 2030-35. Tableau B. ModĂšles de chars de combat prĂ©sents dans le conflit ukrainien Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour A ces dysfonctionnements internes viennent sâajouter des contraintes gĂ©ographiques et politiques rencontrĂ©es, pour certaines, depuis au moins la deuxiĂšme partie du XIXĂšme siĂšcle et qui sont autant dâĂ©lĂ©ments traditionnels de dilution de la puissance militaire russe . Ă©normitĂ© dâun territoire Ă protĂ©ger/couvrir sâĂ©tendant sur 11 fuseaux horaires avec de fortes disparitĂ©s climatiques ï nĂ©cessitĂ© de concevoir des armements spĂ©cifiques x des coĂ»ts, adaptĂ©s Ă ces diffĂ©rents théùtres Arctique, Baltique, centre-Europe, mer de Barents, mer Noire/Caspienne, Asie centrale, Caucase, Pacifique, .instabilitĂ©/menaces/hostilitĂ© de certains pays voisins nĂ©cessitant la crĂ©ation de bases aux frontiĂšres et des interventions rĂ©guliĂšres, notamment au Caucase et en Asie centrale, . nĂ©cessitĂ© face Ă lâOTAN, ennemi cible », de faire masse » câest-Ă -dire de conserver en unitĂ©s/parcs des milliers de blindĂ©s et systĂšmes dâarmes, des effectifs nombreux, . nĂ©cessitĂ© dâĂ©quiper en armements spĂ©cifiques certains ministĂšres et services de force dilution des budgets, R&D, . prĂ©servation, enfin, pour des raisons clientĂ©listes, dâun grand nombre dâindustries militaires par niche voir supra. En fĂ©vrier 2022, câest donc une armĂ©e partiellement modernisĂ©e, rajeunie, mais dont un tiers des effectifs est constituĂ© dâappelĂ©s du contingent et qui conserve la structure plutĂŽt figĂ©e, trĂšs caractĂ©ristique des unitĂ©s soviĂ©tiques, oĂč prĂ©dominent les unitĂ©s mĂ©canisĂ©es, blindĂ©es et dâartillerie conçues pour un combat contre lâOTAN, Ă lâextĂ©rieur et Ă lâintĂ©rieur du territoire russe, qui se lance dans le conflit. Fait important voir infra les deux tiers environ de ces forces armĂ©es Troupes de missiles cĂŽtiers, de PVO/PRO, marine, bases militaires Ă lâĂ©tranger, RVSN, etc. ne sont pas constituĂ©s de forces projetables sur le terrain ukrainien car assignĂ©es Ă la dĂ©fense dâune zone gĂ©ographique, de frontiĂšres ou dâinfrastructures stratĂ©giques. Pour conclure cette rapide prĂ©sentation, il convient, Ă ce niveau de lâanalyse, de se demander si cette armĂ©e imposante, dimensionnĂ©e pour combattre et dissuader lâOTAN, est en mesure de rĂ©pondre efficacement Ă la politique dâexpansion du Kremlin dans lâespace post-soviĂ©tique. A priori, la rĂ©ponse est oui. Indubitablement. Elle dispose en nombre, on vient de le voir, dâarmes et dâĂ©quipements offensifs et dĂ©fensifs plus modernes que ceux de tous ses adversaires potentiels rĂ©unis et de forces professionnelles bien entraĂźnĂ©es. Pourtant, les faits sont tĂȘtus il lui a fallu six ans 1999 Ă 2006 pour dĂ©truire la guĂ©rilla tchĂ©tchĂšne, elle ne lâa emportĂ© en GĂ©orgie 2008 que laborieusement, avec plus de succĂšs en CrimĂ©e 2014, mais plus difficilement au Donbass 2014-15. Quant au conflit en cours en Ukraine, on peut Ă bon droit se demander si la marche nâĂ©tait tout simplement pas trop haute. Le conflit ukrainien, une marche trop haute ? La relance de cette guerre en Ukraine 2022 est la premiĂšre de haute intensitĂ© dans laquelle lâarmĂ©e russe est engagĂ©e depuis sa crĂ©ation officielle en 1992. Câest un premier point. Le conflit syrien nâimpliquait que des forces limitĂ©es 5000 h., lâessentiel des troupes au sol Ă©tant constituĂ© de troupes Ă©trangĂšres Syriens, Iraniens, etc.. Pour des raisons Ă©videntes, cette armĂ©e russe ne coĂŻncidant pas avec lâentiĂšretĂ© de lâarmĂ©e soviĂ©tique, je ne remonte pas au-delĂ de 1992 et ne tiens compte ni de la Seconde Guerre mondiale ni du conflit afghan , mĂȘme si les traditions militaires russes, comme celles de toutes les armĂ©es de lâex-URSS, plongent naturellement dans ces deux conflits. Si cette armĂ©e russe, second point, domine son adversaire par la masse de ses Ă©quipements, elle lui est, paradoxalement infĂ©rieure en effectifs humains engagĂ©s voir tableau C, lâarmĂ©e ukrainienne ayant ici un trĂšs net avantage. Tableau C. Effectifs russes et ukrainiens en prĂ©sence dans le conflit fĂ©vrier-mai 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Les FAU sont, en outre, parfaitement organisĂ©es entre troupes rĂ©guliĂšres, forces territoriales et volontaires/rĂ©servistes, disposent au matin du 24 fĂ©vrier 2022 de forces mĂ©canisĂ©es puissantes et bien Ă©quipĂ©es, combattent sur leur sol, et se prĂ©parent depuis 2015 Ă un conflit avec un ennemi quâelle connaĂźt bien . Les axes de pĂ©nĂ©tration ont Ă©tĂ© identifiĂ©s, fortifiĂ©s, piĂ©gĂ©s sur certains tronçons mines anti-char, chaines dâIED, notamment face au Donbass. Le territoire ukrainien, immense, voir carte infra, entrecoupĂ© de riviĂšres, de plaines, de marais, couvert de forĂȘts, oĂč les routes sont rares et oĂč la puissance russe se dilue, ajoute encore aux difficultĂ©s. Reste que le nombre des effectifs nâa jamais fait la valeur dâune armĂ©e, notamment dans les conflits modernes. Carte de lâUkraine. Distances nord-sud et est-ouest du champ de bataille Fond de carte MAE. Calculs de C. Gloagen. La non intĂ©gration de la CrimĂ©e dans le calcul ne vaut pas validation de lâoccupation russe. Sur le terrain, les pertes dans le camp russe sont considĂ©rables . Câest indĂ©niable. DĂ©but juin 2022, lâarmĂ©e russe et ses alliĂ©s du Donbass auraient dĂ©jĂ perdu en une centaine de jours, selon le site internet Oryx , quelque 4207 Ă©quipements et vĂ©hicules divers, dont 747 chars de combat, et 1238 VCI/VBTT soit une vingtaine par jour pour ces derniers . PrĂšs dâun tiers de ces Ă©quipements 1363 a Ă©tĂ© capturĂ© et 316 abandonnĂ©s sans quâil soit toujours possible dâen expliquer les raisons pannes mĂ©caniques ou dâessence, dĂ©sertions, vĂ©hicules embourbĂ©s ?. Encore ne sont-ce lĂ que les pertes identifiĂ©es Ă partir de sources OSINT . Les dĂ©comptes publiĂ©s par le gouvernement ukrainien sont deux fois plus Ă©levĂ©s que les chiffres dâOryx, mais invĂ©rifiables. Il en va de mĂȘme pour les pertes en vies humaines qui sont, quoi quâil en soit, sĂ»rement elles aussi Ă©levĂ©es. Rappelons quâun BTR-80 ou un T-72 dĂ©truits, ce sont, respectivement, 10 et 3 hommes tuĂ©s. Les chiffres publiĂ©s chaque jour par les FAU sont certainement exagĂ©rĂ©s Russes tuĂ©s fin mai 2022 sous-entendrait en effet quelque blessĂ©s , soit tuĂ©s et blessĂ©s câest-Ă -dire plus ou moins lâĂ©quivalent de lâensemble du personnel des GTB dĂ©ployĂ©s sur le terrain ! Les sources occidentales sont plus mesurĂ©es qui Ă©voquent la mort de 12 Ă hommes dans le camp russe, soit une moyenne de hommes mis hors de combat tuĂ©s et blessĂ©s, sans compter les prisonniers. Chiffres dĂ©jĂ considĂ©rables, mais tout aussi invĂ©rifiables que les chiffres ukrainiens. Le narratif du conflit Ă©tant largement monopolisĂ© par une propagande ukrainienne prĂ©pondĂ©rante, il convient de rappeler que les pertes dans les rangs des FAU sont probablement du mĂȘme ordre de grandeur, notamment depuis le recentrage des opĂ©rations russes au Donbass, fin avril 2022 . On ne sâĂ©tendra pas ici sur les difficultĂ©s et les dysfonctionnements nombreux, certains caricaturaux, inexpliquĂ©s Ă ce stade, rencontrĂ©s par lâarmĂ©e russe dans ce conflit. La plupart trouvent probablement leur source dans une planification de lâintervention inadaptĂ©e Ă la puissance rĂ©elle des FAU, lâĂ©tendue du territoire Ă contrĂŽler, au grand nombre de villes, dans des dĂ©fauts de commandement aussi, comme le fait, par exemple, de nâavoir pas placĂ© initialement lâensemble du dispositif sous le commandement dâun seul officier gĂ©nĂ©ral prĂ©sent sur le terrain , ou un entrainement insuffisant et trop formatĂ© ; certains sont tout simplement grossis par la propagande ukrainienne et occidentale. Dâautres pourraient aussi ĂȘtre le rĂ©sultat de lâaction invisible de lâOTAN guerre Ă©lectronique, cyber, forces spĂ©ciales sur le terrain, etc.. ArrĂȘtons-nous toutefois sur les plus mĂ©diatisĂ©s ces derniers jours. Le groupement tactique bataillonnaire GTB/GTIA a Ă©tĂ© particuliĂšrement critiquĂ© au dĂ©but du conflit. Dâaucuns ont pointĂ© lâinsuffisance de ses effectifs de fantassins 2 Ă 300, sa difficultĂ© Ă lancer une offensive tout en protĂ©geant ses flancs et ses arriĂšres, la concentration insuffisante de son artillerie lors dâattaques venant de plusieurs directions, ses difficultĂ©s de coordination des multiples armes qui le composent et de recomplĂštement de sa puissance de combat sans ĂȘtre obligĂ© dâaspirer les moyens de sa brigade de rattachement, parfois localisĂ©e Ă plusieurs dizaines de kilomĂštres de sa position . Certains de ces GTB seraient Ă©galement issus de brigades mixtes », câest-Ă -dire composĂ©es Ă la fois dâappelĂ©s et dâengagĂ©s les GTB sont toutefois censĂ©s ĂȘtre formĂ©s entiĂšrement de personnel sous contrat, organisation qui complique, voire interdit, les relĂšves, mĂȘme si les appelĂ©s peuvent se voir contraints, comme hier en Syrie, de signer des contrats dâengagement . Le groupement tactique bataillonnaire russe Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Câest ce manque de combattants Ă pied au sein des GTB qui expliquerait la propension de lâarmĂ©e russe Ă mener des combats de siĂšge autour dâune place forte ou dâune ville plutĂŽt que de le/la prendre dâassaut, mais aussi Ă engager au moindre blocage les blindĂ©s, les VCI et lâartillerie, avec les destructions quâimpliquent la mise en Ćuvre de ces armes, notamment dans les zones urbaines vieille pratique soviĂ©tique, au demeurant. Ces tactiques seraient, enfin, largement inefficaces face Ă des FAU pratiquant un combat largement dĂ©centralisĂ©. La multiplication des armes dans le GTB Ă laquelle sâajoute dans certaines zones de combat la prĂ©sence de troupes supplĂ©tives au Donbass, par exemple transformerait Ă©galement la coordination du combat interarmes, voire interarmĂ©es si lâaviation intervient, en une tĂąche redoutable que ne maĂźtriseraient pas tous les colonels commandant du groupement tactique. Ces officiers, enfin, nâauraient pas la libertĂ© dâinitiative que peuvent avoir leurs homologues occidentaux. Ces critiques, si elles ont pu trouver une certaine justification au dĂ©but des opĂ©rations, Ă©tant donnĂ© la physionomie du dispositif initial, semblent aujourdâhui devoir ĂȘtre Ă©dulcorĂ©es, sauf exception. LâarmĂ©e russe a retrouvĂ© ses fondamentaux », si jâose dire, en se recentrant sur le Donbass lâartillerie des GTB a Ă©tĂ© renforcĂ©e, agissent de concert, nâavancent plus sans lâappui-feu massif de lâaviation et de lâartillerie, tandis que les chars ne se dĂ©placent plus seuls mais bien protĂ©gĂ©s par leurs unitĂ©s mĂ©canisĂ©es VCI et infanterie. Les blindĂ©s de protection de char en russe BMPT Terminator font leur apparition, tout comme⊠les T-62 antĂ©diluviens ! Face aux pertes humaines, la progression est lente, mais constante, couverte par les drones de reconnaissance qui Ă©claire lâappui-feu, tandis que sur les positions conquises au nord Kharkiv et au sud Kherson, oblast de Zaporizhiya, lâarmĂ©e russe sâenterre Ă son tour, plaçant les FAU dans la dangereuse posture dâattaquant. Dans cette deuxiĂšme phase du conflit, lâartillerie prend une place prĂ©pondĂ©rante et place lâarmĂ©e russe en situation de supĂ©rioritĂ© indĂ©niable. La faiblesse, voire lâabsence, dâappui-feu aĂ©rien a Ă©galement Ă©tonnĂ© de nombreux observateurs, mĂȘme si cette faiblesse Ă©tait en partie compensĂ©e par le nombre Ă©levĂ© de VCI au sein des brigades. Elle sâexpliquerait non seulement par une mauvaise mĂ©tĂ©o hivernale, une dĂ©fense aĂ©rienne ukrainienne encore en partie opĂ©rationnelle SEAD dĂ©faillant, par le grand nombre de MANPADS en dotation dans des FAU trĂšs diluĂ©es sur le terrain, mais aussi par des difficultĂ©s de coordination entre les forces terrestres et aĂ©riennes C2I dĂ©faillant ?, de gestion des opĂ©rations aĂ©riennes complexes et, en gĂ©nĂ©ral, de lâensemble du champ de bataille mauvaise formation, mauvais matĂ©riel, manque de capacitĂ©s/terminaux satellites ?. Ajoutons Ă ce tableau le manque dâappareils vĂ©ritablement multirĂŽles, facteur qui sâil limite le nombre dâappareils disponibles pour lâappui-feu, nâa, Ă vrai dire, aujourdâhui plus guĂšre dâimportance dans la mesure oĂč aprĂšs trois mois de conflit la dĂ©fense anti-aĂ©rienne sauf par MANPADS et lâaviation ukrainiennes ont pratiquement disparu. Du cĂŽtĂ© des armes air-sol ou sol-sol de prĂ©cision, et mĂȘme des drones , une certaine pĂ©nurie semble sâinstaller, alors mĂȘme que ce type dâarmes trĂšs coĂ»teux est difficilement remplaçable sur le court terme. Si en un mois de conflit, lâarmĂ©e russe a tirĂ© plus de 2000 missiles sol-sol, air-sol et mer-sol SS-26 Iskander par lâarmĂ©e de Terre, Kh-55, Kh-31A et kh-101 par lâALRA ou les chasseurs, quelques Kalibr, peut-ĂȘtre, par les navires de mer Noire, il sâagit lĂ , probablement, dâun rythme difficilement soutenable. Le recours aux obus de lâartillerie, aux roquettes des LRM et aux bombes lisses de lâaviation devient la rĂšgle. La dĂ©fense aĂ©rienne russe mobile, celle qui se trouve au contact des unitĂ©s de mĂȘlĂ©e Pantsir, Tor, Strela-10 de la PVO/SV et des VKS, etc., comme celle Ă©quipĂ©e de systĂšmes plus lourds de type S-300 et S-400, sâest Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ©e peu performante comme le montrent le tir, fin fĂ©vrier 2022, de vieux Tochka-U contre les bases aĂ©riennes de Millerovo et de Taganrog oblast de Rostov, la destruction dâun LST de type Alligator dans le port de Berdiansk mi-mars 2022 et le raid de deux hĂ©licoptĂšres Mi-24 contre des dĂ©pĂŽts de carburant prĂšs de Belgorod. Le Pentagone affirmait pourtant le 10 mars que 90% des systĂšmes de dĂ©fense aĂ©rienne dĂ©ployĂ©s autour de lâUkraine ou sur son territoire Ă©tait opĂ©rationnel. En avril et en mai 2022, plusieurs bombardements dâentrepĂŽts de carburant et de munitions, notamment, dans les oblasts de Koursk et de Belgorod, ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s, tandis que des incendies suspects dĂ©truisaient des sites militaires et civils Ă Moscou Tsagi, institut aĂ©rospatial, Ă Perm fabrique de poudre, Ă Tver RKK Energiya, Kineshma usine chimique et quâun pont ferroviaire Ă©tait sabotĂ© prĂšs de Koursk. Tout aussi Ă©tonnant la libertĂ© laissĂ©e aux drones turcs AB-2 dâopĂ©rer au-dessus de colonnes russes pourtant censĂ©ment protĂ©gĂ©es par de multiples systĂšmes de guerre Ă©lectronique et de dĂ©fense aĂ©rienne. La piĂštre qualitĂ© des transmissions a Ă©galement fait lâobjet de nombreuses rumeurs. Si certaines sont fondĂ©es, nombre relĂšvent de la dĂ©sinformation ou dâune mauvaise connaissance du rĂŽle des transmissions dans une zone de combat. A chaque unitĂ© russe Ă partir de niveau brigade est rattachĂ© un bataillon de transmissions, tandis quâĂ lâĂ©chelon infĂ©rieur chaque bataillon/divizion dispose Ă©galement de sa propre section de transmissions qui lui permet de communiquer par moyens chiffrĂ©s avec lâĂ©tat-major de brigade. Au niveau brigade et au-dessus la redondance des systĂšmes de transmissions est la rĂšgle par satellite, en bandes HF, V/UHF. Le morse continue Ă©galement Ă ĂȘtre utilisĂ©, les Russes, comme les AmĂ©ricains et Ă la diffĂ©rence ces Français, ne lâayant jamais abandonnĂ© . Au niveau des compagnies et des sections de combat, il nâest effectivement pas impossible que des moyens radios non-chiffrĂ©s et fonctionnant encore en mode analogique soient utilisĂ©s, notamment pour permettre aux forces rĂ©guliĂšres de communiquer avec les unitĂ©s de supplĂ©tifs du Donbass, par exemple. Il sâagirait lĂ dâune mesure pratique matĂ©riel peu onĂ©reux et dâun choix tactique raisonnĂ©, lâinformation Ă©changĂ©e nâayant quâune valeur fugace Ă condition que les opĂ©rateurs soient disciplinĂ©s !, mais peut-ĂȘtre aussi une mesure de sĂ»retĂ©. Les petites unitĂ©s se trouvant au contact de lâennemi, il ne faut en effet pas risquer que du matĂ©riel de cryptographie puisse ĂȘtre saisi. Ce type de matĂ©riel, utilisant des liaisons numĂ©riques, serait ainsi prĂ©fĂ©rentiellement rĂ©servĂ© aux rĂ©seaux dâĂ©tats-majors sur lâarriĂšre Ă partir du niveau brigade/rĂ©giment. Dâautre part, Ă©tant donnĂ© le grand nombre dâunitĂ©s engagĂ©es sur le terrain, il est impossible dâĂ©couter et de goniomĂ©trer tous les rĂ©seaux en temps rĂ©el. Que certaines communications russes aient Ă©tĂ© enregistrĂ©es par les FAU et lâOTAN relĂšve du truisme, dâautant plus que des systĂšmes de transmission russes ont pu ĂȘtre saisis sur le terrain, voire dĂ©jĂ en possession des FAU depuis les combats de 2014-2015. En gĂ©nĂ©ral, les armĂ©es russes utilisent Ă©galement beaucoup de rĂ©seaux V/UHF non cryptĂ©s comme dâautres armĂ©es. ChiffrĂ©e ou pas, une transmission V/UHF ou HF dĂ©tectĂ©e par la GE adverse peut quoi quâil en soit faire lâobjet dâun tir de neutralisation/destruction de lâĂ©metteur, ou de brouillage. Il est aussi probable que les unitĂ©s russes utilisent sur le terrain notamment au Donbass et prĂšs des frontiĂšres biĂ©lorusses et russes des tĂ©lĂ©phones portables dans la mesure oĂč les stations de base de tĂ©lĂ©phonie mobile antennes sont susceptibles dâĂȘtre encore intactes , notamment celles situĂ©es dans les zones contrĂŽlĂ©es et sĂ©curisĂ©es par les forces russes. Au demeurant, les Russes pourraient disposer de bulles 3G/4G militaires, identiques par exemple Ă celles utilisĂ©es par nos militaires . Technologiquement, la 4G russe et la 4G ukrainienne sont identiques Ă la 4G europĂ©enne, en termes de fonctionnement du rĂ©seau. En revanche, les bandes de frĂ©quences peuvent ĂȘtre particuliĂšres et adaptĂ©es. Ecouter ces rĂ©seaux 3G/4G est difficile, mĂȘme si on peut cibler un rĂ©seau particulier. Si les Russes ont a priori les capacitĂ©s techniques de numĂ©riser le champ de bataille, du moins si lâon en croit les Ă©quipements prĂ©sentĂ©s dans les salons dâarmement, et de chiffrer leurs transmissions dans une zone de combat, y compris en deçà du niveau brigade/rĂ©giment cf. les systĂšmes Ratnik du combattant, radio chiffrĂ©e tactique de 6Ăšme gĂ©nĂ©ration Azart-P1, systĂšme satellitaire tactique VSAT Auriga par exemple, on peut se demander si cette numĂ©risation du champ de bataille fait sens dans une zone de combat, notamment urbaine, et si elle est recherchĂ©e. Ce que souhaite le chef dâun groupe de combat en plein centre de Marioupol câest avant tout un moyen rapide et prĂ©cis de donner des ordres. Quant Ă savoir si les capacitĂ©s en transmission satellitaire mises Ă disposition des brigades sont suffisantes sur un champ de bataille aurait Ă©tendu et dense que celui de lâUkraine, il faudrait une Ă©tude poussĂ©e qui mettrait en regard des besoins opĂ©rationnels, dĂ©bits, bandes passantes et de frĂ©quence Ku et C principalement. Notons toutefois, que sur le papier, la Russie dispose dâune quarantaine de satellites de communication, mais dont les deux-tiers auraient dĂ©passĂ© leur durĂ©e de vie opĂ©rationnelle et pouvant se trouver en orbite loin des combats. Enfin, le fait dâavoir entendu des bombardiers stratĂ©giques russes sur la frĂ©quence 5620 KHz analogique, comme sâen est Ă©tonnĂ©e la presse Ă la suite de certains radioamateurs, nâest pas rĂ©vĂ©latrice de dĂ©ficiences, la bande de frĂ©quence 5480-5680 KHz Ă©tant attribuĂ©e au Service Mobile aĂ©ronautique en Route par lâUIT-R. Les bombardiers russes peuvent donc parfaitement utiliser cette frĂ©quence au mĂȘme titre quâelle peut ĂȘtre utilisĂ©e par les armĂ©es françaises lorsque leurs avions transitent dans des zones sous contrĂŽle aĂ©rien international. Bouc Ă©missaire rĂ©gulier de toute critique de lâarmĂ©e russe en bonne et due forme, le manque supposĂ© de sous-officiers dans lâarmĂ©e russe a, une nouvelle fois, Ă©tĂ© pointĂ© du doigt pour expliquer certaines lacunes dans lâencadrement des soldats. Cette critique nâest pas tout Ă fait juste. Depuis 2010, lâaccent a Ă©tĂ© mis sur le remplacement des sous-officiers appelĂ©s par des sous-officiers sous contrat. Ceux-ci Praportchiki, starchini, mitchmani, serjenti dĂ©clinĂ©s en plusieurs grades sont aujourdâhui nombreux dans lâarmĂ©e russe voir tableau supra oĂč ils occupent une centaine de fonctions . Il est vrai, cependant, quâils seraient surtout employĂ©s Ă la mise en Ćuvre des Ă©quipements complexes artillerie, LRM, GE, TRANS, etc., et dans des mĂ©tiers techniques Ă©lectricien, mĂ©canicien, etc.. Par tradition, Ă tort ou Ă raison, les Russes privilĂ©gient lâencadrement des petites unitĂ©s Ă partir du niveau section par de jeunes lieutenants et non par des sous-officiers supĂ©rieurs, mĂȘme si, en thĂ©orie, un praportchik sous-officier supĂ©rieur peut occuper des fonctions de chef de section. Notons que cette pratique existe ou existait Ă©galement dans certains pays scandinaves, en SuĂšde par exemple, jusquâĂ une date rĂ©cente. Comme sous lâURSS, les appelĂ©s les plus mĂ©ritants peuvent toujours obtenir le grade de serjent. Le facteur humain moral, entraĂźnement, cohĂ©sion, esprit de corps, commandement joue, naturellement, un rĂŽle primordial dans toute guerre, notamment celle-ci qui voit lâaffrontement de deux peuples ethniquement trĂšs proches mettant en Ćuvre tout le spectre des armements modernes. Nombreuses sont les rumeurs faisant Ă©tat de soldats, voire dâunitĂ©s entiĂšres, qui auraient refusĂ© de combattre ou auraient dĂ©missionnĂ© avant lâintervention, ou, comme en RPL/RPD tentant dâĂ©chapper Ă la mobilisation. Si certains cas sont dĂ»ment rĂ©pertoriĂ©s , il est toutefois trop tĂŽt pour Ă©valuer lâampleur de ces phĂ©nomĂšnes particuliĂšrement mis en exergue sur les rĂ©seaux sociaux occidentaux et ukrainiens, et juger sâils sont de nature Ă mettre en danger les opĂ©rations. On pense, ici en premier lieu, aux jeunes appelĂ©s de la classe de printemps forcĂ©s dâincorporer lâarmĂ©e en plein conflit. Autre lacune la logistique. Elle est notoirement sous-dimensionnĂ©e pour faire face aux besoins dâune armĂ©e qui place au cĆur de ses doctrines dâemploi des forces ses unitĂ©s mĂ©canisĂ©es et son artillerie. Câest lĂ un fait souvent soulignĂ© dans le passĂ© par les observateurs, y compris pendant les exercices. Au dĂ©but des opĂ©rations, en fĂ©vrier et mars 2022, du moins dans le nord du pays rĂ©gions de Kiev, Kharkov, Soumy, etc., les convois logistiques, mais aussi les liaisons et les MEDEVAC, ont dĂ» faire face Ă lâarrivĂ©e prĂ©coce de la raspoutitsa de printemps, pĂ©riode qui a Ă©tĂ© suivie, mi-mars, par de forts gels. Il semble Ă©galement que les FAU aient intentionnellement inondĂ© certaines zones au nord de Kyiv pour gĂȘner lâavance des unitĂ©s russes. Celles-ci ont, en consĂ©quence, dĂ» rester sur les routes oĂč elles devenaient vulnĂ©rables aux embuscades, aux mines et aux drones, notamment sur les arriĂšres des unitĂ©s les plus en pointe. Le fait de rouler sur les routes permettrait Ă©galement dâĂ©conomiser du carburant, dâaller plus loin . Rappelons combien la logistique notamment le renouvellement des stocks de munitions dâune armĂ©e russe Ă©quipĂ©e de plusieurs centaines dâarmes et vĂ©hicules de diffĂ©rents modĂšles non standardisĂ©s relĂšve de la prouesse. Pour pallier les difficultĂ©s le long des routes, certains tronçons ferroviaires auraient Ă©tĂ© remis en Ă©tat, notamment au Donbass. En BiĂ©lorussie, enfin, sur les arriĂšres des 41Ăšme, 35Ăšme, 36Ăšme AIA et 2Ăšme CA, des sabotages de voies ferrĂ©es et dâimportants vols de carburant ont Ă©tĂ© signalĂ©s avant dâĂȘtre rĂ©primĂ©s par Minsk . Quoi quâil en soit, les principales difficultĂ©s rencontrĂ©es par les forces russes relĂšvent, M. de La Palice ne dirait pas mieux, des tactiques utilisĂ©es par les FAU. Celles-ci se sont, certes, remarquablement prĂ©parĂ©es au conflit, connaissent les tactiques et les points faibles de leur adversaire, disposent sur le terrain de multiples capteurs civils, mais aussi ce facteur ne sera sans doute pas cernĂ© dans son entiĂšretĂ© avant plusieurs mois, voire annĂ©es bĂ©nĂ©ficient dâune aide occidentale non seulement importante en matiĂšre de fourniture dâarmement sophistiquĂ© , mais encore fondamentale dans le domaine du renseignement et de la guerre Ă©lectronique cartographie satellitaire, COMINT/ELINT, cyber, implantations/dĂ©placements des unitĂ©s ennemies, goniomĂ©trie sur certains rĂ©seaux de communication, dĂ©chiffrement de certaines transmissions, etc.. La fourniture aux FAU de ces renseignements en temps quasi rĂ©el, comme lâa reconnu Washington, leur permet de desserrer leurs unitĂ©s lors dâune frappe de missiles ou une attaque aĂ©rienne, par exemple, mais encore de cibler prĂ©cisĂ©ment les objectifs russes importants comme les trĂšs vulnĂ©rables convois de camions, les nĆuds logistiques, les systĂšmes de GE ou les Ă©tats-majors. Lâexcellente prĂ©paration des unitĂ©s ukrainiennes transparait dans les types de matĂ©riels russes dĂ©truits on note ainsi des T-80U et T-90, des BMD-4M et BTR-82A, des vĂ©hicules lĂ©gers Tigr/Rys et des camions blindĂ©s Tayfun-K, par exemple, qui sont des Ă©quipements mis en Ćuvre par des unitĂ©s dâĂ©lite VDV, Troupes de marine, spetsnaz, etc. ou certaines unitĂ©s professionnelles de lâarmĂ©e de Terre comme des brigades mĂ©canisĂ©es ou blindĂ©es dites de la garde ». A contrario, une partie des Ă©quipements russes dĂ©truits, comme les vieux T-64, les premiers modĂšles de T-72, les MT-LB et autres BMP-1, etc., seraient plutĂŽt le signe de combats contre les supplĂ©tifs du Donbass parfois appuyĂ©s par des volontaires venant de CrimĂ©e, de CEI, cosaques , etc.. LâarmĂ©e russe peut-elle continuer le combat ? La rĂ©ponse Ă cette question relĂšve, naturellement, plus de la cartomancie que de lâanalyse mathĂ©matique fine dans la mesure oĂč lâĂ©tat opĂ©rationnel des deux armĂ©es aprĂšs cent jours de combat nâest pas connu en sources ouvertes. Certains Ă©lĂ©ments peuvent, toutefois, ĂȘtre avancĂ©s. Notons premiĂšrement ce biais mĂ©diatique, alimentĂ© par la propagande ukrainienne, qui consiste Ă attribuer lâensemble des pertes aux seules forces armĂ©es rĂ©guliĂšres russes. Câest oublier, quâau Donbass tout au moins, comme hier en Syrie, lâarmĂ©e russe avance quand elle le peut derriĂšre ses forces supplĂ©tives. Les principales pertes russes, proprement dites, ont a priori eu lieu entre fin fĂ©vrier et fin mars 2022 dans les combats autour de Kiev et Kharkiv et dans le sud entre Kherson et Marioupol. Au Donbass, ce sont les deux corps dâarmĂ©es RPD rĂ©publique populaire du Donetsk » et RPL rĂ©publique populaire de Lougansk » qui auraient subi et continueraient de subir le gros de pertes. En rĂ©sumĂ©, et en prenant avec toutes les prĂ©cautions dâusage les sources disponibles voir tableau infra, on peut estimer que les pertes des forces rĂ©guliĂšres russes forces terrestres » au sens large, Garde nationale, ministĂšre de lâIntĂ©rieur ne reprĂ©sentaient, fin mai 2022, quâun peu plus de 50% des hommes possiblement mis hors combat dans le camp russe voir supra, le reste des pertes relevant des forces supplĂ©tives, notamment de celles de RPD, trĂšs disproportionnĂ©es par rapport Ă celles de la RPL, ce qui nâest guĂšre Ă©tonnant dans la mesure oĂč lâoffensive russe se concentre dĂ©but juin 2022 dans lâoblast de Donetsk. Le 2 juin, le site russe iStories avançait le chiffre de 3160 Russes tuĂ©s Ă partir des seuls avis de dĂ©cĂšs des autoritĂ©s et des familles, tout en affirmant que le conflit ukrainien Ă©tait la cause dâune augmentation de 19,5% du taux de mortalitĂ© des jeunes hommes dans la tranche dâĂąge des 18-35 ans, tranche dâĂąge qui regrouperait Ă©galement 80% des tuĂ©s. LâĂąge moyen du soldat tuĂ© Ă©tant de 28 ans, on peut en dĂ©duire que ce sont surtout les soldats professionnels ainsi que les supplĂ©tifs du Donbass qui perdent la vie dans ce conflit, et non pas le personnel appelĂ©, beaucoup plus jeune. 20% des pertes concernerait, en consĂ©quence, du personnel au-dessus de 35 ans, câest-Ă -dire probablement des officiers. Ce chiffre vient corroborer certaines dĂ©clarations, notamment britanniques, faisant Ă©tat dâune surmortalitĂ© chez les jeunes officiers commandants de compagnie et de bataillon. Rappelons que le chiffre des pertes au combat relĂšvent, en Russie, de la loi sur le secret dâEtat du 8 mars 2015. Tableau D. DerniĂšres estimations des pertes dans le camp russe, hors chiffres ukrainiens, dĂ©but juin 2022 Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Les pertes de lâarmĂ©e russe en hommes et en matĂ©riels pourraient, en consĂ©quence, ne pas ĂȘtre aussi Ă©levĂ©es quâon le dit et les brigades opĂ©rationnelles en nombre encore suffisants pour permettre les rotations des GTB et leur recomplĂštement en hommes et en matĂ©riels voir infra, du moins pour maintenir le rythme des opĂ©rations en cours ou Ă venir au Donbass. VĂ©rifions. La force opĂ©rationnelle terrestre FOT russe Ă©tait officiellement composĂ©e en aoĂ»t 2021 de 168 GTB voir tableau C, dont 75%, aurait Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© en Ukraine, soit 125. En thĂ©orie, donc, 43 GTB seraient encore disponibles dans les rĂ©gions militaires. Il est toutefois possible, dans un contexte de difficultĂ©s de recrutement, que ce chiffre de 168 nâait jamais Ă©tĂ© atteint, malgrĂ© les dires du ministre de la DĂ©fense. Si lâon additionne le nombre de divisions et de brigades/rĂ©giments des unitĂ©s de fusiliers motorisĂ©s, parachutistes, spĂ©ciales et de lâinfanterie de marine voir tableau E on trouve en effet, sauf erreur, moins de 160 bataillons tactiques, et encore en considĂ©rant que chaque brigade ou rĂ©giment soit ĂȘtre capable dâen constituer deux Ă partir de ses unitĂ©s organiques et de ses trois bataillons, ce qui, lĂ aussi, est douteux . Il nâest pas non plus interdit de penser que, comme dans le passĂ©, nombre dâunitĂ©s nâĂ©tait pas, au matin du 24 fĂ©vrier 2022, au plein de leurs effectifs . Sur le terrain, ces GTB russes sont renforcĂ©s par une quinzaine de GTB issus des deux corps dâarmĂ©e de RPL/RPD et la poignĂ©e formĂ©e par la Garde nationale. A ceux-lĂ , sâajoutent sans doute quelques autres 5, 10 ? mis en place Ă partir dâunitĂ©s de volontaires Wagner et consorts, le tout Ă©tant renforcĂ© par les unitĂ©s de soutien » des rĂ©gions militaires et les brigades spĂ©cialisĂ©es, notamment blindĂ©e, dâartillerie, de transmission, de guerre Ă©lectronique, etc. Notons que le terme de milice » parfois utilisĂ© dans la presse pour qualifier ces forces supplĂ©tives du Donbass cache, en rĂ©alitĂ©, des unitĂ©s vĂ©ritablement professionnelles, structurĂ©es Ă lâimage de lâarmĂ©e russe, dotĂ©es dâarmes modernes prĂ©levĂ©es sur les stocks russes et commandĂ©es par des officiers expĂ©rimentĂ©s, certains portant lâuniforme russe, notamment les gĂ©nĂ©raux. En rĂ©sumĂ©, lâensemble des GTB russes et supplĂ©tifs disponibles pour le conflit doit donc se situer dans une fourchette de 180 Ă 185 unitĂ©s, guĂšre plus. Sur ce total, quelque 110 95 russes et 15 supplĂ©tifs combattraient dĂ©but juin 2022 au Donbass ou seraient assignĂ©s Ă la dĂ©fense des zones de Kharkiv, Kherson-Zaporizhiya. Il faut, ou faudrait, bien entendu, soustraire au chiffre de ces GTB disponibles ceux qui ont Ă©tĂ© perdus ou en partie dĂ©truits, dĂ©terminer sâils appartiennent Ă lâarmĂ©e russe ou aux forces supplĂ©tives, avant de rĂ©injecter dans le total ainsi obtenu les GTB reformĂ©s Ă partir des Ă©lĂ©ments disparates intacts des brigades. Câest lĂ une opĂ©ration impossible Ă rĂ©aliser en source ouverte, alors que les combats font rage et que la propagande dĂ©forme largement les rĂ©alitĂ©s de terrain. On se contentera dâun ordre de grandeur fin mars 2022, lâĂ©tat-major ukrainien et le Pentagone estimaient quâentre 16 et 20 avaient Ă©tĂ© dĂ©truits et 34 retirĂ©s des zones de combat pour recomplĂštement en hommes et en Ă©quipements. Depuis, en avril et en mai 2022, une vingtaine dâautres auraient Ă leur tour Ă©tĂ© retirĂ©s du champ de bataille dont 10 pour le seul mois de mai. On peut donc estimer quâune cinquantaine de GTB a Ă©tĂ© mise hors combat, entiĂšrement ou partiellement, estimation toute personnelle, depuis le 24 fĂ©vrier. La suite du conflit pourrait donc sâappuyer sur les quelque 130 GTB 180/185-50 encore opĂ©rationnels, mais dont 110, on lâa vu, sont dĂ©jĂ impliquĂ©s dans les combats. Câest lĂ , sur le papier tout au moins, une force encore considĂ©rable, constituĂ©e uniquement, en thĂ©orie, de 100 Ă soldats professionnels mais dont un tiers seulement de combattants Ă pied, et qui peut bĂ©nĂ©ficier pour son rééquipement des milliers de blindĂ©s et piĂšces dâartillerie stockĂ©s dans les bases de matĂ©riel. Encore faut-il nuancer. Les images des combats, on lâa vu, laissent entendre que les unitĂ©s professionnelles 1Ăšre ABg, VDV, spetsnaz, troupes de marine, en pointe dans le dispositif de fin fĂ©vrier 2022, seraient celles qui, en proportion, auraient le plus subi de pertes. RĂ©organiser ces unitĂ©s dâĂ©lite, indispensables Ă la manĆuvre, va prendre du temps, mĂȘme dans certains cas se rĂ©vĂ©ler impossible avant plusieurs mois, voire annĂ©es formation des officiers notamment. Autre facteur Ă prendre en compte, et impossible Ă quantifier, celui de lâĂ©tat psychologique des hommes Ă©puisĂ©s par les combats et les exercices de dĂ©cembre 2021 et fĂ©vrier 2022 voir tableau G infra. Le nombre dâofficiers tuĂ©s pose aussi question une brigade, un GTB, une compagnie ou une section de combat peut trĂšs bien avoir conservĂ© une partie de ses effectifs et de son Ă©quipement, mais comment continuer le combat sâil ou elle a perdu son Ă©tat-major, un quart, un tiers de ses officiers ? Il en va de mĂȘme, naturellement, dans le camp ukrainien. Tableau E. DĂ©compte estimatif des "forces terrestres" russes Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Avec seulement une vingtaine de GTB encore disponibles pour assurer les relĂšves et les recomplĂštements, lâarmĂ©e russe et ses alliĂ©s ne devrait guĂšre dans les prochains mois pouvoir aller au-delĂ du Donbass, sauf Ă voir les unitĂ©s des FAU sâeffondrer sur les lignes de contact, dans le Sud et dans la rĂ©gion de Kharkiv, ce qui serait une surprise. Si les combats actuels au Donbass Ă©taient de nature stratĂ©gique, si de leur issue dĂ©pendait le sort de lâUkraine tout entiĂšre ou mĂȘme de la seule partie est du pays, la question ne se poserait pas. Or, dĂ©but 2022, une centaine de GTB peine depuis plusieurs semaines Ă prendre les quelques centaines de kiomĂštres carrĂ©s constituĂ©e par le triangle Izium-Lisitchansk-Gorlivka et semble mĂȘme reculer du cĂŽtĂ© de Kherson. AprĂšs la prise des deux oblasts de Lougansk et de Donetsk une pause opĂ©rationnelle de plusieurs mois devrait en consĂ©quence ĂȘtre recherchĂ©e, ne serait-ce que pour refaire les stocks de munitions, reposer les hommes, dresser un bilan des opĂ©rations et recomplĂšter les unitĂ©s. Le temps, toutefois, joue pour les Ukrainiens qui disposent encore de centaines de milliers dâhommes et continuent pour lâinstant dâĂȘtre alimentĂ©s en armes et munitions par les pays occidentaux. Si les Russes parvenaient Ă se maintenir sur leurs positions, la tournure du conflit prendrait, certes, une physionomie nouvelle dâattaquĂ©s, les FAU deviendraient attaquants, posture coĂ»teuse en hommes et en matĂ©riel, mais qui nâarrĂȘterait pour autant pas le conflit. En position dâĂ©quilibre face Ă Moscou, bien soutenu par ses alliĂ©s, Kiyv nâa aujourdâhui pas intĂ©rĂȘt Ă nĂ©gocier, au risque de retomber dans les travers diplomatiques et territoriaux des dĂ©sastreux accords de Minsk ». Le prĂ©sident Zelensky vient dâailleurs de le rappeler. Au vrai, Ă la lumiĂšre des combats passĂ©s et en cours en juin 2022 dans la rĂ©gion de Severodonetsk, la question qui semble devoir se profiler pour lâarmĂ©e russe dans les semaines qui viennent nâest pas tant de savoir comment elle pourrait gagner du terrain que de savoir comment elle pourra conserver le terrain conquis. Quelles ressources humaines nouvelles la Russie pourrait-elle mobiliser pour rĂ©soudre cette question ? Comment aller au-delĂ du Donbass ? Sur les personnels qui composent les forces terrestres russes », au sens large, les effectifs affectĂ©s aux unitĂ©s opĂ©rationnelles ont probablement dĂ©jĂ tous Ă©tĂ© engagĂ©s au combat ou participent aux relĂšves sur le terrain. Il sâagit des hommes qui relĂšvent directement des 11 armĂ©es interarmes AIA, des 3 corps dâarmĂ©e et de la 1Ăšre armĂ©e blindĂ©e de la Garde qui composent le cĆur mĂȘme des rĂ©gions militaires, de ceux rattachĂ©s aux 54 brigades/rĂ©giments et 5 bataillons relevant du commandement des rĂ©gions militaires gĂ©nie, artillerie, blindĂ©s, logistique/train, GE, NRBC, etc.. A ces effectifs, on ajoutera les unitĂ©s VDV, spĂ©ciales et de lâinfanterie de marine qui disposent elles aussi de leurs soutiens propres. Parmi ces personnels, quelque 150 Ă ne peuvent toutefois pas, pour diverses raisons, ĂȘtre affectĂ©s dans les zones de combat et donc servir au sein des GTB. Parmi ceux-lĂ , on trouve le personnel des bases, des Ă©coles, des divers Ă©tats-majors et commandements, des services santĂ©, ressources humaines, MCO, orchestresâŠ, les malades et blessĂ©s, etc. 90 Ă environ sont des appelĂ©s du contingent , 27 Ă des femmes , 15 Ă dĂ©pendent des Ă©tats-majors de lâarmĂ©e de Terre et des rĂ©gions militaires, de lâEMG et du MINDEF en majoritĂ© des officiers, tandis que sont des Ă©lĂšves en formation dans les acadĂ©mies et Ă©coles. Ajoutons Ă cette liste, les milliers dâofficiers et de serjenti/praportchiki dĂ©tachĂ©s dans les centres dâinstruction et les Ă©coles dâarmes VDV, arme blindĂ©e, troupes de marine, fusiliers motorisĂ©s, GE, artillerie, centres de formation divers, etc.. Si les GTB devraient pouvoir se recomplĂšter en Ă©quipements , mĂȘme anciens, ce ne sera pas le cas en matiĂšre de soldats aptes Ă combattre dans les unitĂ©s de mĂȘlĂ©e, sauf Ă mobiliser les rĂ©serves, Ă autoriser les appelĂ©s du contingent Ă servir dans les groupements tactiques il faudrait modifier la loi ou dĂ©clarer la guerre ou Ă vider les Ă©coles et les grands Ă©tats-majors de leurs cadres et Ă©lĂšves, ce qui, au demeurant, a sans doute dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait en partie. Quelques milliers dâhommes peuvent, donc, sans doute ĂȘtre ici trouvĂ©s au prix de la fermeture de bases, dâĂ©coles et de quelques Ă©tats-majors mineurs. Toutefois, mĂȘme en temps de guerre, et peut-ĂȘtre surtout en temps de guerre, lâinstruction des recrues doit pouvoir continuer. Autre artifice possible autoriser le personnel civil des armĂ©es, quelque personnes, Ă servir dans les unitĂ©s de soutien oĂč ils remplaceraient les militaires. LâEMG russe fait face ici Ă un dilemme comment affecter au théùtre ukrainien lâensemble des forces disponibles sur lâimmense territoire de la FĂ©dĂ©ration de Russie sans risquer de dĂ©stabiliser lâempire », de dangereusement dĂ©garnir les frontiĂšres ? Lâempire », lâespace post-soviĂ©tique sous influence russe, nâest pas lâUnion europĂ©enne qui se maintient debout par la seule force de ses institutions câest un vaste ensemble instable traversĂ©, du Caucase nord TchĂ©tchĂ©nie, Ingouchie, etc. et sud OssĂ©tie du Sud, Abkhazie, Karabakh Ă lâAsie centrale en passant par la BiĂ©lorussie, la zone Pacifique, lâArctique, et le territoire russe lui-mĂȘme, par des lignes de force politiques, religieuses, ethniques, linguistiques, des intĂ©rĂȘts Ă©trangers chinois, turcs, iraniens, talibans, japonais, gĂ©orgiens, europĂ©ens, etc. contraires aux intĂ©rĂȘts de Moscou. Cet ensemble ne tient que par la coercition, la corruption et lâinterventionnisme russe, comme jadis lâURSS. Il en va de mĂȘme en Syrie, oĂč un retrait trop consĂ©quent des forces russes sur place pourrait relancer le conflit et menacer les bases de Tartous et de Hmeimim. Les bases militaires russes Ă lâĂ©tranger voir tableau F, si elles constituent un vivier de choix en personnel opĂ©rationnel, ne pourront ainsi ĂȘtre entiĂšrement ponctionnĂ©es de leurs armes et personnels. Ces bases, subordonnĂ©es aux rĂ©gions militaires, peuvent en revanche servir au recrutement et Ă lâencadrement dâĂ©ventuels volontaires locaux. Les autoritĂ©s ukrainiennes ont ainsi fait Ă©tat, en mars 2022, de la mort de soldats affectĂ©s aux bases dâOssĂ©tie du Sud et dâAbkhazie. La premiĂšre aurait formĂ© trois GTB avec lâappui de volontaires sud-ossĂštes et la seconde un ou deux GTB. Tableau F. Liste des bases russes Ă lâĂ©tranger Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour LâenrĂŽlement de volontaires Ă©trangers semble avoir toutefois fait long-feu. Si V. Poutine, lui-mĂȘme, a pu Ă©voquer en mars 2022 le recrutement de milliers » de combattants syriens, la plupart des volontaires, peu nombreux en rĂ©alitĂ©, viennent principalement de Russie et de quelques autres pays de la CEI. Au Donbass, les milices populaires » ont en revanche rĂ©ussi Ă mettre sur pied, on lâa vu plus haut, lâĂ©quivalent de deux corps dâarmĂ©es 1er et 2Ăšme CA, soit une quinzaine de GTB, dont lâefficacitĂ© au combat semble des plus mĂ©diocres, mais aurait permis dâuser les dĂ©fenses ukraniennes dans certains secteurs. Les volontaires de Transnistrie mĂȘme ordre de grandeur, sur le papier, quâen RPL/RPD nâont pour lâinstant pas Ă©tĂ© engagĂ©s dans les combats mais, selon les autoritĂ©s dâOdessa, une tentative de mobilisation aurait rĂ©cemment avortĂ© dans cette petite rĂ©gion sĂ©paratiste. Quelques centaines pourraient toutefois, selon la presse ukrainienne, combattre au Donbass. La prĂ©sence du dĂ©sormais fameux groupe Wagner a Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©e, tout dâabord prĂšs de Kiev, au dĂ©but des opĂ©rations, puis au Donbass. La plupart de ses hommes sont dâanciens militaires, soutenus et encadrĂ©s par le GRU . Enfin, des tentatives dâenrolement forcĂ© des hommes dans les rĂ©gions ukrainiennes passĂ©es sous contrĂŽle font Ă©galement lâobjet, ces derniers jours, de rumeurs Marioupol et Kherson, notamment. Dâautres rumeurs, difficilement vĂ©rifiables, font aussi Ă©tat du recrutement, contre remise de peine, de prisonniers de droit commun . Quoi quâil en soit, former des unitĂ©s capables de combattre en Ukraine Ă partir de ces multiples volontaires issus des prisons, de la CEI , des bas-fonds des grandes villes russes ou des milliers de sociĂ©tĂ©s de sĂ©curitĂ© privĂ©es que compte la Russie, prend du temps. Il faut les encadrer, les entrainer, les Ă©quiper avant de les insĂ©rer dans le dispositif opĂ©rationnel existant. Ce processus est en cours, mais est forcĂ©ment lent. Autre solution pour Ă©toffer les effectifs mobiliser les derniĂšres classes. Pour lâinstant, cette solution semble exclue pour des raisons tant politiques lâintervention russe est officiellement dâune opĂ©ration spĂ©ciale » et non une guerre » que pratiques . Une mobilisation gĂ©nĂ©rale, qui ferait entrer la guerre dans chaque foyer et toucherait la jeunesse dorĂ©e » des grandes villes, pourrait Ă©galement dĂ©boucher sur des troubles. Le pouvoir le sait. Plusieurs centres de recrutement ont dâailleurs dĂ©jĂ Ă©tĂ© incendiĂ©s. Les rĂ©servistes de la rĂ©serve opĂ©rationnelle reprĂ©sentent en revanche un vivier humain de choix. Certains mĂ©dias ont dâailleurs fait Ă©tat dĂšs fin mars 2022 de lâincorporation de rĂ©servistes issus du programme RĂ©serve militaire du pays BARS créé en 2015 en complĂ©ment du systĂšme de rĂ©serve proprement dit . Ceux-ci reprĂ©senteraient quelque 100 Ă hommes , mais ce dĂ©compte ne prĂ©juge nullement du nombre de rĂ©servistes qui se prĂ©senteront dans leurs unitĂ©s dâaffectation alors que lâampleur des pertes subies par lâarmĂ©e russe commence Ă se savoir dans les familles. Toutefois, pour augmenter le nombre de recrues potentielles, lâĂąge limite Ă lâengagement a Ă©tĂ© remontĂ© le 25 mai 2022 par dĂ©cret du Parlement de 40 à ⊠61 ans. Ces hommes de la rĂ©serve opĂ©rationnelle, tous volontaires, sont assignĂ©s Ă une unitĂ© existante ou Ă une unitĂ© de cadres » quâils viennent rĂ©activer. Ce sont pour la plupart dâanciens militaires professionnels. Le dernier exercice de mobilisation des rĂ©serves opĂ©rationnelles dans le cadre de ce programme BARS a dâailleurs Ă©tĂ© jouĂ© en septembre 2021 Ă Kaliningrad, ce nâest pas un hasard. Notons que le site internet de BARS fait Ă©tat dâun recrutement effectuĂ© par une Ă©quipe dâhommes polis », rĂ©fĂ©rence ironique aux soldats des troupes spĂ©ciales SSO qui sâĂ©taient emparĂ©s de la CrimĂ©e en 2014 . Autre piste que pourrait suivre lâarmĂ©e pour Ă©toffer ses rangs, puiser dans les effectifs des services et ministĂšres qui disposent, eux aussi, dâunitĂ©s militaires ou para-militaires. Ceux-lĂ sont nombreux en Russie dont les missions peuvent parfois empiĂ©ter, Ă tout le moins complĂ©ter celles du ministĂšre de la DĂ©fense. Ce sont les fameuses structures de forces » silovye strouktoury en russe. Selon la doctrine militaire dâavril 2000 entrent dans cette catĂ©gorie les forces armĂ©es » comprendre les forces du ministĂšre de la DĂ©fense et les autres troupes, formations et organes militaires destinĂ©es Ă remplir des missions de sĂ©curitĂ© militaire par des mĂ©thodes militaires ». Lâarticle 2 de la loi sur le service militaire et la conscription du 28 mars 1998 donne la liste de ces ministĂšres et services Ă cĂŽtĂ© du ministĂšre de la DĂ©fense, on trouve les services spĂ©ciaux FSB et SVR, schĂ©matiquement nos DGSI et DGSE, les Troupes de lâIntĂ©rieur, dĂ©pendantes du ministĂšre de lâIntĂ©rieur, le FAPSI transmissions gouvernementales, Service fĂ©dĂ©ral des constructions spĂ©ciales, le FSO service fĂ©dĂ©ral de protection, chargĂ©, notamment, de la protection du Kremlin, des ambassades et des ministĂšres et les Services fĂ©dĂ©raux des Gardes-frontiĂšres et des Constructions spĂ©ciales. Toutes ces structures, qui tombent sous la loi sur la DĂ©fense nationale natsionnalânaya oborona peuvent accueillir des appelĂ©s du contingent. Ces strouktury ont, depuis 1998, pour certaines Ă©voluĂ©es. Les gardes-frontiĂšres ont ainsi, comme sous lâURSS, Ă©tĂ© rattachĂ©s au FSB, tandis que le FSKN Service fĂ©dĂ©ral de lutte contre la drogue et le FMS service fĂ©dĂ©ral des migrationsn qui nâapparaissent pas dans la liste de 1998 mais disposent eux aussi de personnel armĂ©, ont rejoint en 2016 le ministĂšre de lâIntĂ©rieur MVD, celui-ci perdant dans le mĂȘme temps ses troupes mĂ©canisĂ©es, ses forces de police anti-Ă©meute OMON et dâintervention SOBR au profit de la nouvelle venue la Garde nationale VNG Rossii ou RosGvardiya. Celle-ci est directement subordonnĂ©e au PrĂ©sident Poutine. Ses missions officielles vont de la lutte contre le terrorisme et le crime organisĂ© Ă la dĂ©fense de sites sensibles pont de Kertch, par exemple et le maintien de lâordre sur tout le territoire russe. Depuis 2016, la RosGvardiya est autorisĂ©e par dĂ©cret prĂ©sidentiel Ă faire usage de la force Ă lâĂ©tranger, notamment dans le cadre dâopĂ©rations de maintien de la paix. Son organisation est calquĂ©e sur celle de lâarmĂ©e. Elle compte un rĂ©giment dâhĂ©licoptĂšres de transport Mi-8 et Mi-26 et de combat Mi-24P, Mi-8MTV-2 et un escadron de transport aĂ©rien An-72, Tu-134 et 154, une division spĂ©ciale autonome, douze brigades spĂ©ciales chacune Ă 3 bataillons Ă lâimage des bataillons de fusiliers motorisĂ©s, sans leur bataillon blindĂ© mais avec leur artillerie et les soutiens et 16 groupes dâintervention de type GIGN. Elle aurait conservĂ© du MVD de petites unitĂ©s de reconnaissance, construites avec lâappui du FSB, du SVR et du GRU Ă lâimage des unitĂ©s de reconnaissance de lâarmĂ©e. Le tout reprĂ©sente peut-ĂȘtre quelque hommes, militaires professionnels et appelĂ©s et civils, dont attachĂ©s Ă des unitĂ©s mĂ©canisĂ©es. Sur cette masse, toutefois, peu dâunitĂ©s sont susceptibles, en lâĂ©tat, dâĂ©pauler les forces terrestres sur le terrain ukrainien prĂ©sence dâappelĂ©s du contingent dans leurs rangs notamment et personnel non-formĂ© au combat de haute intensitĂ© Ă lâexception des SOBR et des OMON dĂ©jĂ prĂ©sents, sans surprise, dans le conflit oĂč ils occupent des fonctions de maintien de lâordre dans les zones conquises. Certains de ces petits groupes auraient subi de lourdes pertes . Ces unitĂ©s sâĂ©taient entrainĂ©es en fĂ©vrier 2022, en CrimĂ©e, lors de lâexercice Zaslon voir tableau G infra. Notons Ă©galement la prĂ©sence au sein de la Garde nationale du 141Ăšme rĂ©giment motorisĂ© Akhmat Kadyrov ex-bataillons spĂ©ciaux Sever et Yug un rĂ©giment constituĂ© de TchĂ©tchĂšnes issus de lâentourage de Ramzan Kadyrov, lâactuel gouverneur de la petite rĂ©publique du Caucase, quâon ne prĂ©sente plus. Ces hommes, entre 1000 Ă 1500, mĂȘme si Kadryov a pu Ă©voquer le chiffre de 5000, ont Ă©tĂ© trĂšs largement impliquĂ©s dans les combats de Marioupol. Des TchĂ©tchĂšnes dâun autoproclamĂ© bataillon de la mort » avaient dĂ©jĂ combattu au Donbass en 2014. Les unitĂ©s des forces terrestres des gardes-frontiĂšres du FSB FPS reprĂ©sentent un autre vivier potentiel, soit directement constitution en unitĂ©s de combat, soit indirectement remplacement des militaires dans les bases Ă lâĂ©tranger. Elles aussi sont dotĂ©es de moyens mĂ©canisĂ©s BTR-80, BPM-97, dâartillerie 2S1, 2S9, 2S12, dâaĂ©ronefs, pour des effectifs de quelque hommes. Ces gardes-frontiĂšres pourraient notamment en Ukraine servir Ă sĂ©curiser les zones dĂ©barrassĂ©es des unitĂ©s ennemies. Enfin, quelques milliers dâhommes supplĂ©mentaires pourraient certainement ĂȘtre trouvĂ©s en puisant dans les effectifs plĂ©thoriques des autres armes et armĂ©es marine, RVSN, VKS, services logistiques, etc.. La 126Ăšme brigade cĂŽtiĂšre, en fait une classique brigade de fusiliers motorisĂ©s, est ainsi dĂ©ployĂ©e dans le sud de lâUkraine depuis le dĂ©but du conflit. On peut aisĂ©ment imaginer des marins ou des aviateurs patrouillant, kalachnikov Ă la main, dans les rues de Marioupol ou de Kherson. Pourquoi pas ? Ces militaires ne sont toutefois pas formĂ©s pour le combat terrestre et leur rĂŽle se limiterait, comme celui de la Garde nationale ou des FPS, Ă la surveillance de zone, au maintien de lâordre dans les villes ou, au mieux, Ă la lutte contre de petits groupes ennemis faiblement armĂ©s. LâEMG, toutefois, je lâai dĂ©jĂ soulignĂ©, ne peut pour des raisons Ă©videntes ponctionner une partie des effectifs de la marine, des RVSN, des VKS, encore moins des FPS, sans risquer de saper la sĂ©curitĂ© des frontiĂšres ou le fonctionnement de certaines infrastructures stratĂ©giques silos de missiles, triade nuclĂ©aire, PVO de Moscou, ports et bases militaires, etc. et alors mĂȘme que les tensions avec lâOTAN et les Etats-Unis sont Ă leur comble. Beaucoup dâunitĂ©s ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© retirĂ©es des frontiĂšres avec la Chine, du Caucase et dâAsie centrale, câest lĂ probablement un maximum de ce qui peut ĂȘtre fait sans dĂ©stabiliser ces rĂ©gions. Comme je lâĂ©crivais dans un article prĂ©cĂ©dent lâempire est instable et le Kremlin le sait pertinemment. *Conclusion LâarmĂ©e russe a Ă©tĂ© pensĂ©e et conçue pour une guerre de destruction des forces armĂ©es de lâOTAN, pas pour une guerre dâoccupation sur un territoire aussi Ă©tendu que celui de lâUkraine. Câest lâun des nombreux paradoxes de cette armĂ©e elle peut mille fois atomiser lâEurope ou les Etats-Unis, mais, faute de forces conventionnelles en nombre suffisant, elle piĂ©tine pendant trois mois devant les lignes de dĂ©fense de lâarmĂ©e ukrainienne. DĂ©but juin 2022, ses gains territoriaux, toutefois, ne sont pas anodins, avec, depuis 2014, pas moins, selon les propres chiffres du prĂ©sident Zelensky, de 20% du territoire ukrainien qui se trouve entre les mains de Moscou, tandis quâen mer Noire, la flotte russe de mer Noire mĂšne le blocus des ports de mer Noire. LâUkraine devient un pays enclavĂ©, coupĂ© de ses marchĂ©s extĂ©rieurs. Ce conflit est Ă©trange, anachronique. DĂ©butĂ©, comme le Printemps de Prague 1968 jadis, par la volontĂ© de Moscou dâempĂȘcher Ă ses frontiĂšres lâĂ©mergence dâun rĂ©gime dĂ©mocratique dont le modĂšle pourrait saper ses propres institutions et mettre Ă mal ses rĂ©seaux politico-affaristes, il a pris lâallure dâune expĂ©dition punitive. Une fuite en avant irrationnelle, presque rageuse face aux Ă©checs Ă rĂ©pĂ©tition de lâarmĂ©e russe. Il ne sâagit plus de contrĂŽler le pays, ses villes, de mettre ses infrastructures Ă©conomiques au service de lâĂ©conomie russe, mais au contraire de les dĂ©truire, y compris dans lâest, pourtant prĂ©tendument peuplĂ©, selon la propagande du Kremlin, de populations pro-russes. Depuis dĂ©but mars 2022, cette guerre a pris, comme hier en Syrie, lâaspect dâune guerre totale de type Seconde Guerre mondiale, dans laquelle lâassaillant dĂ©truit par tous les moyens disponibles, et oĂč quâils se trouvent, les forces de lâennemi, sa logistique, ses centres de commandement, ses rĂ©serves de carburant, les routes et voies de chemin de fer, tout objectif jugĂ© stratĂ©gique, etc., sans tenir compte des pertes civiles que les combats engendrent. On est ici Ă mille lieux des pratiques des armĂ©es occidentales en Afghanistan ou en Syrie. Au vrai, ce conflit est le parfait reflet de la vision que les Ă©lites russes, militaires et civils, se sont forgĂ©es du monde et dâelles-mĂȘmes sous lâinfluence de lâhĂ©ritage soviĂ©tique, jamais remis en cause, le reflet de la psychologie et des idĂ©ologies qui animent ces dirigeants et ces gĂ©nĂ©raux, de leur volontĂ© atavique, presque pavlovienne, de faire jouer Ă la Russie un rĂŽle de puissance mondiale quand son PIB, sa dĂ©mographie, sa base technologique et industrielle, ses conflits intĂ©rieurs, la dĂ©pendance de son Ă©conomie aux matiĂšres premiĂšres, auraient dĂ» la voir privilĂ©gier son espace national, dĂ©jĂ gigantesque. Un pays dont la politique agressive, impĂ©riale, Ă ses frontiĂšres est naturellement gĂ©nĂ©ratrice de conflits Ă©puisants, stĂ©riles, qui, le processus est Ă nouveau Ă lâĆuvre sous nos yeux, conduisent comme toujours dans lâhistoire russe, Ă lâapparition au Kremlin dâun rĂ©gime politique de plus en plus rĂ©pressif. Dâun pays qui sâĂ©vertue Ă envoyer des sous-marins nuclĂ©aires devant les cĂŽtes amĂ©ricaines alors mĂȘme que certaines de ses rĂ©gions manquent de routes, dâeau potable et dâĂ©lectricitĂ©. Un pays, le plus Ă©tendu du monde, dont le PIB nominal par habitant nâarrive quâen 65Ăšme position mondiale, devant lâĂźle Maurice et derriĂšre lâArgentine FMI, 2021, mais entend rivaliser en puissance et en influence avec la Chine, les Etats-Unis ou lâUnion europĂ©enne. La Russie nâa jamais eu les moyens des ambitions gĂ©opolitiques de ses dirigeants ! Lâavenir qui sâoffre Ă lâUkraine aprĂšs ce conflit est dramatique. Ses infrastructures Ă©conomiques et urbaines en deçà dâune ligne Kyiv-CrimĂ©e sont trĂšs dĂ©gradĂ©es alors mĂȘme que les combats sont toujours en cours. Mais la part la plus inquiĂ©tante de cet avenir est probablement son volet dĂ©mographique. Il nây a dâavenir que dâhommes. Depuis 1993, avant mĂȘme le dĂ©but du conflit, lâUkraine avait dĂ©jĂ perdu dix millions dâhabitants en raison de lâĂ©migration et dâun solde naturel dramatiquement bas. Le conflit militaire nâa fait aggraver la crise dĂ©mographique. Depuis le 24 fĂ©vrier 2022, le pays compte ainsi, selon les chiffres de lâONU, quelque 8 millions de dĂ©placĂ©s intĂ©rieurs et 6,6 millions de rĂ©fugiĂ©s Ă lâĂ©tranger, Ă 90% des femmes et des enfants. Paradoxalement, câest la partie est de lâUkraine, celle-lĂ mĂȘme que Moscou entendait libĂ©rer en prioritĂ© des supposĂ©s nazis de Kyiv », qui est la plus touchĂ©e par les combats. Le coĂ»t de relance de lâĂ©conomie et de remise en Ă©tat des infrastructures du seul Donbass seraient pour Moscou Ă©normes. Les travaux ne pourront se faire â si les budgets sont trouvĂ©s â que sur le long temps et une fois le conflit achevĂ©. Rappelons que la seule reconstruction de la TchĂ©tchĂ©nie a officiellement coĂ»tĂ© entre 2001 et 2014 au budget russe 464 milliards de roubles, soit entre 5 et 7 milliards de $ . Or les destructions dans les oblasts et rĂ©gions qui sont ou viendraient Ă ĂȘtre occupĂ©s par Moscou dâici quelques semaines ou mois sont incommensurablement supĂ©rieures Ă celles de la petite rĂ©publique du Caucase . A ces destructions sâajoutent les centaines de milliers de munitions, bombes, mines et IED non-explosĂ©s, les milliers de rĂ©serves de carburant et usines chimiques dĂ©truites, etc. qui vont constituer pendant des annĂ©es un danger mortel pour toute vie humaine, sans compter les pollutions des sols et des nappes phrĂ©atiques quâils engendreront. Ces rĂ©gions ont Ă©galement Ă©tĂ© largement vidĂ©es de leurs habitants, dont seule une faible part a Ă©tĂ© accueillie » en Russie . Tout semble indiquer que lâest du pays, si le conflit ne sâĂ©tend pas, pourrait prendre lâaspect dâune grande Abkhazie des rĂ©gions dĂ©vastĂ©es, vidĂ©es de leur population jeune, possiblement rattachĂ©es Ă la FĂ©dĂ©ration russe aprĂšs de pseudo-rĂ©fĂ©rendums, tout en gardant un statut non-officiel de zone tampon dâavec le reste de lâUkraine. Les rĂ©gions occidentales du pays, quant Ă elles, conserveraient, certes, de larges pans de leurs infrastructures intacts, mais demeureraient sous la menace dâune rĂ©surgence du conflit si la Russie venait Ă le dĂ©cider. Cette Ukraine-lĂ peinera Ă attirer Ă elle capitaux et investissements Ă©trangers. Elle demeurera un Etat mutilĂ©, enclavĂ©, fragile, trĂšs dĂ©pendant de lâaide internationale. Son entrĂ©e dans lâUE pourrait nây rien changer. Reste Ă connaĂźtre les dĂ©cisions que prendra le Kremlin dans les mois et les annĂ©es Ă venir. Si lâon prend pour argent comptant les termes du discours prononcĂ© par V. Poutine au matin du 24 fĂ©vrier 2022 voir tableau H infra, lâoffensive russe ne viserait quâĂ dĂ©militariser et dĂ©nazifier » lâUkraine, câest-Ă -dire dĂ©truire son armĂ©e et sa BITD, et ne prĂ©voirait pas dâoccupation. Quelques jours plus tard, face aux premiers dĂ©boires de son armĂ©e, le Kremlin ajoutait ne plus vouloir dâun changement de rĂ©gime Ă Kyiv. Les combats nâen continuaient pas moins. A contrario, pris au pied de la lettre, lâarticle de commande de ce T. SergueĂŻtsev, dĂ©jĂ Ă©voquĂ© ci-dessus, et les dĂ©clarations de nombreux politistes russes ne sont ni plus ni moins que des appels Ă la destruction totale de lâUkraine en tant quâEtat et nation, mais aussi au massacre dâune partie de sa population . Partant, ils laissent bien entrevoir un conflit long. Jâai toujours considĂ©rĂ© quâil existait une barriĂšre entre les Ă©crits des idĂ©ologues russes â dont le rĂŽle serait avant tout de donner Ă la nouvelle gĂ©nĂ©ration, celle nĂ©e aprĂšs 2000, une idĂ©ologie qui garantirait la pĂ©rennitĂ© du pouvoir poutinien â et les idĂ©es qui animent les Ă©quipes du Kremlin. Ces idĂ©es seraient pragmatiques, rationnelles, façonnĂ©es par les faits et la rĂ©alitĂ© des relations internationales. Les violences perpĂ©trĂ©es par lâarmĂ©e russe dans les zones occupĂ©es et lâampleur des bombardements semblent devoir me donner tort et pourraient ĂȘtre la preuve que V. Poutine et son entourage ont fini par devenir eux-mĂȘmes victimes de ces idĂ©ologies nationalo-impĂ©riales » quâils ont contribuĂ©es Ă crĂ©er. Si le rĂ©gime poutinien perdure, sous sa forme actuelle ou, demain, sous une forme plus autoritaire encore, cette guerre ne peut que durer. CĂŽtĂ© russe, elle tourne, certes, Ă la pantalonnade le gouvernement ukrainien, comme lâarmĂ©e, tiennent toujours, Kyiv ne varie pas dans sa volontĂ© de rejoindre lâUE et lâOTAN, le peuple ukrainien, y compris les russophones, sont unis comme jamais, lâEglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou a rompu avec le patriarcat de Moscou, lâAlliance atlantique qui Ă©tait il y a quelques mois encore en Ă©tat de mort cĂ©rĂ©brale » E. Macron, 2019 a redressĂ© la tĂȘte alors que SuĂšde et Finlande sâapprĂȘtent Ă la rejoindre, les Etats-Unis rĂ©affectent des troupes en Europe, lâAllemagne se rĂ©arme, les armĂ©es et les armes russes sont discrĂ©ditĂ©es, lâĂ©conomie et lâindustrie exposĂ©es Ă des sanctions sans doute uniques dans lâhistoire de lâEurope moderne. On pourrait presque en rire, si des dizaines de milliers de pauvres gens nâĂ©taient morts sous les bombes. Les facteurs gĂ©opolitiques qui ont poussĂ© Moscou Ă intervenir sont donc non seulement toujours prĂ©sents, mais encore ont-ils Ă©tĂ© dĂ©multipliĂ©s par les Ă©vĂšnements. V. Poutine peut-il alors seulement se satisfaire de lâoccupation des deux uniques oblasts du Donbass quand, dâĂ©vidence, le dispositif russe du 24 fĂ©vrier 2022 avait pour but la saisie des cĂŽtes de la mer Noire, de Kyiv et de la majeure partie de lâest de lâUkraine ? On objectera que le prĂ©sident russe ne saurait aller contre les rĂ©alitĂ©s militaires. LâarmĂ©e ukrainienne, mĂȘme si elle a perdu quelques unes de ses meilleures unitĂ©s, nâest pas aussi affaiblie quâelle lâĂ©tait en 2015, contraignant Kyiv Ă signer les accords de Minsk. MĂȘme si, on lâa vu, lâarmĂ©e russe hors supplĂ©tifs nâest pas aussi amoindrie par les combats quâon le dit, elle ne devrait pas disposer dans les semaines et les mois Ă venir des forces nĂ©cessaires pour lancer des attaques de grande ampleur et affaiblir les FAU au point de les contraindre Ă marquer une pause, voire obtenir une trĂȘve dans les combats. Risquons un scĂ©nario. Sauf militairement contrainte, lâarmĂ©e russe devrait essayer de se maintenir dans les zones quâelle contrĂŽle sur la rive droite du Dniepr Kherson-Vassylivka tout en cherchant Ă crĂ©er des lignes dĂ©fensives, peut-ĂȘtre le long des riviĂšres Samara, Seversky Donets ou Oskil. Cela ne figerait pas le conflit, mais placerait les FAU en position dĂ©licate dâattaquant. Au vu des pertes ukrainiennes Ă©levĂ©es dans la rĂ©gion voir note de bas de page 37, câest lĂ un scĂ©nario plausible, qui Ă©viterait lâenlisement, mĂȘme sâil sous-tend encore des semaines de combat et la prise de plusieurs villes. Le rĂ©pit de quelques mois, voire annĂ©es, pourquoi pas, ainsi obtenu permettrait Ă Moscou de mettre sur pied plusieurs dizaines de nouveaux GTB et dâunitĂ©s dâinfanterie Ă partir de ses dizaines de milliers de rĂ©servistes, volontaires et soldats rĂ©affectĂ©s et des milliers dâĂ©quipements prĂ©sents dans les bases de matĂ©riel, de recomplĂ©ter les stocks de munitions, dâanalyser les causes des Ă©checs subis et, au besoin, de modifier son modĂšle opĂ©rationnel. A lâinstar des prĂ©cĂ©dents de 2008 en GĂ©orgie puis de 2014 en CrimĂ©e/Donbass, le conflit serait ensuite rĂ©activĂ©. Moscou ne chercherait naturellement pas Ă sâemparer de toute lâUkraine, il ne lâa jamais voulu, mais de revenir aux objectifs premiers de lâopĂ©ration Ă lâinstant Ă©voquĂ©s dont la rĂ©alisation affaiblirait considĂ©rablement lâEtat ukrainien et permettrait, le long de la mer Noire, la crĂ©ation dâun pont terrestre depuis la Russie vers les rĂ©gions de Transnistrie et des Carpates/Balkans. Ce scĂ©nario souffre toutefois de faiblesses, la premiĂšre Ă©tant que toute pause aurait aussi pour consĂ©quence de permettre aux forces ukrainiennes, qui continuent dâĂȘtre Ă©quipĂ©es et entraĂźnĂ©es par les pays occidentaux, de se renforcer elles aussi. Pour tenir sur les positions acquises, et freiner le conflit, Moscou utilisera lâarme de la diplomatie, du chantage et de lâhumanitaire. On le voit dâores et dĂ©jĂ dans les propositions faites par V. Poutine de lever le blocus des ports ukrainiens en Ă©change de la levĂ©e des sanctions, tandis quâen arriĂšre-fond la propagande propage des rumeurs de famine mondiale . Les rĂ©fugiĂ©s ukrainiens en Russie ou les prisonniers pourraient Ă©galement servir de monnaie dâĂ©change pour tenter dâobtenir une suspension des combats. Les pays les plus attentifs Ă ne pas humilier la Russie », le triplet France-Allemagne-Italie, mais aussi la Turquie, seront ensuite travaillĂ©s pour briser le front uni des AlliĂ©s, notamment Ă lâapproche de lâhiver quand les effets de la rupture des relations Ă©nergĂ©tiques avec Moscou commenceront Ă se faire sentir. Peut-ĂȘtre alors verra-t-on apparaĂźtre des propositions dâĂ©change de gaz et de pĂ©trole, malgrĂ© les bonnes intentions europĂ©ennes, contre une suspension des livraisons dâarmes Ă Kyiv. Les opinions publiques des pays africains et arabes, trĂšs dĂ©pendants des livraisons de blĂ© ukrainien et russe, ne seront pas oubliĂ©es. Tout cela tient de la grosse ficelle, naturellement, la parole de Moscou est si discrĂ©ditĂ©e. Mais quâen sera-t-il sur le temps long si la crise dure ? Sur un plan plus militaire, lâarmĂ©e russe dispose des armes nĂ©cessaires pour tenir sur des positions retranchĂ©es son armĂ©e de lâAir et son aviation dâarmĂ©e, ses milliers de bouches Ă feu dont ces Ă©normes obusiers de type Malka/Pion 203mm et Tulpan 240mm dont on signale lâapparition au Donbass. Et puis, au besoin, en guise dâavertissement, ces bombes thermobariques aĂ©riennes de forte puissance AVBPM. LarguĂ©e sous parachute depuis un avion porteur, un prototype de cette bombe aurait Ă©tĂ© testĂ© en 2007 . Lâemploi de lâarme nuclĂ©aire tactique, souvent Ă©voquĂ© au dĂ©but du conflit, pour ouvrir une brĂšche dans les dĂ©fenses ukrainiennes ou briser la dĂ©fense dâune ville comporterait des risques dans la mesure oĂč les isotopes radioactifs issus de lâexplosion pourraient retomber sur le territoire de lâalliĂ© biĂ©lorusse et sur les zones occupĂ©es par lâarmĂ©e russe ou ses alliĂ©s. Mais tout dĂ©pendrait, naturellement, de la puissance de lâarme utilisĂ©e et de lâendroit frappĂ©. La plupart des missiles russes sol-sol et air-sol peuvent ĂȘtre Ă©quipĂ©s dâune tĂȘte nuclĂ©aire tactique de faible puissance, tandis que les obusiers Malka/Pion et Tulpan, Ă lâinstant Ă©voquĂ©s, sont matĂ©riellement capables de tirer des obus nuclĂ©aires, mĂȘme si, officiellement, la Russie ne dispose plus de ce type de munition. Si lâarme nuclĂ©aire tactique sur le champ de bataille ukrainien de fait pas sens et pourrait mĂȘme reprĂ©senter une ligne rouge pour lâOTAN, elle pourrait toutefois ĂȘtre brandie pour dĂ©fendre les rĂ©gions annexĂ©es, notamment le Donbass, qui par rĂ©fĂ©rendum deviendraient sujets Ă part entiĂšre de la FĂ©dĂ©ration russe. Les FAU, en voulant les reconquĂ©rir, ne sâattaqueraient ainsi plus Ă des rĂ©gions ukrainiennes, mais Ă des parties du territoire national russe, rendant lĂ©gitime, aux yeux de Moscou, lâutilisation de lâarme nuclĂ©aire. Câest la raison pour laquelle, faute dâaccords diplomatiques en ce sens, je crains que toute rĂ©gion ukrainienne conquise par lâarmĂ©e russe ne puisse retourner sous juridiction ukrainienne, pas plus que ne sera levĂ© le blocus naval des ports de mer Noire. La CrimĂ©e en est lâexemple parfait. Le salut pour lâUkraine, sâil peut y avoir un salut, ne pourrait venir que dâune intervention de lâOTAN que lâon conçoit, pour les raisons que lâon sait, trĂšs hasardeuse pour la paix de lâensemble du continent. Cette intervention-lĂ , oĂč lâUkraine servirait de champ de bataille gĂ©nĂ©ral, serait un remĂšde sans doute pire que le mal. Un autre espoir, naturellement, pourrait venir de Russie au cas oĂč lâarmĂ©e russe se verrait obligĂ©e de cesser le combat sur la ligne de cessez-le-feu, ou de se retirer sous le poids conjuguĂ© des sanctions Ă©conomiques et des pertes humaines et matĂ©rielles dans ses rangs. Câest lĂ un espoir tĂ©nu, rĂ©el toutefois, mais qui sous-tendrait, on vient de le dire, plus un gel quâun vĂ©ritable rĂšglement du conflit. Quant Ă dâĂ©ventuels troubles sociaux en Russie qui mĂšneraient Ă un renversement de V. Poutine, les derniers sondages » montrent que ce conflit, au lieu de mobiliser la population russe contre la guerre, lâaurait, au contraire, soudĂ©e autour de son prĂ©sident. On peut toutefois imaginer quâune dĂ©faite humiliante fissurerait ce consensus. Cette guerre marque Ă©galement le retour des Etats-Unis sur la scĂ©ne europĂ©enne et la faillite navrante du concept dâEurope puissance. Sans lâeffet dâentraĂźnement de Washington, lâUkraine aurait, comme en 2014, et comme la GĂ©orgie avant elle, Ă©tĂ© laissĂ©e Ă son sort et nâaurait reçu des pays europĂ©ens que des encouragements diplomatiques, des Ă©quipements non-lĂ©taux et aucun des armements modernes qui lui ont permis depuis trois mois de casser les offensives russes. Ce retour des Etats-Unis enterre sans doute pour de longues annĂ©es toute perspective de dĂ©fense europĂ©enne autonome, disposant de ses propres armements stratĂ©giques, et redonne Ă lâOTAN son importance centrale dans la dĂ©fense du continent, notamment avec lâadhĂ©sion de la SuĂšde et de la Finlande et lâimplication forte de la Grande-Bretagne dans lâaide apportĂ©e Ă Kyiv. Il marque Ă©galement le naufrage moral des grands pays de lâOuest europĂ©en â France, Allemagne et Italie en tĂȘte â qui nâont cessĂ© depuis 1991 de dĂ©sarmer et de voir dans Moscou, pour des raisons Ă la fois commerciales et idĂ©ologiques, notamment Ă Paris, un partenaire comme les autres, aisĂ©ment manipulable par le commerce et la diplomatie, utile aussi pour diluer lâinfluence amĂ©ricaine sur le continent. MalgrĂ© les sanctions occidentales, la Russie nâest pas isolĂ©e sur la scĂšne internationale comme lâont montrĂ© le vote du 2 mars 2022 dans le cadre de la rĂ©solution de lâONU sur lâopĂ©ration militaire spĂ©ciale » russe en Ukraine et celui du 7 avril 2022 portant sur lâexclusion de Moscou du Conseil des droits de lâHomme. De trĂšs nombreux pays, dont les BRICS, le Mexique, le Pakistan, la Turquie, les pays de la CEI, plusieurs pays africains, dâAmĂ©rique latine, du Proche et du Moyen-Orient, non seulement nâappliquent pas les sanctions, mais nâont aucunement inflĂ©chi leurs relations avec Moscou. Ces sanctions sont donc aussi rĂ©vĂ©latrices dâune cassure entre les pays occidentaux et une large partie du monde. La Russie va en jouer, on lâa vu, comme elle va jouer de lâaffaiblissement de nos Ă©conomies sous lâeffet de nos propres sanctions et des dissensions entre alliĂ©s qui ne manqueront pas dâapparaitre en cas de prolongement ou dâextension de la guerre. La disparition Ă nos frontiĂšres de la question russe » demeure une perspective tragiquement lointaine. Manuscrit clos le 4 juin 2022 Copyright 4 juin 2022-Gloagen/ Mise en ligne initiale le 5 juin 2022 . Voir aussi Laurence Saint-Gilles, Comment expliquer le revirement de la politique russe de lâadministration Biden ? Comment expliquer le revirement de ce prĂ©sident modĂ©rĂ©, qui ne craint pas de dĂ©fier le Kremlin en dĂ©pit du chantage nuclĂ©aire de Vladimir Poutine ? Cet article documentĂ© propose de retracer le cheminement qui a conduit au sursaut du PrĂ©sident Biden. En prĂ©sentant la guerre en Ukraine comme une transposition internationale et paroxystique de la lutte entre populistes et libĂ©raux », le PrĂ©sident Biden peut relier son combat interne contre le trumpisme et la dĂ©fense de lâordre mondial fondĂ© sur le droit et la dĂ©mocratie qui se joue en Ukraine. Plus Tableau G liste des exercices ayant prĂ©cĂ©dĂ© lâagression russe en Ukraine Tableau H chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations de relance de la guerre russe en Ukraine en deux parties Tableau G. Liste des exercices ayant prĂ©cĂ©dĂ© lâagression russe en Ukraine Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Tableau H. Chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations. PremiĂšre partie Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour Tableau H. Chronologie de la prĂ©paration des opĂ©rations. DeuxiĂšme partie Cliquer sur la vignette pour agrandir le tableau. RĂ©alisation C. Gloaguen pour
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